Télécoms

Bruno Mettling : « En 2030, l’Afrique sera le continent le plus numérique du monde »

Bruno Mettling (France), président-directeur général d'Orange Afrique-Moyen Orient. Au siège d'Orange, le 19.04.2016. © Vincent Fournier/JA © Vincent Fournier/JA

Dans son ouvrage « Booming Africa », Bruno Mettling, président d'Orange Middle East and Africa, défend la vision d'une Afrique émergente tirée par les nouvelles technologies. Il revient pour Jeune Afrique sur ses principales conclusions.

Après avoir quitté début mai 2018 la direction exécutive d’Orange Middle East and Africa, qui l’a transmise au Sénégalais Alioune Ndiaye, Bruno Mettling, qui est resté président de la filiale, publie un livre, « Booming Africa : le temps de l’Afrique digitale », paru le 17 janvier aux éditions Débats Publics et consacré à l’impact des nouvelles technologies sur les économies africaines. Il revient pour Jeune Afrique sur les principaux thèmes de son ouvrage.


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Jeune Afrique : Comment définissez-vous ce que vous appelez dans votre livre le « dividende digital » ?

Bruno Mettling : Le constat que j’ai fait à travers mes déplacements sur le continent africain, c’est l’ampleur de la transformation numérique en œuvre. Celle-ci n’est pas seulement cantonnée aux secteurs des nouvelles technologies, mais a des effets importants dans de nombreux domaines : éducation, santé, énergie, administration…

En 2030, l’Afrique sera le continent le plus numérique, le plus peuplé et le plus jeune du monde. L’idée de ce livre, c’est de montrer que ce phénomène, à travers la multiplication des cas concrets, a un effet très puissant sur les économies africaines, et est en train de change l’Afrique pour le meilleur.

Le déficit d’infrastructures physiques ne remet-il pas en cause cette idée de rattrapage technologique ?

Le modèle de développement traditionnel, basé sur le développement d’infrastructures et de grands projets, ne peut pas suivre le rythme de la croissance démographique. La mise en place de solutions numériques, comme par exemple les micro-grid dans le domaine énergétique, couplées à la technologie mobile, permettent de combler le manque d’infrastructures physiques et de répondre aux besoins des populations. Ces solutions innovantes sont moins chères et plus rapide à déployer, quant il s’agit par exemple de relier une communauté rurale au réseau national.

Comment les gouvernements africains peuvent-ils intégrer les enjeux de la transformation numérique dans leurs politiques publiques ?

Ce qui doit changer, c’est l’état d’esprit. Il ne faut plus concevoir les politiques de développement comme des investissements seulement dans des grands projets, dans des infrastructures physiques. Il faut intégrer le numérique, non comme un enjeu sectoriel, qui concerne les start-up et l’informatique, mais comme quelque chose de transversal, qui fait évoluer tous les secteurs économiques. Cette vision, des chefs de l’États africain l’ont intégré. C’est le cas de Paul Kagamé, qui la projette de manière très forte au Rwanda, mais on la retrouve aussi chez Alassane Ouattara et Macky Sall.

Je propose que 10 % des fonds soient utilisés pour que les bailleurs intègrent davantage le numérique aux politiques de développement

L’autre enjeu au niveau des bailleurs de fonds, c’est que les solutions qu’ils proposent soient efficaces, utiles aux populations. Or, ceux-ci ont tardé à rendre leurs capitaux disponibles pour les projets dans le numérique. Les règles administratives rendent l’accès aux financement difficile. Le changement est en train de se produire, mais je plaide pour qu’il soit plus rapide. Ce que je propose, c’est que 10 % des fonds soient utilisés pour repenser le modèle des bailleurs, pour intégrer davantage le numérique aux politiques de développement.

Au regard de ces transformations, comment doit évoluer le modèle économique des opérateurs ?

La première mission des opérateurs, c’est d’assurer une bonne qualité de la connectivité, de fournir un cadre de développement aux autres acteurs économiques. Ils doivent également faire évoluer leur métier. C’est ce que nous avons fait chez Orange, en prenant le risque de passer de la voix à la data, puis au mobile banking. Aujourd’hui, nous offrons des services financiers, qui vont du transfert d’argent au prêt, en passant même par l’énergie. Tous ne l’ont pas fait.


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Nous prenons nos responsabilités, mais il faut également que les bailleurs internationaux puissent nous accompagner. L’approche classique du développement ne permet pas de répondre aux besoins. Après avoir défendu le droit à déconnexion dans le rapport El Khomri, je défends le droit à la connexion des populations africaines.

Quels enjeux représentent la mise en place de la 5G ?

Il faut mettre les choses dans l’ordre. L’enjeu en Afrique est pour l’instant le déploiement de la 3G. Ensuite viendra la 4G. La 5G n’est pour l’instant pas forcément une priorité. Son stade de développement est pour l’instant expérimental.

Comment analysez-vous la multiplication des conflits entre opérateurs et États africains ?

Il appartient aux opérateurs et aux États africains de trouver un équilibre qui soit mutuellement bénéfique. Les conflits se font au dépend des populations, c’est elles qui en payent le prix.

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