Diplomatie

Moyen-Orient : au Caire, Mike Pompeo prend le contre-pied de Barack Obama

Le secrétaire d'État Mike Pompeo s'adresse à des étudiants de l'université américaine du Caire, le 10 janvier.

Le secrétaire d'État Mike Pompeo s'adresse à des étudiants de l'université américaine du Caire, le 10 janvier. © Andrew Caballero-Reynold/AP/SIPA

En visite au Caire le 10 janvier, le secrétaire d'État américain Mike Pompeo, qui a rencontré le président Sissi, a délivré un exposé en forme de contre-pied au fameux discours du Caire prononcé par Barack Obama le 4 juin 2009 et a tenté de rassurer les alliés des États-Unis.

« Ce voyage dans la foulée des célébrations de Noël de l’Église copte revêt une signification particulière pour moi en tant que chrétien évangélique. Nous sommes tous enfants d’Abraham. » Après cette traditionnelle et consensuelle évocation de la fraternité entre les peuples du Livre, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a exposé à l’université américaine de la capitale égyptienne la nouvelle doctrine américaine au Moyen-Orient, qu’il a choisi de présenter comme le contre-pied de la politique menée par Barack Obama.

« Souvenez-vous, c’est ici, dans cette ville, qu’un autre Américain vous a dit que l’islamisme radical ne vient pas de l’idéologie, il vous a dit que le 11 septembre a amené mon pays à abandonner ses idéaux en particulier au Moyen-Orient. Il vous a dit que le Moyen-Orient et les États-Unis avaient besoin d’un « nouveau départ ». Le résultat de ces erreurs de jugement a été désastreux », a-t-il déclaré au Caire le 10 janvier, où il effectuait une visite à l’occasion de sa tournée moyen-orientale.

L’Amérique comme « une force du bien au Moyen-Orient »

Au désengagement américain promu par l’ancien président, le secrétaire d’État a opposé le volontarisme de Donald Trump, présentant l’Amérique comme « une force du bien au Moyen-Orient ».

Mike Pompeo a assimilé la prudence de Barack Obama à un abandon des alliés régionaux de l’Amérique, porteur de catastrophes. Évoquant les printemps arabes, il s’est repenti de « l’absence de l’Amérique [aux côtés de l’Égypte, ndlr] dans ce moment historique », sans préciser s’il fallait agir pour maintenir le président déchu Hosni Moubarak ou accompagner l’Égypte sur la voie de la démocratie.

Le secrétaire d’État américain a ainsi déploré un emploi trop « timide » de la puissance américaine, qui aurait ouvert la voie à la répression du peuple syrien par Bachar al-Assad, aux progrès de l’État islamique et surtout au renforcement de l’Iran. La menace que constituerait la République islamique a d’ailleurs été le principal sujet abordé par Mike Pompeo, qui a estimé que les accords passés avec « des ennemis » – référence à l’accord sur le nucléaire iranien – leur profitait en définitive. « La réticence de l’Amérique à exercer son influence nous a tenu silencieux alors que les Iraniens se soulevaient contre les mollahs durant la révolution verte. »

En moins de 24 mois, les États-Unis sous le président Trump ont réaffirmé son traditionnel rôle de force du bien dans la région

« La bonne nouvelle, c’est que l’ère de l’auto-flagellation américaine est terminée, tout comme ces politiques qui ont provoqué une souffrance inutile. En moins de 24 mois, les États-Unis sous le président Trump ont réaffirmé son traditionnel rôle de force du bien dans la région. Nous avons appris de nos erreurs », a-t-il ajouté.

Rassurer sur l’aide américaine

Alors que les États de la région s’ouvrent de plus en plus à la Russie et à la Chine, Mike Pompeo a explicitement fait valoir les avantages du choix de l’Amérique : « À ceux qui s’effraient de l’usage de la puissance américaine, souvenez-vous de ceci : l’Amérique sera toujours une force de libération, non une puissance occupante (…). Pouvez-vous en dire autant de l’Iran ? Lors de la seconde guerre mondiale, les GI américains ont aidé à libérer l’Afrique du Nord de l’occupation nazie, cinquante ans plus tard, nous avons mis sur pied une coalition pour libérer le Koweït de Saddam Hussein. Les Russes ou les Chinois viendront-ils à votre rescousse de la même manière, comme nous l’avons fait ? »

Le secrétaire d’État américain a poursuivi son allocution en expliquant la stratégie américaine consistant à faire émerger de nouvelles alliances entre « nos vieux amis dans la région ». « Notre effort a rassemblé des membres du Conseil de coopération du Golfe ainsi que l’Égypte et la Jordanie. (…) Nous assistons à des changements remarquables, de nouveaux liens se tissent, qui étaient inimaginables jusqu’à récemment. Qui aurait imaginé que le Premier ministre israélien visiterait Mascate [capitale d’Oman, ndlr] ? »

Critiqué pour avoir annoncé le retrait à venir des troupes américaines de Syrie, Donald Trump a voulu rassurer ses partenaires régionaux par la voix de son secrétaire d’État : « Je vais être très clair : l’Amérique ne se retirera pas tant que la guerre contre le terrorisme ne sera pas terminée. »

Critiqué ces derniers jours pour la répression de l’opposition en Égypte, le président égyptien Sissi a reçu le soutien de Mike Pompeo, qui a salué sa promotion « de la liberté religieuse, un exemple pour tous les dirigeants du Moyen-Orient ».

« L’Amérique a été critiquée à la fois pour en avoir trop fait et pas assez au Moyen-Orient, mais nous n’avons jamais été des oppresseurs », a-t-il conclu.

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