Sécurité

Huit Casques bleus tchadiens tués dans l’une des pires attaques contre l’ONU au Mali

Un officier serre la main des Casques bleus de la Minusma à Bamako, le 1er juillet 2013. © Harouna Traore/AP/SIPA

L'une des plus meurtrières attaques de jihadistes contre l'ONU au Mali a coûté dimanche la vie à huit Casques bleus tchadiens, au moment où Paris annonce la reprise des opérations de la force du G5 Sahel.

À l’aube, les Casques bleus du contingent tchadien stationnés à Aguelhok, dans le nord-est du pays, à 200 km de la frontière algérienne, ont « repoussé une attaque complexe lancée par des assaillants arrivés à bord de nombreux véhicules armés », a expliqué la mission de l’ONU au Mali (Minusma).

S’ils ont réussi à « neutraliser nombres d’ennemis » et à « poursuivre les assaillants dans leur déroute », les soldats de la paix ont essuyé de lourdes pertes: un bilan officiel, encore provisoire, fait état de « huit Casques bleus tombés sur le théâtre des opérations » et de « nombreux blessés ». Ces derniers seraient au nombre d’une vingtaine, selon une source sécuritaire malienne.

L’attaque la plus meurtrière à ce jour remonte à 2014

Déployée en 2013, après que le nord du Mali est tombé sous la coupe de jihadistes liés à Al-Qaïda, la Minusma, qui compte environ 12.500 militaires et policiers, avait déjà perdu jusque-là plus de 160 Casques bleus, dont plus de 100 dans des actes hostiles, soit plus de la moitié des soldats de l’ONU tués pendant cette période dans le monde.

L’attaque de dimanche est l’une des plus meurtrières pour l’ONU dans ce pays, toujours en proie à la menace jihadiste malgré plusieurs années d’intervention internationale. La pire jusqu’ici, en octobre 2014, avait fait neuf morts dans le contingent nigérien, dont un convoi avait été attaqué près de Gao (nord-est).

Tout comme les Togolais (cinq tués en mai 2016), les Guinéens (sept tués en février 2016) et les Burkinabè (six tués en juillet 2015), les Casques bleus tchadiens ont payé un lourd tribut : cinq morts dans l’explosion d’une mine près d’Aguelhoc en septembre 2014, puis cinq autres au cours d’une embuscade au nord de cette ville, en mai 2016.

Riposte « héroïque »

En avril dernier, des tirs sur le camp d’Aguelhoc avaient également coûté la vie à deux Casques bleus tchadiens et en avaient blessé plusieurs autres.

Le représentant du secrétaire général de l’ONU au Mali, Mahamat Saleh Annadif, a immédiatement condamné une « attaque ignoble et criminelle ». Elle « exige une réponse robuste, immédiate et concertée de toutes les forces pour anéantir le péril du terrorisme au Sahel », a-t-il estimé, tandis que le commandement de la force de la Minusma louait la « bravoure » des Tchadiens lors de leur « riposte héroïque ».

La ministre française des Armées, Florence Parly, avait justement indiqué dimanche matin à la radio France Inter que la force antijihadiste du G5 Sahel est « en train de reprendre ses opérations ». Après une lente montée en puissance, cette force, constituée par cinq États du Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad) et qui doit atteindre 5.000 hommes à pleine capacité, a connu un coup d’arrêt avec l’attaque de son QG le 29 juin à Sévaré, dans le centre du Mali.

Persistance des violences

L’attaque de dimanche coïncide également avec l’arrivée à NDjamena du Premier ministre Benjamin Netanyahu, la première visite d’un chef de gouvernement israélien dans ce pays africain à majorité musulmane, parmi les plus engagés dans la lutte contre les organisations jihadistes Boko Haram et État islamique dans la bande sahélo-saharienne et en Afrique de l’Ouest.

Les dirigeants israélien et tchadien ont annoncé à cette occasion la « reprise » des relations diplomatiques entre les deux pays, rompues par N’Djamena en 1972.

Les jihadistes avaient pris le contrôle du nord du Mali en mars-avril 2012, à la faveur de la déroute de l’armée face à la rébellion à dominante touareg, d’abord alliée à ces groupes qui l’ont ensuite évincée. Ils ont été en grande partie chassés ou dispersés à la suite du lancement en janvier 2013, à l’initiative de la France, d’une intervention militaire, qui se poursuit actuellement.

Cependant, les violences jihadistes ont non seulement persisté, mais se sont propagées du nord vers le centre et le sud du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits intercommunautaires, qui ont fait plus de 500 morts parmi les civils dans le centre du Mali depuis début 2018, selon les comptages de l’ONU.

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