Elections

[Tribune] Présidentielle au Sénégal : pourquoi #SunuDébat ?

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Étudiante sénégalaise en troisième année à Sciences Po Paris.

Dans une boutique de Dakar, en 2009. © REBECCA BLACKWELL/AP/SIPA

C'est un hashtag qui prend de l'ampleur au Sénégal : #SunuDébat. Volonté affichée par les internautes : obtenir des candidats à la présidentielle du 24 février la participation à un débat télévisé. Initiatrice du mouvement sur Twitter, Awa Mbengue, les enjoint à « jouer le jeu démocratique ».

Il y a une semaine est née l’initiative citoyenne #SunuDébat. Et derrière elle, toute une génération cherchant à accroître l’offre politique de leur pays. Comptez-vous voter par défaut ou par conviction ? En ce qui me concerne, j’ai choisi. Le candidat qui voudra mon soutien devra me convaincre en confrontant ses idées.

La beauté de #SunuDebat réside dans la manière dont elle est née : d’un simple tweet. Cet appel adressé au Président, qui aurait pu se noyer parmi tant d’autres, a été instantanément repris, démontrant que la demande est réelle.


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L’idée d’un débat est tout simplement l’expression d’une conscience citoyenne et d’un questionnement : pourquoi pas nous ? Pourquoi ne pas avoir au Sénégal un débat entre candidats à la présidence, alors que cela se fait ailleurs ? Sans calculs ni considérations autres que la volonté de démystifier le dialogue et d’enrichir notre jeu démocratique, #SunuDebat est porté par des citoyens aspirant à conférer un nouvel élan au jeu politique, en innovant sa pratique. Surtout, #SunuDébat ne porte nul autre candidat que les citoyens sénégalais.

Consolider la démocratie sénégalaise

Le président Macky Sall n’a pas manqué de rappeler, lors de son discours à la Nation, la « hauteur de la tradition de démocratie majeure et apaisée » de notre pays. En ce sens, #SunuDebat est une action qui participerait grandement à la consolidation de cette dernière, si souvent vantée.

Un débat présidentiel marquerait un tournant dans notre vie politique, puisque, que ce soit sous Senghor, Diouf ou Wade, jamais depuis la naissance de notre État, un débat formel réunissant les candidats en lice à la magistrature suprême n’a été organisé.


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D’ailleurs, #SunuDébat répond à un besoin : celui d’une vulgarisation des programmes. En effet, au Sénégal, une grande partie de la communication politique s’effectue à l’écrit, et en français. Or, plus de la moitié des Sénégalais sont analphabètes dans les caractères latins. Un débat télévisé – et radiodiffusé – favoriserait la participation des citoyens à la vie démocratique et permettrait en outre une plus grande transparence du processus électoral.

Cette initiative citoyenne est essentiellement portée par des jeunes, conscients et engagés, voulant accroître leur impact dans le processus décisionnel. Si l’on s’intéresse aux tweets utilisant le hashtag « #SunuDebat », beaucoup de ces jeunes font certes la critique du président actuel, mais des candidats de l’opposition également. Ils proposent des solutions alternatives, et s’engagent.

Les électeurs sénégalais sont les seuls garants de notre démocratie. Une si grande fonction ne peut s’exercer pleinement qu’en connaissance de toutes les offres politiques.

Un premier pas

Le débat met à jour les contradictions, favorise la prise de conscience. Il permet un aperçu des offres politiques et, donc, d’éviter les présidents par accident. Il oriente l’intention de vote d’un électeur et consolide celle d’autre. Dès lors, le Sénégalais demandant à un candidat voulant que lui soit confié tous les pouvoirs inhérents à la magistrature suprême de se soumettre à cet exercice, agit en toute légitimité.


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Aux sceptiques, qui craignent la tournure que prendrait un tel débat, j’ai envie de dire que toute création, aussi imposante et somptueuse soit-elle, n’a pu éviter l’étape du brouillon. Il serait candide de penser que la première ébauche sera parfaite. Cela n’en retire rien à sa nécessité. Sans nul doute largement critiqué, il entrouvrira la porte à l’organisation de tous les suivants.

Nous savons que les débats électoraux influent sur la dynamique d’une élection et enrichissent les propositions politiques. Du point de vue de l’électeur, rien de ce qui sortira de ce débat ne peut être une mauvaise chose. Du point de vue d’un candidat, quoi de mieux que de se confronter intellectuellement à ses adversaires ? D’avoir la latitude de présenter son programme avec, comme unique juge, tout un peuple à convaincre ?

Rien n’oblige le président sortant et ses rivaux à accepter cette demande faite par une branche de l’électorat. Mais, en jouant le jeu démocratique, les candidats en lice à l’élection présidentielle de 2019 pourront instaurer une nouvelle ère. Pourquoi #SunuDebat ? Parce que la place de la discussion, organisée et dirigée, devrait être centrale en période de campagne électorale.

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