Sport

En Algérie, la fièvre du rugby s’empare des filles

Un club féminin de rugby de la Fédération algérienne de rugby (FAR). © DR

Le développement du rugby en Algérie passe aussi par la pratique féminine. Avec dix clubs de rugby à sept créés spécifiquement en moins de trois ans, la Fédération mise sur les femmes pour faire gagner du terrain à ce sport, et une sélection nationale est en cours de formation pour représenter le pays durant les grands tournois. Reportage.

En ce début d’hiver, les montagnes qui surplombent la ville de Blida sont enneigées et le froid est mordant. À proximité du célèbre stade de football Mustapha Tchaker, des équipes féminines de rugby s’entraînent activement avant de disputer les matchs du tournoi national, organisé le jour même par la Fédération algérienne de rugby (FAR).

Les joueuses font partie des premiers clubs féminins algériens d’Alger, Oran, Blida, et M’sila. Ces dernières années, la pratique du rugby est en « plein boom », assurent des responsables de la fédération algérienne.


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« Il y a une dizaine de clubs qui pratiquent le rugby féminin dans différentes catégories. Certains ont des juniors ou des benjamines, d’autres des cadettes ou des seniors », indique Sofiane Benhassen, président de la FAR. « Nous sommes sur la bonne voie pour le rugby féminin, et j’espère sincèrement que dans deux ans, nous allons même dépasser le rugby masculin. Il y a vraiment un engouement derrière le ballon ovale, et d’un point de vue organisationnel, les filles sont plus structurées pour faire avancer ce sport », poursuit le responsable.

Vers la Coupe du monde 2023

La Ligue algérienne de rugby a été officiellement créée le 17 novembre 2015, portée par des joueurs professionnels binationaux qui se battent depuis 2007 pour la reconnaissance de ce sport en Algérie. Après un long parcours semé d’embûches, la sélection nationale masculine s’est faite un nom parmi l’élite africaine. En moins de trois ans, elle a réussi à accrocher plusieurs titres à son palmarès, dont la Bronze Cup (3e niveau continental) en 2017 et la Silver Cup (2e) en 2018.

Désormais, la fédération est en passe de devenir membre associé de World Rugby, l’organisme qui gère les principaux tournois internationaux. Ce nouveau pas en avant permettra à la sélection algérienne de devenir membre affilié d’ici deux ans et de participer, en cas de qualification, à la Coupe du monde qui se déroulera en France en 2023, a expliqué Stephanus Nel, membre de l’organisation, venu constater les avancées de ce sport.

Zoulikha Tebani est plus mesurée. « Avant, il y avait beaucoup de demandes d’inscription, mais désormais certains parents sont hésitants. Ils ont constaté que depuis trois ans, il n’y a pas d’avancées, ni d’aide ou de sélection en équipe nationale, et certaines filles sont découragées ou se blessent », nuance la présidente du Sporting rugby M’sila.

Un club féminin de rugby de la Fédération algérienne de rugby (FAR). © DR

Objectif : une sélection « à 95 % » locale

Dans cette ville du centre du pays, ce sont ses frères Djemaï et Salim Tebani qui ont poussé à la création d’un club avec une section féminine. Ces passionnés de rugby ont participé à l’officialisation du sport en Algérie, et occupé conjointement le poste de sélectionneur national masculin en 2015. « Ils nous aident toujours. Ils nous ont procuré les tenues », poursuit Zoulikha, dont tous les enfants pratiquent le rugby.

En 2017, un appel aux joueuses franco-algériennes avait été lancé par les membres de la fédération. « Je n’ai pas vraiment eu de retour », admet Sofiane Benhassen, qui mise désormais sur le potentiel local. « L’équipe nationale féminine sera composée à 95 % de filles locales – à ne pas comparer avec l’équipe des garçons, davantage composée de joueurs qui évoluent en France et en Europe. Les filles en Algérie ont un gros potentiel, prévient-il. Nous sommes en phase de détection car il y a une équipe nationale qui va sortir au mois de février. Il y aura encore une sélection, puis, au mois d’avril, nous allons organiser un stage de l’équipe nationale. L’objectif est de participer à une compétition internationale avec les féminines. »

Chacune vient d’un sport différent. (…) Notre entraîneuse de judo nous a appelées et la suite s’est faite par bouche à oreille

Un peu plus loin sur le terrain, celles qui feront sûrement partie de la future formation nationale font voler les ballons. Maillot orange sur le dos, Melissa motive ses coéquipières licenciées au club de Bordj El Kiffan, une commune de la périphérie algéroise.

« Chacune des filles vient d’un sport différent. Certaines pratiquaient la boxe, le judo, l’athlétisme ou encore le karaté. Notre présidente était notre entraîneuse de judo. Elle nous a appelées et la suite s’est faite par bouche à oreille », se souvient la jeune étudiante en sport. Le club existe depuis deux ans. Pour elles, les ambitions sont grandes. « On espère que ce sport va percer et qu’il y aura de plus en plus de clubs féminins ainsi qu’une équipe nationale féminine pour les seniors, afin que l’on participe aux Jeux olympiques, à la Coupe du monde et aux autres compétitions internationales », s’enthousiasment les joueuses.

Un spectacle familial

« Le rugby est un sport de contact qui m’a donné plus confiance en moi et en mes coéquipières », résume Melissa. Dans son entourage, des personnes ont été choquées et étonnées par la pratique de ce sport. « On leur explique juste que ce n’est pas vraiment agressif, qu’il existe des règles qui nous protègent, et finalement ils ont envie de venir voir. Personnellement, ma famille m’encourage car ils savent que c’est porteur. Je pense que c’est le cas de tout le monde ici. »


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Les responsables de la fédération vantent la présence de femmes et d’enfants dans les tribunes lors des derniers matchs de l’équipe nationale masculine. Une aubaine en termes d’image, car la FAR veut faire du rugby un spectacle familial et se démarquer du football, le sport-roi plombé par les violences à l’intérieur et autour des stades. « Qui aurait cru il y a cinq ans qu’il y aurait du rugby en Algérie, et que les filles pourraient le pratiquer ? », s’interroge encore Sofiane Benhassen.

Afrique rugby, la confédération africaine de rugby, vise maintenant la création d’une compétition féminine nord-africaine avec des effectifs nationaux et universitaires. « L’Afrique du Nord en général est en train de connaître une mutation en matière de rugby féminin », affirme Mostafa Jelti, officier régional de développement. Désormais, l’objectif est de faire participer l’Algérie aux Jeux africains, qui auront lieu en octobre 2019 au Maroc. « Cela va être très juste, mais je fais confiance à la fédération algérienne pour qu’elle nous amène une sélection à ce tournoi et aux compétitions universitaires », confie le responsable marocain.

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