Sécurité

Burkina Faso : une marche pour réclamer « vérité et justice » après les violences ethniques

Une manifestation à Ouagadougou, le 31 octobre 2014 (photo d'illustration). © Theo Renaut/AP/SIPA

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté le 12 janvier dans plusieurs villes du pays pour réclamer « vérité et justice » après l'attaque d'hommes armés et les représailles contre la communauté peule qui ont fait 49 morts le 1er janvier dans la ville de Yirgou (nord).

« Devoir de justice pour Yirgou », « Droit de vivre pour tous au Faso », « Touche pas à notre vivre ensemble », « Non aux violences communautaires »… Les slogans affichés par les manifestants étaient sans appel ce 12 janvier. À l’appel du Collectif contre l’impunité et la stigmatisation (CISC), des milliers de Burkinabè se sont rassemblés sur la place de la Nation avant d’arpenter les artères de Ouagadougou, la capitale, ainsi que d’autres villes du pays.

« Le terrorisme n’a pas d’ethnie ni de nationalité », a déclaré le Dr Daouda Diallo, le porte-parole du CISC, appelant à « éviter le délit de faciès ». « Il est temps de crever l’abcès afin d’épargner notre pays une guerre civile qui couve », a-t-il ajouté.

Dans la nuit du Nouvel An, des hommes armés, soupçonnés d’être des jihadistes, ont attaqué le village de Yirgou, dans la commune de Barsalogho (centre-nord), tuant sept personnes de la communauté mossi, majoritaire au Burkina, dont le chef de village, avant de prendre la fuite.

Dans la foulée, des villageois s’en sont pris à des membres de la communauté peule dans différentes localités de la région. Le président Roch Marc Christian Kaboré s’était rendu sur place pour apaiser les tensions. Le bilan officiel, de 49 morts, serait de plus de 70 victimes, selon des sources peules.

Un bilan lourd

« Nous exigeons une enquête pour comprendre pourquoi 72 heures après le début du massacre, alors que tout le monde était informé, aucune action n’avait été posée pour stopper le massacre », a déclaré Me Ambroise Farama, l’avocat du collectif. « Le CISC exige vérité et justice pour les victimes du double drame de Yirgou, les victimes des attaques terroristes et les victimes de toutes les formes de stigmatisation ».

Le bilan est de « 72 morts auquel s’ajoutent des personnes disparues, plus de 2 000 personnes déplacées, des concessions brûlées, des troupeaux emportés par les bourreaux membres des groupes d’autodéfense », a assuré Me Ambroise Farama. « Nous avons des autorités politiques et administratives qui ont l’art de masquer la vérité parce qu’ils savent que si le peuple connaît la vérité, ce sera révoltant, c’est pour cela qu’ils ne veulent pas donner les vrais chiffres ».

Des attaques plus nombreuses

Pour Me Farama, « le drame de Yirgou pose l’épineux problème de l’incapacité du gouvernement à faire face aux attaques terroristes, à assurer la sécurité des biens et des personnes, mais aussi et surtout celui de la stigmatisation de certaines communautés ethniques ».

« Ce qui est arrivé à Yirgou ne concerne pas seulement les Peuls mais l’ensemble des fils du Burkina », a déclaré Yacouba Sanou, porte-parole de la communauté bobo, saluant la présence à la marche de « 60 autres ethnies du pays ».

Le nord du Burkina est en proie à des attaques jihadistes récurrentes. Douze civils burkinabé ont été tués jeudi 10 janvier à Gasseliki, un village dans la région du Sahel (nord) dans une « attaque terroriste », a annoncé le ministère de la Sécurité. Cette attaque a fait 12 morts et deux blessés.

Comme au Mali, au Niger et au Nigeria, les tensions dégénèrent périodiquement en violences entre communautés agricoles et Peuls, traditionnellement éleveurs, souvent nomades, présents dans toute l’Afrique de l’Ouest. Comme certains Peuls ont rejoint les groupes jihadistes qui ont tué plus de 270 personnes depuis 2015, il est fréquent de voir des Burkinabè faire l’amalgame entre jihadistes et Peuls.

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