Droits de l’homme

[Chronique] Arabie saoudite : des femmes divorcées par texto

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

Les Saoudiennes seront désormais notifiées par SMS d’une dissolution de leur mariage. Un divorce que leur conjoint ne prenait pas toujours le soin de signaler.

Que celui qui n’a jamais rompu par texto jette le premier smiley. Une liaison amoureuse non régularisée par les liens du mariage ne suscite généralement pas de protocole sophistiqué, surtout si l’ex-amoureux manque de courage. Mais lorsqu’il s’agit de déchirer un engagement marital contracté devant témoins et institutions, la dissolution mérite une longue procédure, véritable parcours du combattant dans certains pays. Jusqu’au 6 janvier dernier, en Arabie saoudite, il était pourtant possible de se séparer de sa conjointe sans même… l’informer.

SMS : « Signalisation d’une Matrimoniale Séparation » ?

Lorsque les droits de la femme reviennent d’aussi loin, la moindre avancée est une victoire, même si celle-ci ressemble à un gag. Comme indiqué par le ministère saoudien de la Justice dans un communiqué diffusé par voie de presse, les femmes seront désormais « notifiées de tout changement concernant leur statut matrimonial via un message SMS ».

Les répudiées pourront ainsi « consulter des documents liés à la rupture de leur contrat de mariage via le site internet du ministère », condition sine qua non de la revendication de droits élémentaires comme, par exemple, l’usage d’une procuration émise avant le divorce ou la demande d’une pension alimentaire. Le sigle SMS pourrait donc être redéployé en « Signalisation d’une Matrimoniale Séparation »…

Un trompe l’œil ?

La modernité fait progressivement son apparition dans le statut des femmes, au pays de ce prince héritier Mohamed Ben Salman dont la cote de progressisme a pris du plomb dans l’aile, depuis le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, le 2 octobre dernier, au consulat saoudien d’Istanbul. Depuis quelques années, les Saoudiennes ont obtenu les droits de vote et d’éligibilité aux élections municipales, de conduite automobile, d’accès aux stades et même de présentation du journal télévisé sur la chaîne nationale SBA.

Si une demoiselle ne peut pas se marier tout à fait librement, il était temps que, devenue dame, elle soit au moins informée du divorce secret de son conjoint

Tout ne va pourtant pas pour le mieux dans la meilleure des sphères féminines saoudiennes. Brimés, les militants pour les droits des femmes dénoncent toujours le système de tutelle masculine qui impose aux femmes l’obtention d’une permission, auprès de leur parent masculin le plus proche, pour nombre d’initiatives comme les voyages ou les mariages. Si une demoiselle ne peut pas se marier tout à fait librement, il était temps que, devenue dame, elle soit au moins informée du divorce secret de son conjoint…

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