Cinéma

Cinéma : « La Haine qu’on donne », dans le tourbillon du racisme

« La Haine qu'on donne », adapté du best-seller d'Angie Thomas. © Capture écran/20th Century Fox France

Adapté du best-seller éponyme de l’Africaine-Américaine Angie Thomas, ce long-métrage reprend justement le message de l'auteure mais s’embarrasse aussi d'un manichéisme tout hollywoodien.

Entre l’album All Eyez On Me de Tupac Shakur et le DAMN de Kendrick Lamar, tous deux pontes du rap west coast, notamment empreint de militantisme social, plus de vingt années se sont écoulées. Et pourtant, la condition des Africains-Américains aux prises avec le racisme et ses relents – scandée par ces rappeurs engagés -, n’a pas changé. C’est ce qu’Angie Thomas dénonce dans son roman coup-de-poing, The Hate U Give (« La Haine qu’on donne »), best-seller aux États-Unis publié il y a deux ans, et qui, sans grande surprise, fait l’objet d’une adaptation cinématographique – en salles ce mercredi 23 janvier en France.


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Le film reprend l’histoire de Starr Carter, 16 ans, élevée au sein du « ghetto » fictif de Garden Heights. Un soir elle assiste, démunie, au meurtre de son ami d’enfance, Khalil, abattu par un policier blanc au cours d’un contrôle routier. Juste avant cela, il lui aura rappelé le sens de la Thug Life (« Vie de gangster » en français), nom du groupe que forme Tupac en 1993 et acronyme d’une formule de son cru : « The hate U give little infants fucks everybody » (« la haine qu’on donne aux tout-petits fout tout le monde en l’air »).

Quête de justice

En un peu plus de deux heures, le film – signé Georges Tillman Jr. (à qui l’on doit le classique Soul Food ou le biopic Notorious B.I.G.), s’attache à dénouer les fils du nœud de cette intrigue, tournant autour de cette présomption, et transportant le spectateur dans un tourbillon où la haine est tantôt nappée d’émotion, tantôt d’humour, mais aussi d’une affliction quasi-communicative.

L’actrice Amandla Stenberg, qui campe Starr, livre une prestation honnête permettant de saisir tous les paradoxes avec lesquels se débat l’adolescente. Pour exemple, cette dernière fréquente l’école privée d’une banlieue cossue. La « pop culture noire » suinte de partout alors même que les élèves Noirs y sont rares. Aussi, Amandla Stenberg jongle avec les accents, l’argot et le langage châtié tout en réussissant à accentuer le soudain déséquilibre entre les deux univers dans lesquels son personnage évolue à la mort de Khalil. Sans compter ce dilemme permanent entre le choix de « balancer » ou renoncer.

On notera également la puissante performance de l’acteur Russel Hornsby, qui incarne le père, Maverick Carter, membre de gang repenti, qui ne jure que par le programme en dix points du Black Panther Party.

Une jeunesse confrontée au racisme

Si le long-métrage est plutôt en phase avec le récit fiévreux d’Angie Thomas – dans la mesure où le message n’est aucunement biaisé –, certaines libertés scénaristiques viennent le trahir quelque peu. La guerre des gangs dans Garden Heights n’est abordée que de façon très subtile, déchargeant le scénario d’une problématique corollaire à l’histoire racontée par l’auteure. De plus, le dénouement, complètement alternatif, a de quoi surprendre de par son côté manichéen. Un parti pris porté par un manque de réalisme qui laisse pantois.

Quoiqu’il en soit, The Hate U Give ne devrait pas manquer de marquer les esprits. C’est qu’il s’inscrit dans la veine des fictions documentant une époque où une certaine Amérique rappelle inlassablement que « la vie des Noirs comptent » (« Black Lives Matter »).


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