Football

CAN 2021 : à la veille de la visite d’Ahmad Ahmad à Abidjan, la Côte d’Ivoire y croit toujours

Ahmad Ahmad, le patron malgache de la CAF, lors d'une visite à Marrakech, au Maroc, en mars 2017. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

La Fédération ivoirienne de football (FIF) a bel et bien déposé un recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour contester le glissement de calendrier de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) voulu par la CAF, dont le président, le Malgache Ahmad Ahmad, est attendu prochainement à Abidjan.

C’est une annonce qui ne passe toujours pas. Et la Côte d’Ivoire, ou au moins la fédération ivoirienne de football (FIF), présidée par Augustin Sidy Diallo, l’a fait savoir en déposant un recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), pour protester contre la décision de la Confédération africaine de football (CAF) de décaler de 2021 à 2023 l’organisation de la Coupe d’Afrique confiée au pays des Éléphants.

Récemment, des rumeurs ont circulé à propos de ce fameux recours, affirmant que la FIF ne l’aurait jamais adressé. « Je peux vous assurer que c’est une réalité : la fédération a bien envoyé un dossier au TAS », assure à Jeune Afrique une source proche de l’instance. Une information confirmée par Lambert Feh Kessé, le président du Comité d’organisation de la CAN (Cocan), qui soutient l’initiative.


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Ce recours devrait être au menu des discussions entre Ahmad Ahmad, le président de la CAF, et ses différents interlocuteurs, à l’occasion de la visite que le Malgache doit effectuer prochainement à Abidjan. La date de son séjour dans la capitale économique ivoirienne sera probablement décidée ce vendredi 25 janvier. Mais il est peu probable qu’une solution définitive soit trouvée au moment où l’insulaire remontera dans son avion en direction du Caire, où se trouve le siège de la CAF.

Un glissement « autoritaire »

Dans le recours adressé à l’institution basée à Lausanne, la FIF a pointé du doigt l’illégalité de la procédure engagée par la CAF. « Il y a plusieurs choses sur lesquelles la fédération insiste : la CAF a pris cette décision unilatéralement, sans consulter la Côte d’Ivoire, en disant que le pays ne serait pas prêt à temps pour organiser la CAN 2021. Comment peut-on dire cela plus de deux ans et demi avant la compétition ? », poursuit notre source.

Le Cameroun a accepté le glissement, c’est son droit. Mais la Côte d’Ivoire estime de son côté qu’elle est en mesure d’accueillir le tournoi

« La CAF a retiré l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun. Elle lui confie celle de 2021 et impose un glissement de calendrier de manière autoritaire. Le Cameroun l’a accepté, c’est son droit. Mais la Côte d’Ivoire estime de son côté qu’elle est en mesure d’accueillir le tournoi. Il suffit de bien lire le règlement de l’organisation de la CAN sur le site de la CAF pour comprendre les motivations de la fédération. »

Du côté d’Abidjan, Bouaké ou Yamoussoukro, les déclarations d’Ahmad Ahmad, le président malgache de la CAF, n’ont guère été appréciées. « Quand il dit qu’il n’y a pas d’aéroports, de stades ou d’hôtels en Côte d’Ivoire, les gens ont l’impression d’entendre une campagne de dénigrement. Cela a froissé de nombreuses susceptibilités, car ce n’est absolument pas la réalité », intervient Feh Kessé.

La CAF « ne dira rien avant la visite »

La dernière visite d’inspection des émissaires de l’instance panafricaine a été effectuée au mois de juillet dernier, soit environ trois ans avant le coup d’envoi de la CAN 2021. Pour le patron du Cocan, les choses avancent bien. « Tous les financements sont bouclés. Le budget total est de 203 milliards de francs CFA (environ 300 millions d’euros). Pourquoi ne serions-nous pas prêts en 2021 ? Dans son histoire, la Côte d’Ivoire a toujours su relever les défis. Elle avait organisé la CAN 1984, le Championnat d’Afrique des nations (CHAN) en 2009, ou encore les Jeux de la francophonie en 2017. L’État s’est engagé, le processus est lancé. Par contre, nous n’avons toujours pas reçu le cahier des charges relatif à l’organisation d’une CAN à 24 équipes. Malgré nos demandes, la CAF ne l’a pas envoyé. »

Pour rappel, la CAF, alors présidée par le Camerounais Issa Hayatou, avait attribué en 2014 à la Côte d’Ivoire l’organisation de la CAN 2021, trois ans avant la décision d’Ahmad Ahmad de faire passer dès 2019 la phase finale de 16 à 24 équipes. Contactés, des membres de la CAF ont refusé de s’exprimer sur le sujet. « Nous ne dirons rien avant la visite du président en Côte d’Ivoire », a répondu l’un d’eux, extrêmement prudent sur la dossier ivoirien.

« Si le TAS donne raison à la Côte d’Ivoire, le Cameroun va réagir »

La Côte d’Ivoire a retenu six enceintes pour accueillir la CAN 2021 (ou 2023). Deux à Abidjan : les stades Félix Houphouët-Boigny, rénové (45 000 places) et celui d’Edimpé (60 000 places), un à Bouaké (avec une capacité portée de 25 000 à 40 000 places), alors que trois autres sont en cours de construction (Korhogo, San Pedro et Yamoussoukro, 20 000 places chacun).

« Les travaux avancent. Quand j’entends le président Ahmad Ahmad dire qu’il n’y a pas d’aéroports en Côte d’Ivoire, je rappelle juste que lors de la dernière visite d’inspection, les émissaires de la CAF se sont déplacés en avion, ironise Lambert Feh Kessé. Il y a quelques améliorations à apporter pour ceux de Korhogo ou San Pedro, en allongeant la piste, mais de là à dire qu’il n’y a pas d’infrastructure digne de ce nom en Côte d’Ivoire, c’est très exagéré. »


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L’examen du recours ivoirien devant le TAS sera examiné prochainement par la juridiction indépendante. Pour un expert juridique, qui n’a pas pu le consulter, la Côte d’Ivoire semble dans son bon droit : « Vu comme cela a été présenté, il semble évident que ce glissement de calendrier a été décidé par le seul président de la CAF, sans concertation. Qui peut dire aujourd’hui que la Côte d’Ivoire ne sera pas prête en juin 2021 ? Il y a des règlements précis, et la Côte d’Ivoire mise sur leur respect par ceux qui les ont édictés, donc la CAF. C’est une situation particulière, car si la justice donne raison aux Ivoiriens, en leur permettant d’organiser comme cela était prévu la CAN en 2021, le Cameroun va réagir. Bref, la CAF s’est mise dans une situation compliquée. »

Et quand, avec un peu de légèreté, on suggère aux Ivoiriens et aux Camerounais de s’entendre pour organiser conjointement la CAN 2021, Lambert Feh Kessé, amusé, rejette l’idée en bloc : « Le Cameroun et la Côte d’Ivoire sont deux grands pays de football. Et chacun veut organiser seul la CAN. »

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