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Courrier des lecteurs

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Mis à jour le 26 mai 2008 à 17:03

Quelle sécurité sociale ?

Il est des informations qui donnent l’impression fâcheuse de souffrir de la berlue quand on les lit, comme le confidentiel intitulé « Couverture du risque maladie dans les pays en développement : qui doit payer ? » (J.A. n° 2468, p. 11). Je me suis précipité sur Internet pour en savoir un peu plus. En vain. Ce thème ne peut être qu’intéressant en soi. Tous les ressortissants des pays « sous-développés » savent que c’est une question cruciale. Mais ce qui me consterne le plus, c’est de voir le panel des organisateurs et/ou participants français qui prendront sûrement la parole pour nous dire ce qu’il faut faire – ou surtout ne pas faire, etc. -, alors que, depuis bientôt vingt ans, la Sécurité sociale française ne sait pas comment résorber son propre déficit, qui s’aggrave seconde après seconde ! Tournons-nous plutôt vers les pays nordiques, qui sont plus avancés que la France sur cette question. Ou encore vers les Pays-Bas. Mais, de grâce, pas vers les Barzach, Kouchner et Bachelot, qui ont fait leurs « preuves ».

Obambé Gakosso, Gisors, France

FAO a bon dos

Je suis indigné par les propos d’Abdoulaye Wade, qui accuse la FAO d’être responsable de la crise alimentaire (J.A. n° 2470, p. 16). Cette attitude est typique des Africains qui ne reconnaissent jamais leurs responsabilités dans les erreurs et les échecs. La FAO n’est pas responsable de la mise en place des politiques de développement du continent, cette crise est due à la mauvaise gestion des dirigeants africains, qui n’ont pas prévu cette situation. Comment croire que l’Afrique ne puisse pas produire le riz, qui est l’aliment de base en Afrique de l’Ouest ? Peut-être est-ce la FAO qui a donné l’ordre de ne pas en produire ? Ou attendait-on sa décision pour le faire ? Vous me trouvez peut-être très dur envers le continent, mais quand on aime, on ne se retient pas.

Mayo du Faso

Vive l’arabisation !

En réponse à l’article « Arabisation toute ! » paru dans J.A. n° 2449 (p. 52), je dirais que si la langue arabe revient en force au Maroc, c’est tant mieux ! Je crois comme je crois en Dieu que l’une des principales causes de l’arriération des Arabes, c’est qu’ils n’ont pas donné à leur langue de base, la langue arabe, toute la place qu’elle mérite. Et ce à cause de la colonisation et des leaders nationaux formés à la langue et à l’école du colonisateur. Nul ne peut ignorer que la langue du « Dad » (un « d » emphatique) pourrait, par le travail et la volonté de ses pratiquants, s’exprimer et s’adapter dans tous les domaines pratiques et scientifiques, à l’instar du chinois, du japonais, de l’hébreu
Prenons le cas de mon pays, la Tunisie. Les matières scientifiques y sont enseignées principalement en français. Résultat : le niveau des élèves et même des étudiants ne fait que baisser de manière alarmante depuis les années 1960. Par ailleurs, Internet, les jeux vidéo, la télévision par satellite, laissent peu de place à la lecture, qui est la condition sine qua non à la compréhension et à la maîtrise d’une langue étrangère, en l’occurrence le français. Ce français que le colonisateur et feu Bourguiba ont imposé à la Tunisie et aux Tunisiens pour faire marcher l’administration et éduquer leurs enfants. Après plus d’un demi-siècle d’indépendance, un bilan de cette politique de francisation s’impose pour rectifier le tir.

Kamel Oukadh Krimid, professeur de physique-chimie, lycée « Maghreb arabe », Metlaoui, Tunisie

Adieu à un journaliste talentueux

C’est avec une très grande tristesse que j’ai appris la disparition prématurée de votre regretté collaborateur Elimane Fall. Pour l’avoir plusieurs fois côtoyé et avoir engagé avec lui des discussions approfondies sur plusieurs questions internationales, j’ai pu mesurer les nombreuses qualités professionnelles et intellectuelles d’Elimane. Son attachement à l’Afrique et à son pays, le Sénégal, était à la mesure de la profondeur et de la pertinence des idées et approches qu’il défendait pour un meilleur avenir du continent. Par son humilité et sa grande sagesse, Elimane appartenait à cette race, aujourd’hui hélas devenue rare, de journalistes talentueux et dotés d’un sens élevé de la mesure et de l’objectivité dans le traitement de l’information. Sa disparition laisse, sans aucun doute, un grand vide au sein de la rédaction de J.A.

