Société

Tunisie – Noureddine Taboubi (UGTT) : « Le gouvernement navigue à vue »

Des manifestants devant le siège de l'UGTT à Tunis, jeudi 17 janvier 2019.

Des manifestants devant le siège de l'UGTT à Tunis, jeudi 17 janvier 2019. © Hassene Dridi/AP/SIPA

La grève générale de la fonction publique et des entreprises étatiques, organisée jeudi 17 janvier à l’appel de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), est une nouvelle étape dans le bras de fer engagé avec le gouvernement pour l’obtention de meilleurs salaires.

Transports publics suspendus, écoles fermées, service minimum dans les hôpitaux… La grève générale paralyse la Tunisie. Un fait rare que le pays n’a pas vécu depuis 2011. En cause : l’échec des négociations entre la centrale syndicale et le gouvernement.

« Pour que les gens descendent dans la rue, il faut un trop plein », hurle pour se faire entendre un syndicaliste venu manifester devant le siège de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), place Mohamed Ali à Tunis. Malgré les difficultés d’accès au centre-ville de la capitale, placé sous haute surveillance, plusieurs milliers de personnes ont répondu au mot d’ordre de l’UGTT, et s’apprêtaient à la mi-journée à se diriger vers l’avenue Bourguiba pour exprimer leurs revendications.


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L’arrêté gouvernemental publié au Journal officiel la veille de la grève n’a pas aidé à calmer les esprits. Il prévoit la réquisitions de certains fonctionnaires et employés des institutions et établissements publics, au nom d’un impératif de service minimum. Des sanctions sont prévues à l’encontre des contrevenants.

« La réquisition ? Trempez-la dans l’eau et buvez le tout ! », a lancé depuis Tunis le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi. D’ores et déjà, la centrale prévoit de porter plainte contre le gouvernement pour une décision jugée illégale. Jeune Afrique avait rencontré son premier responsable quelques jours avant la mobilisation.

Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous lancé un avis de grève générale pour ce jeudi ?

Noureddine Taboubi : À cause de l’incohérence de ce gouvernement. Après les premiers accords de 2015, nous avons accepté de renégocier avec le gouvernement et de décaler les augmentations. D’autres négociations ont été entérinées en novembre 2017. Un communiqué commun confirmait qu’elles seraient closes au 15 septembre 2018. Le 14 septembre, le gouvernement s’engage vis-à-vis du FMI à n’effectuer aucune augmentation dans le secteur public et la fonction publique. Ce revirement dit toute la crédibilité de ce gouvernement, qui a néanmoins ratifié les réajustements de salaires pour le secteur public en novembre 2018.

Comment expliquez-vous que les discussions avec le gouvernement aient toutes échoué ?

Ses propositions sont inconsistantes et ne sont clairement pas à la hauteur des attentes. Nous ne pouvons nous satisfaire de miettes. En outre, le gouvernement navigue à vue, sans réel projet, entre revirements et contradictions criantes.

Le bras de fer avec le gouvernement s’étend dans le secteur de l’éducation. Cela fait trois ans que les blocages persistent. Pour quelles raisons ?

Encore une fois, c’est à cause du non-respect des accords passés avec le gouvernement, qui ne répercute pas les décisions prises. Nous savons tout l’attachement des Tunisiens à l’éducation des enfants, mais les enseignants ont aussi des droits qu’il faut défendre et des conditions à améliorer. L’année ne sera pas une année blanche comme certains le prétendent. Une solution sera trouvée.

La problématique touche aussi l’Algérie et le Maroc. Ne dépasse-t-elle finalement pas les États ?

Faut-il y voir une situation conjoncturelle ? Peut-être, mais chaque pays a ses spécificités. Le niveau des salaires en Tunisie est trop bas.

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Noureddine Taboubi dans le magazine Jeune Afrique n° 3028, à paraître dimanche 20 janvier.

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