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Devon laisse à Malabo les bénéfices du brut

Contre 2,2 milliards de dollars, le pétrolier américain cède ses parts à la Société nationale des hydrocarbures (GEPetrol). Dans l’intérêt des deux parties.

Par - F.L.
Mis à jour le 26 mai 2008 à 17:03

En annonçant, le 14 mai, la vente pour 2,2 milliards de dollars (1,4 milliard d’euros) de ses actifs en Guinée équatoriale, la major américaine Devon Energy Corporation parachève son processus de désengagement sur le continent africain, annoncé début 2007. Malabo était prévenu, mais les négociations ont été « à couteaux tirés », expliquent plusieurs observateurs. Alors qu’il doit être finalisé fin mai avec effet rétroactif au 1er janvier 2008, le transfert d’actifs concerne les 23,75 % que Devon détient sur les blocs B, C et P du champ Zafiro (au nord-ouest dans l’offshore, au large de l’île de Bioko) opéré avec l’américain Exxon. Le portefeuille en question porte sur 55 millions de barils de réserves (estimations au 31 décembre 2007) à partir desquelles la firme pompait 20 000 barils par jour. Cette transaction confirme la volonté de Malabo d’accroître la part de ses intérêts, conformément à la nouvelle loi pétrolière et aux conclusions de la Conférence économique nationale organisée à Bata en novembre dernier.
Reste à savoir si la société nationale des hydrocarbures (GEPetrol), créée en février 2001, pourra suppléer à l’expertise de l’une des principales majors au monde. « Cela ne posera pas de difficulté, estime un professionnel du secteur, car Exxon poursuit l’exploitation pour le compte de GEPetrol avec, à terme, un transfert de compétences. Il s’agit davantage, dans l’immédiat, d’une opération financière qui va permettre à la Guinée équatoriale d’augmenter ses recettes pétrolières. » Le champ Zafiro, dans son ensemble, produit en moyenne 240 000 b/j, soit 75 % du total national. Le secteur des hydrocarbures représente près de 85 % du produit intérieur brut (PIB) et 93 % des recettes fiscales de l’État. De quoi pouvoir débourser 2,2 milliards de dollars (1,7 milliard après impôts) et miser sur un maintien des cours élevés du brut.
La compagnie Devon, basée à Oklahoma City, justifie ce retrait par sa volonté de mieux maîtriser ses risques à travers un repositionnement stratégique au profit de l’Amérique du Nord et du Canada, où elle est déjà fortement implantée. À l’international, c’est surtout sur la Chine, le Brésil et le golfe du Mexique que se concentrera l’essentiel de ses activités au cours des prochaines années. « Malgré les perspectives du marché africain, nous souhaitions consolider notre marge opérationnelle en réorganisant notre portefeuille », explique John Richels, directeur de la communication de la firme créée en 1971.
De fait, l’Afrique ne représentait que 4 % des résultats de Devon (3,6 milliards de dollars en 2007). Les opérations en Égypte ont été revendues au britannique Dana Petroleum pour 375 millions de dollars. Déjà acquéreur des activités de Devon au Ghana et en Angola, la compagnie à capitaux panafricains Afren Plc a également racheté, en mars dernier, un permis en Côte d’Ivoire pour 205 millions de dollars. Quant aux forages gabonais, ils ont été cédés en novembre 2007 à Orange-Nassau Énergie BV, filiale d’Orange-Nassau Groep BV, du groupe Wendel. Au total, l’ensemble de ces ventes a permis d’engranger plus de 3 milliards de dollars avant impôts. Ces résultats ont « dépassé toutes les prévisions », conclut le président de Devon, Larry Nichols.