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Amen Group : décès de Rachid Ben Yedder, figure du secteur privé tunisien

Façade de Amen Bank. © Wikimedia/CC/Rais67

Rachid Ben Yedder, à la tête du second groupe privé tunisien, est décédé le 23 janvier à l'âge de 84 ans. Représentant du boom de l'entrepreneuriat privé né dans les années 1970, il laisse un holding florissant avec des sociétés phares comme Amen Bank, Comar Assurances ou Parenin.

Rachid Ben Yedder, est décédé le 23 janvier au centre hospitalier Alpes Léman à Contamine-sur-Arve, en France, près de la frontière suisse. Avec la disparition à 84 ans du PDG de PGI-Holding – notamment présent dans les secteurs bancaire, assurances, agroalimentaire, automobile, construction, etc. –, c’est un pan du capitalisme tunisien qui disparaît avec lui. L’homme symbolisait l’essor de l’entrepreneuriat privé qui est apparu dans les années 1970.

C’est durant cette décennie que Rachid Ben Yedder a fait passer l’activité fondée par son père, Brahim Ben Yedder, d’une société dédiée à l’agroalimentaire (Cafés Ben Yedder, huilerie, etc.) à un groupe d’envergure nationale avec les rachats du Crédit foncier et commercial de Tunisie – qui deviendra Amen Bank en 1971 -, des Assurances Comar en 1973 ou encore de la société Parenin (biens d’équipement) en 1977.

Une figure du secteur privé

PGI-Holding gère aujourd’hui 70 sociétés qui font quasiment toutes partie des plus réputées dans leur secteur, comme l’automobile avec le concessionnaire Ennakl (Volkswagen, Seat, Porsche, Skoda et Audi), la santé avec les cliniques Amen ou les services financiers via Tunisie Leasing & Factoring et Alios Finance. Dans le classement Jeune Afrique 2018 des 500 premières entreprises africaines, PGI se classait à la 149e position et le second groupe privé tunisien, avec un chiffre d’affaires de 770,1 millions de dollars.

Rachid Ben Yedder était un véritable bâtisseur qui a construit un groupe exemplaire

« Rachid Ben Yedder était l’honneur du secteur privé tunisien, un véritable bâtisseur qui a construit un groupe exemplaire. Pour lui, les entreprises passaient avant l’homme, qui était très discret. D’ailleurs, quand on parle de Amen Bank, de Comar ou Parenin, on pense d’abord aux sociétés, avant Ben Yedder », souligne en hommage Walid Bel Hadj Amor, vice-président du think tank entrepreneurial IACE.

Rachat du Crédit foncier et commercial de Tunisie

Originaire de l’île de Djerba, Rachid Ben Yedder cultivait la discrétion, comme son père avant lui, à l’image du siège du holding, une bâtisse élégante mais sobre du centre de Tunis. Une discrétion qui lui a permis d’entrer dans la cour des grands. Contrairement à son frère, Béchir (décédé en 2016), qui a gravi les échelons depuis la base dans les années 1950, Rachid Ben Yedder intègre la haute administration.

À la fin des années 1960, il sent que l’expérience socialisante touche à sa fin. Avec l’arrivée du libéral Hédi Nouira à la tête du gouvernement en 1970, il quitte la fonction publique et persuade son père de l’aider à racheter le Crédit foncier et commercial de Tunisie, qui va devenir sous le nom de Amen Bank, le vaisseau amiral du groupe.

L’objectif est que la nouvelle génération perpétue le mot d’ordre de PGI Holding : Participation, Gestion, Investissement

Une gestion dualiste et familiale

Le seconde grande intuition de Rachid Ben Yedder a été de ne pas personnaliser ses sociétés afin qu’elles lui survivent. En 2012, par exemple, il instaure une gestion dualiste au sein de Amen Bank avec un directoire et un conseil de surveillance. Si ce dernier reste présidé par le patriarche, le directoire, véritable organe exécutif, est confié à Ahmed El Karm, ancien chef de cabinet au sein de la Banque centrale de Tunisie.

Sur les 17 membres du conseil d’administration de PGI Holding, dix appartiennent à la famille, dont les cinq enfants de Rachid Ben Yedder (Nadhim, Karim, Hakim, Wassim et Halim). Parmi ces derniers, trois occupent déjà des postes phares : Karim Ben Yedder est n°2 de PGI et directeur général du directoire de Amen Bank, Hakim est le DG de Comar Assurances et Halim celui de Parenin. Son neveu, Nébil Ben Yedder, préside, lui, au destinée des Cafés Bondin.

Mais Rachid Ben Yedder a veillé jusqu’au bout à leur adjoindre des parrains de poids pour accompagner leur apprentissage : Ahmed El Karm, mais aussi Ahmed Abdelkefi, président et fondateur de Tunisie Leasing ou encore Ibrahim Debbache, président de la Chambre de commerce tuniso-allemande. L’objectif est que la nouvelle génération perpétue le mot d’ordre austère, mais qui a fait ses preuves, de PGI Holding : Participation, Gestion, Investissement.

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