Sport

Maroc : Azaitar, Hari, Rabii… ces stars du ring qui gravitent autour des puissants

Le combattant de MMA Abu Azaitar posant avec le roi Mohammed VI.

Le combattant de MMA Abu Azaitar posant avec le roi Mohammed VI. © Capture d'écran Instagram

Abu Azaitar, Badr Hari, Mohamed Rabii… Ils sont jeunes, d’origine marocaine et pratiquent le Mixed martial arts (MMA), le full contact ou encore la boxe anglaise. Ce sont des sportifs, mais aussi des stars et des entrepreneurs. À coup de poings et de com’, ils sont les héritiers d’une longue tradition sportive marocaine. Portraits.

Ils posent tout sourire, épaule contre épaule. Le roi Mohammed VI, chef de l’État marocain et commandeur des croyants, dans sa djellaba crème, et « Abu Azaitar », en sarouel vert pomme. Le t-shirt de ce dernier, floqué de son nom et frappé d’une étoile à cinq branches, comme celle au centre du drapeau marocain, donne à voir ses épais biceps de combattant. Le commentaire sur sa page Facebook pour accompagner le cliché est une suite d’émoticônes : des cœurs rouge et vert, couleurs du fanion marocain, et une couronne.

Abu Azaitar, de son vrai prénom Abu Bakr, est né en Allemagne. Il pratique le Mixed martial arts (MMA), une discipline contemporaine qui associe lutte et pugilat, où les combats se déroulent le plus souvent dans une cage.

Badr Hari, kick-boxeur hollando-marocain, en 2013.

Badr Hari, kick-boxeur hollando-marocain, en 2013. © flickr.com/photos/legendashow

Ce trentenaire n’est pas le seul sportif européen d’origine marocaine à s’illustrer dans les sports de combat. Badr Hari, kick-boxeur natif d’Amsterdam, a longtemps tenu le haut de l’affiche en faisant les belles heures du K-1, un championnat japonais organisant des combats de « full contact », là encore une discipline récente et souvent spectaculaire.

Le colosse, surnommé « The golden boy » – dont on peut acheter les statuettes au Japon – est connu pour son palmarès : plus de cent affrontements, quasiment que des victoires, dont un certain nombre par KO. Connu, aussi, pour sa vie de star excessive : l’ami du footballeur portugais Cristiano Ronaldo a déjà été arrêté et incarcéré pour des faits de violence, et la presse hollandaise le décrit parfois comme narcissique et hors de contrôle.

Tradition et ferveur

D’autres, comme les Franco-Marocains Ahmed El Mousaoui et Bilel Jkitou, champion d’Afrique des poids moyens en 2018, évoluent dans une discipline plus classique, la boxe anglaise. Ils perpétuent aux côtés de Hari, Azaitar et d’autres, une vieille tradition d’émigration sportive. En 1978 déjà, un certain Michel Stini, de son vrai prénom Bouchaïb, né au Maroc et installé en Belgique, remportait le titre national chez les poids moyens.

Abu Azaitar, lui, restera comme le « premier Marocain » à avoir intégré l’Ultimate fighting championship (UFC), prestigieuse ligue de MMA. Formé en Allemagne, peut-on pour autant parler d’un savoir-faire marocain ? Il faut effectivement faire attention, souligne Hicham Oulmouddane, journaliste et spécialiste du sport marocain : « Le championnat de K-1 qu’a remporté Badr Hari, Hollando-Marocain, est en fait très souvent décroché par des Hollandais… comme lui, dans un sens ! »

Au Maroc, il y a un engouement bien réel. Mais côté moyens, ça suit moins

Mais il reste tout l’amour d’une jeunesse pour ces sports : « Ici, les mômes adorent les sports de combat. Ils pratiquent, ils regardent… Il y a un engouement bien réel mais côté moyens, ça suit moins », souligne Rachid Jkitou, ancien boxeur professionnel franco-marocain et frère aîné de Bilel. Les parcours de Mohamed Rabii, médaillé de bronze aux Jeux olympiques de Rio (2016), ou de Zakaria Moumni, pratiquant de boxe thaïlandaise devenu opposant politique, jeunes Marocains issus des quartiers populaires des grandes villes de Rabat et de Casablanca, sont les meilleurs exemples de la vivacité de la boxe marocaine, malgré le manque d’infrastructures.

Rachid Jkitou, lui, illustre la manière dont la tradition s’installe : lui-même a pu compter sur les conseils avisés et les menus coups de pouce de Khalid Rahilou, vieille gloire de la boxe né en 1966 en France et qui, retourné dans les années 2000 au Maroc dont il est originaire, a participé à créer un milieu professionnel.

