Politique

Burkina : Christophe Dabiré Premier ministre, les coulisses d’une nomination surprise

Christophe Dabiré a été nommé Premier ministre du Burkina Faso. © DR / Présidence du Burkina Faso.

Promu Premier ministre à la surprise générale, Christophe Dabiré a entamé les tractations pour former sa future équipe gouvernementale. Retour sur les tractations en coulisses qui ont mené à ce choix « stratégique et de raison ».

À la surprise générale, le chef de l’État a choisi Christophe Joseph Marie Dabiré, un économiste expérimenté et modéré de 71 ans pour conduire l’action gouvernementale. D’après nos informations, Roch Marc Christian Kaboré aurait finalement choisi l’ancien commissaire en charge du Commerce de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) parmi quatre noms qui avaient initialement été retenus. Outre Christophe Dabiré, les couloirs de Kosyam ont résonné ces derniers jours des noms de Stanislas Ouaro, Chérif Sy ou encore Alpha Barry.

Les premiers ministrables

L’universitaire Stanislas Ouaro avait pour lui son profil politique, et le fait d’être un pur produit de l’administration publique burkinabè. Depuis sa nomination en février 2018, ce jeune ministre – il est quadra – a en outre su ramener le calme au sein d’un ministère de l’Éducation nationale souvent chahuté. Une capacité à pacifier le dialogue social précieuse en ces temps turbulents pour l’économie burkinabè.

Autre nom avancé, celui de Chérif Sy. Le nom du Haut représentant du chef de l’État, membre du premier cercle du chef de l’État, est revenu avec insistance, en raison de sa grande connaissance de l’armée. Grande figure de l’insurrection populaire de 2015, il a présidé le Conseil national de la Transition.

Alpha Barry était également dans le dernier carré des « premier ministrables ». L’ancien ministre des Affaires étrangères « a su se bâtir une stature d’homme d’État au sein du gouvernement Paul Kaba Thieba », commente l’entourage du président Kaboré.

Le chef de l’État n’a parlé à personne du choix final. Sa décision n’a été influencée par personne. La nomination de Christophe Dabiré est un choix stratégique et de raison

Favori des internautes burkinabè, le patron diplomatie et fondateur du groupe de médias Oméga était même, selon certains, le choix numéro de Roch Marc Christian Kaboré. Eddie Komboigo, président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l’affirme : « La première proposition de Premier ministre a été Alpha Barry. Mais elle a été contestée par les caciques du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP, au pouvoir). Cela laisse penser qu’il règne un grand malaise au sommet de l’État ».

Faux, rétorque un habitué du Palais présidentiel arguant que « l’on ne peut pas dire qu’Alpha Barry a été empêché par le MPP », en particulier parce que « le chef de l’État n’a parlé à personne du choix final du Premier ministre ». « Sa décision n’a été influencée par personne. La nomination de Christophe Dabiré est un choix stratégique et de raison », assure à Jeune Afrique ce proche du président burkinabè.

« Rétablir les grands équilibres économiques »

En attendant la formation du gouvernement, attendue dans les prochains jours, la nomination de Christophe Dabiré suscite une vague de réactions au sein de la classe politique. Siaka Coulibaly, juriste et analyste politique salue « un profil technocratique, plus proche de l’administration burkinabè, du monde du développement et des institutions sous-régionales que son prédécesseur ».

« Christophe Dabiré peut aider à rétablir les grands équilibres économiques, un des challenges du gouvernement », estime Siaka Coulibaly qui prévient que le nouveau Premier ministre pourrait en revanche « avoir de la peine dans l’animation de la vie politique nationale ». En cause, selon l’analyste, sa faible visibilité au sein du MPP – notamment due à ses activités au sein de l’Uemoa – depuis que le parti a pris les rênes du pays. « Cela pourrait être une limite pour lui, en particulier dans ses rapports avec l’Assemblée nationale lorsqu’il faudra faire voter les grandes décisions. »

Cet éloignement apparent des instances dirigeantes du MPP est cependant à relativiser. Son épouse, Clémentine Dabiré, est elle-même membre du bureau politique du parti au pouvoir et siège également au sein de son Haut conseil.


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Homme politique averti en même temps que technocrate qui connaît ses dossiers, Christophe Dabiré aura fort à faire à la tête du gouvernement. Assurer la relance économique tout en contenant la fronde sociale et, surtout, mener la lutte contre le terrorisme feront partie des priorités de la nouvelle équipe.

« Attendons la nomination du gouvernement pour apprécier. Mais, je doute fort que le nouveau Premier ministre ait les coudées franches, étant donnée l’intransigeance des ténors du MPP », déplore Eddie Komboigo.

L’action du nouveau Premier ministre à la tête de l’exécutif sera surveillée comme le lait sur le feu. À la situation économique délicate s’ajoute le contexte sécuritaire. Depuis l’élection de Kaboré, en novembre 2015, les attaques se sont multipliées. D’abord cantonnées au nord du pays, les violences se sont propagées à une large partie du territoire, les attaques devenant de plus en plus fréquentes et meurtrières. Au total, 300 personnes ont été tuées depuis 2015.

Le PNDES comme feuille de route

En décembre 2016, à Paris, le pays avait mobilisé auprès des bailleurs et investisseurs internationaux des promesses de dons et de financement de l’ordre de 28 milliards d’euros, dont 16 milliards du secteur privé, pour financer son Plan national de développement économique et social (PNDES), évalue intégralement à 15 000 milliards de FCFA. Mais, en dépit de l’enthousiasme des partenaires internationaux, les crises sécuritaire et sociale ont largement freiné les espoirs de développement.


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La nomination de Christophe Dabiré, pour le chef de l’État, est une manière de maintenir le cap sur l’économie, cœur de la stratégie présidentielle

« Ce changement va apporter de nouvelles énergies pour poursuivre la mise en œuvre du PNDES, d’autant plus que Christophe Dabiré, fin connaisseur du terrain politique, aura une hauteur de vue dans la gestion des grandes questions », assure Lassané Sawadogo, secrétaire exécutif du MPP.

« Les retombées du PNDES se font attendre du fait de ces crises. Le PIB a reculé en raison de l’insécurité. La nomination de Christophe Dabiré, pour le chef de l’État, est une manière de maintenir le cap sur l’économie, cœur de la stratégie présidentielle, tout en espérant qu’avec son équipe et son expérience, le nouveau Premier ministre va décrisper l’atmosphère politique », commente un militant du parti présidentiel, sous couvert d’anonymat.

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