Babacar Bâ, Ambassadeur observateur permanent de l’OCI auprès de l’ONU à Genève.

En face de la mort

C’est vraiment en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son apogée. J’ai appris avec consternation et tristesse le décès brutal d’Elimane Fall. Fidèle lecteur de J.A., j’ai toujours lu avec fierté ses articles. Quel regret qu’il nous ait quittés de cette manière !
Que la terre te soit légère, Elimane !

Patrick Wologan, Cotonou, Bénin

Bon voyage, Elimane

La scène se passe dans les locaux de J.A., l’été 2007. Vingt ans après, je retrouve le groupe fondé par BBY. Et la première personne que je voulais revoir, c’était Elimane. Rien n’y fait : je garde des amis les meilleures images. Je me remémore nos débats à propos de Nietzsche (une passion pour Elimane). Je revois ses regards si expressifs et si chargés d’émotion, lui qui se retenait de parler le matin : « Quand un Wolof vous dit bonjour le matin, c’est le dernier mot qu’il prononce de la journée », disait-il. Et sa façon de me parler de la médina de Tunis, de ses engagements, de ses illusions perdues et de ses espoirs
Elimane avait le sens de la compassion, de la mesure et du réalisme. Quand, en septembre 2007, BBY m’a demandé en pleine réunion de rédaction si je me souvenais encore de mes anciens collègues, j’ai tourné la tête vers le grand disparu. « Monsieur Ben Yahmed, J.A. est une famille. La mienne, ici, c’est toujours Aldo, Mathilde, Elimane », ai-je répondu.
Un peu plus tard, voyant ma mine perplexe, Marwane Ben Yahmed me demande ce que je cherche. « Le bureau d’Elimane Fall, s’il vous plaît. » Le sourire de MBY restera gravé dans ma mémoire. C’est comme s’il me disait : « Les vieux de la vieille de J.A. finissent toujours par se retrouver. » Quand j’ouvre la porte du bureau, je salue l’ami qui me regarde, surpris. En fait, durant la réunion, il me scrutait du regard, en silence. Et là, tout à coup, il s’exclame : « Je ne t’avais pas reconnu ! Dis donc, tu as changé »
Bon voyage, cher Elimane. Et que la paix soit avec toi.

Saïd Ben Slimane, ancien collaborateur de J.A., Tunis, Tunisie

La sympathie des lecteurs

Elimane Fall, la sève de ta plume qui a coulé depuis 1983 dans les colonnes de Jeune Afrique sera à jamais conservée dans les archives pour les bons souvenirs de ta mémoire. Quand j’ai appris ta mort, j’ai pris le journal pour te regarder une ultime fois et dire que tu resteras éternellement vivant auprès de nous. Tes nombreux écrits – fruits de ta compétence et de ton amour pour le journalisme – ont créé une relation de sympathie avec les lecteurs que nous sommes. Elimane Fall, tu emportes la vitalité de ton art et de ton travail, mais nous restons avec tes mots imprégnés de saveur africaine.

Bernard Nkounkou, Québec, Canada

Paix à son âme

C’est avec retard que j’ai appris le décès d’Elimane Fall. Je suis attristé par cette nouvelle car j’avais bien connu Elimane entre 1983 et 1988. J’appréciais son détachement, son humour décalé et cette façon élégante de ne pas se prendre au sérieux alors qu’il était un journaliste consciencieux. Lorsque j’étais déconcerté par certaines situations, il me disait avec philosophie : « T’inquiète, ce sont des histoires de Nègres » Comme lui, jeune journaliste, j’appréciais alors le « coaching » (à l’époque on n’employait pas ce terme) des aînés du 51, avenue des Ternes : Sennen Andriamirado, Pierre-Albin Martel, Siradiou Diallo, François Poli Il aurait eu encore tant à faire, à voir, à dire Paix à son âme.

Jacques Gautrand, ancien collaborateur de J.A., Saint-Maur-des-Fossés, France