Une histoire de famille… et de business

Si chacun cultive son style, des traits communs rapprochent chacun de ces combattants. Beaucoup sont aussi des entrepreneurs du secteur du sport. Abu Azaitar n’apparaît que rarement sans son frère Ottman, également son manager. Les frangins Boughanem, Yassine et Youssef, deux combattants de muay-thaï belgo-marocains installés en Thaïlande, travaillent aussi en famille. Ils ont lancé PSM Fighter, une marque qui propose des gants de boxe, des shorts et des protège-dents.

« C’est assez compliqué de vivre de ses seuls combats, alors on se fabrique des carrières », explique Rachid Jkitou. Son petit frère Bilel, à 25 ans, reste concentré sur les combats et se finance modestement grâce aux sponsors. Un troisième frère, Rida, enfile aussi les gants comme pro. Rachid, lui, a ouvert des salles d’entraînement à Marrakech et à Rabat.


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« On ne raccroche pas vraiment les gants, mais on se diversifie », professe celui qui, en proposant maintenant à des sportifs français de venir s’entraîner au Maroc, compte participer à la création d’un axe du noble art entre les deux rives. « Un peu comme des rappeurs viennent se ressourcer, enregistrer et rencontrer des jeunes talents marocains, il y a des combattants intéressés pour passer du temps ici. »

Quelques uns tirent de gros profits de leurs combats. Badr Hari a empoché environ un million de dirhams émiratis (237 000 euros) en 2014 suite à sa victoire lors du « Global Fighting Championship », organisé à Dubaï devant un parterre de 3 000 spectateurs. En juillet, Abu Azaitar a remporté son premier combat en championnat UFC. Pour leurs premiers combats, dont l’aspect spectaculaire est soigneusement entretenu, les sportifs de l’UFC, qui vivent par ailleurs du sponsoring, sont souvent payés environ 10 000 dollars pour le show et 10 000 de plus s’ils gagnent, explique le journaliste spécialisé Trent Reinsmith, qui suit la ligue notamment pour le magazine Forbes.

Proche du pouvoir et des people

La première victoire d’Abu Azaitar, Mohammed VI a dû en être fier. En effet, il semble proche du combattant : depuis le printemps 2018, le sportif a notamment été invité à prier à ses côtés ou à prendre le ftour à sa table durant le mois de ramadan.

Le patriotisme est une valeur qui semble partagée par plusieurs combattants. Badr Hari a souvent brandi des drapeaux marocains, quand Yassine Boughanem mélange, en Thaïlande même, keffiehs palestiniens et fanion marocain. Bilel Jkitou, lui non plus, ne cache pas son attachement au Maroc. « Je ne peux pas l’expliquer, c’est comme ça. Quand tu montes sur le ring, tu as envie de représenter un peu le Maroc. C’est pas vraiment du patriotisme, plutôt un attachement au pays des parents », s’amuse Rachid Jkitou qui, né en France, réside pour le moment à Rabat, ville d’origine de sa mère.

Quant à Abu Azaitar, sa fidélité au trône est un signe distinctif. Il est déjà apparu dans la cage de combat habillé d’une cape rouge frappée des armoiries de la monarchie – deux lions dorés encadrant un écu, soutenant une couronne ornée de perles. Sur les clichés Instagram postés par lui et ses frères, on peut également voir que leurs bureaux sont décorés de portraits de Mohammed VI.

Leur popularité, ces combattants la conquièrent dans la sueur et les coups, mais l’entretiennent aussi sur les réseaux sociaux

Leur popularité, ces combattants la conquièrent dans la sueur et les coups, mais l’entretiennent aussi sur les réseaux sociaux. Abu Azaitar compte plus d’un million d’abonnés sur Instagram, dépassant un certain nombre de ses homologues américains. Sur le même réseau social, Badr Hari se rapproche des deux millions de « followers ». Forts de cette popularité, ces gladiateurs des temps modernes nouent des amitiés avec d’autres « people ». Abu Azaitar est proche de RedOne, producteur musical international, amis des stars et fervent admirateur du roi Mohammed VI. Bilel Jkitou, lui, ne cache pas sa passion pour les rimes du rappeur Booba : tous les deux se revendiquent du « 92 », le département français des Hauts-de-Seine.

« Le plus important, c’est de continuer à transmettre la passion », souligne Jkitou. Lui, après avoir animé une salle municipale en banlieue parisienne, tient à pouvoir accueillir dans ses salles privées au Maroc « les jeunes des quartiers populaires, ceux qui n’ont pas grand-chose, que ce soit en France ou au Maroc, et continuer à dresser des ponts entre les deux pays. »

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