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Cet article est issu du dossier «Union africaine : les enjeux du 32e sommet des chefs d'État»

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Présidentielle en RDC : pourquoi l’Union africaine a rétropédalé

Paul Kagame, président rwandais et président en exercice de l'Union africaine et Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l'UA, le 17 janvier à Addis Abeba. © DR / présidence rwandaise.

Le président en exercice de l’UA, Paul Kagame, et le président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, ont reporté sine die leur voyage à Kinshasa, initialement prévu le 21 janvier. Quatre jours plus tôt, ils avaient mis en doute la victoire de Félix Tshisekedi dans un communiqué d’une fermeté inédite. Mais entre-temps, d’intenses tractations diplomatiques ont eu lieu.

Paul Kagame a-t-il voulu faire un dernier coup d’éclat avant de rendre son tablier ? C’est en tout cas le président rwandais, dont la présidence tournante à l’Union africaine (UA) s’achèvera début février, qui avait convoqué un sommet au format inédit, le 17 janvier, à Addis-Abeba. L’invitation à cet événement – baptisé « réunion consultative de haut niveau des chefs d’État et de gouvernement sur la République démocratique du Congo » – n’avait pas été adressée à tous les chefs d’État.


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Y étaient conviés ceux de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et de la Communauté internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Le Tchadien Idriss Déby Itno était présent en tant que président de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), dont ne fait pas partie la RDC ; le Guinéen Alpha Condé en tant que prédécesseur de Paul Kagame à la présidence tournante de l’UA ; et l’Éthiopien Abiy Ahmed en tant qu’hôte du sommet.

Communiqué inédit de l’UA

Joseph Kabila y avait également été convié, deux jours avant l’échéance. Mais le président congolais a décliné, officiellement en raison de la crise post-électorale qui agite son pays depuis la proclamation des résultats provisoires donnant Félix Tshisekedi vainqueur de la présidentielle du 30 décembre. Il a tout de même envoyé une délégation à Addis-Abeba, composée de Léonard She Okitundu, le vice-Premier ministre en charge des Affaires étrangères, Barnabé Kikaya Bin Karubi, son conseiller diplomatique, et Bene M’Poko, l’ambassadeur de la RDC à Pretoria. « Paul Kagame avait parlé à notre président au téléphone, témoigne un membre l’équipe. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa avait aussi fait le déplacement. Nous avions interprété cela comme des signaux positifs », se souvient-il.

On nous a fait un bébé dans le dos ! » lâche un membre de la délégation congolaise

À l’issue du huis clos des chefs d’État, auquel la délégation congolaise n’a pas été admise, c’est pourtant un coup de tonnerre qui s’est abattu sur elle. Le communiqué rédigé après la réunion des dix chefs d’État contenait en effet des termes inédits dans les annales de l’UA. Il exprimait de « sérieux doutes » sur la victoire de Félix Tshisekedi, appelait à « suspendre » la proclamation des résultats définitifs et annonçait l’arrivée à Kinshasa, le 21 janvier, d’une délégation de cinq chefs d’État.

Une revanche se prépare contre l’initiative Faki-Kagame

La délégation congolaise est sonnée. « On nous a fait un bébé dans le dos ! » lâche alors un de ses membres, désabusé. Mais en RDC, où elle est de retour le 18 janvier, elle prépare sa revanche. Le soir même, deux délégations décollent de Kinshasa. La première, où l’on trouve Kalev Mutond, chef de l’Agence nationale de renseignement (ANR), prend la direction de Kigali pour y rencontrer Paul Kagame. La deuxième, conduite par Kikaya Bin Karubi, s’envole vers Pretoria.

Reçu dans la matinée du 19 janvier par Cyril Ramaphosa, le diplomate congolais tient un discours panafricaniste, voire régionaliste, au président sud-africain. À Addis-Abeba, assure-t-il, les autres chefs d’État ont été manipulés par la France, qui ne veut pas qu’un pays francophone reste dans le giron de la SADC. Joseph Kabila décroche quant à lui son téléphone pour appeler le président namibien Hage Geingob, président en exercice de l’organisation d’Afrique australe, alors en déplacement à Madagascar pour l’investiture d’Andry Rajoelina.


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Resté à Kinshasa, Léonard She Okitundu convoque les ambassadeurs des pays présents à Addis-Abeba pour les informer que, « pour des raisons légales », le Conseil constitutionnel ne saurait répondre favorablement à l’appel des chefs d’État visant à repousser la proclamation des résultats définitifs. Dans la nuit du samedi 19 au dimanche 20 janvier, la Cour proclame la victoire de Félix Tshisekedi. C’est une première déconvenue pour l’UA.

À 11h49, la SADC publie sur Twitter un communiqué félicitant Félix Tshisekedi pour sa victoire. Cyril Ramaphosa lui emboîte le pas

Volte-face de membres notables

Lorsqu’il apprend la nouvelle, le président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, se trouve à Kigali, où il a rejoint Paul Kagame par vol spécial depuis Madagascar, après avoir également assisté à l’investiture d’Andry Rajoelina. Mais le tandem Faki-Kagame ne renonce pas tout de suite à son voyage à Kinshasa, pour lequel ils doivent en principe être accompagnés par Cyril Ramaphosa, Hage Geingob et le Zambien Edgar Lungu.

Pendant toute la matinée du dimanche 20 janvier, à Kinshasa, les équipes dépêchées par le Rwanda et l’UA continuent de préparer leur venue, comme si de rien n’était. Personne ne les a informées du deuxième coup de poignard en préparation contre l’initiative Faki-Kagame. À 11h49, la SADC publie sur Twitter un communiqué félicitant Félix Tshisekedi pour sa victoire, signé de Hage Geingob. Cyril Ramaphosa ne tarde pas à lui emboîter le pas.

Qu’irait faire, dès lors, à Kinshasa une délégation dont deux des plus éminents membres reconnaissent déjà la victoire de Félix Tshisekedi ? Depuis Kigali, Paul Kagame et Moussa Faki n’ont d’autre choix que de reporter sine die leur mission. Le bras de fer continental est, pour l’instant, terminé. L’investiture de Félix Tshisekedi devrait avoir lieu jeudi 24 janvier.

À ce jour, aucune invitation n’a été adressée à un chef d’État étranger.

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