Culture

Maroc : quand Nadia Lamlili porte sa plume dans les plaies de la presse indépendante

Née en 1974 à Casablanca, Nadia Lamlili a exercé pendant 20 ans dans la presse écrite, au Maroc puis en France.

Née en 1974 à Casablanca, Nadia Lamlili a exercé pendant 20 ans dans la presse écrite, au Maroc puis en France. © DR

L’ancienne collaboratrice de Jeune Afrique, Nadia Lamlili, a publié fin 2018 son premier roman, radioscopie d’un milieu bien précis, celui de la presse indépendante marocaine. Un hommage engagé à ce milieu qu’elle a fréquenté pendant des années.

Elle pensait initialement écrire un essai sur la presse indépendante marocaine. Mais Nadia Lamlili, ancienne journaliste à Jeune Afrique, passée par plusieurs titres marocains comme l’hebdomadaire TelQuel et le mensuel Économie Entreprises, a finalement écrit un roman. Une Plume dans la plaie – référence à la célèbre formule du père du journalisme francophone, Albert Londres, dont la vocation était de « porter la plume dans la plaie » – , auto-édité en décembre 2018, se veut un hommage à la presse indépendante qu’elle a bien connue. « Je voulais témoigner de cette période de désillusion, qui s’est ouverte aux alentours de 2008, quand les procès liés à la presse se sont multipliés », raconte la journaliste.

Nadia Lamlili se souvient notamment de la conférence de presse organisée par la direction du Journal hebdomadaire, en janvier 2010, après que le titre a mis la clé sous la porte, la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) réclamant d’importantes créances – les équipes et la direction dénonçant « un processus d’asphyxie financière mené par le régime ». Elle évoque également le procès contre une caricature publiée dans le quotidien arabophone Akhbar Al Youm, ainsi que d’autres affaires similaires.


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Une plume dans la plaie raconte le quotidien d’une rédaction, celle de La Voix du Maroc – un titre fictif – composée entre autres de Kim, le directeur, Zineb, Momo et Hamid, et qui fait face à la plainte d’un homme d’affaires influent. « Sanctions » informelles, coups de pression, enquêtes au long cours sur la production de cannabis dans le Rif – qui font beaucoup moins vendre que les sujets mêlant sexe et people – , ou encore concurrence mal placée, font le quotidien de l’équipe, qui s’ingénie à publier coûte que coûte un nouveau numéro chaque semaine.

Quand les réalités marocaines inspirent la fiction

Les centres d’intérêt de la journaliste se retrouvent sous la plume de la romancière. Le vieux Casablanca traverse ainsi le récit. Nadia Lamlili le connaît bien : autour de l’avenue des FAR, on trouvait il y a encore quelques années Le Journal hebdomadaire, TelQuel, Akhbar Al Youm… C’est sans surprise que les personnages terminent ainsi leurs soirées de bouclage au « Petit Poucet », un bar mythique de l’avenue Mohammed V, fréquenté notamment par l’aviateur et romancier français Antoine de Saint-Exupéry – mais dont les touristes ne remarquent pas la petite porte cachée sous le péristyle jouxtant aujourd’hui la voie du tramway.

Engagée dans la défense des libertés individuelles, l’auteure donne aussi son point de vue sur l’évolution de la société marocaine

Nadia Lamlili glisse aussi des scènes suggestives qui rappellent qu’une des batailles de la presse indépendante marocaine, en plus de la reddition des comptes au sommet de l’État, a été d’imposer des sujets de société que les médias officiels et les journaux partisans ont longtemps évités. Engagée dans la défense des libertés individuelles, l’auteure donne aussi son point de vue sur l’évolution de la société marocaine, quitte à parfois se montrer un peu hâtive, corrélant la fermeture des vieux bars du centre-ville casablancais et la « coulée islamiste ».

L’ouvrage de Nadia Lamlili s’inscrit dans une récente série de récits arrimés au réel et campés dans le contemporain, inspiré des pratiques de la presse indépendante marocaine. Au début de l’année, Meryem Alaoui, épouse d’Ahmed Reda Benchemsi – fondateur de Tel Quel et de sa défunte déclinaison arabophone Nichane , a publié chez Gallimard La vérité sort de la bouche du cheval. En 2014, c’était un jeune journaliste, Réda Dalil, qui publiait aux Éditions du Fennec Le Job, plongée dans la classe moyenne urbaine dont on sentait aussi qu’elle était inspirée par son quotidien de journaliste. Quant aux gros vendeurs de littérature marocaine contemporaine, comme Abdellah Taïa, leurs influences sont semblables : univers urbain, intérêt pour la littérature d’initiation, poids des institutions sur les affects, histoire récente et style dépouillé.

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