Politique

Le Hamas incontournable

Négocié sous l'égide d'Omar Souleimane, le patron des services égyptiens, l'accord d'un cessez-le-feu entre Tel-Aviv et le mouvement islamiste est pratiquement conclu.

Alors que le Liban retrouve la raison (lire ci-contre) et que la Syrie et Israël se décident à parler de paix, c’est le nouveau statut du Hamas qui retient l’attention au Proche-Orient. Le mouvement islamiste est devenu incontournable, et les différents acteurs finissent par en prendre leur parti. L’attitude de la France est significative. Bien entendu, la rencontre, à Damas, entre Yves Aubin de la Messuzière et Khaled Mechaal, le chef du Hamas, n’a rien de « personnel ». Diplomate chevronné, l’ancien ambassadeur à Tunis sait ce qu’il fait. Que ses « contacts » soient divulgués et entérinés par Bernard Kouchner, l’improbable ministre des Affaires étrangères, atteste qu’on assiste à un changement de politique sur la Palestine. Pour mesurer le chemin parcouru, il suffit de rappeler qu’une démarche identique de l’ancien président américain Jimmy Carter il y a peu n’avait pas suscité autant d’intérêt. Le nouveau statut du Hamas, c’est Israël qui le lui confère. Tzipi Livni, chef de la diplomatie de l’État hébreu, a mauvaise grâce de s’en prendre à Kouchner. Comme le lui fait observer Haïm Ramon, vice-Premier ministre : « Comment pouvons-nous critiquer la France, quand notre gouvernement négocie avec le Hamas ? » De fait, Ehoud Olmert, le Premier ministre, s’est résigné à traiter avec les islamistes.
Menées par le truchement d’Omar Souleimane, le patron des services égyptiens, les tractations sont pratiquement bouclées. Elles portent sur une tahdi’a (cessez-le-feu) et non une houdna (trêve). Seule Gaza est concernée. Les Palestiniens s’engagent à ne plus tirer leurs Qassam sur le territoire israélien. Les Israéliens n’exerceront plus de représailles et desserreront le blocus. C’est Olmert qui fait la concession décisive. En acceptant de traiter avec le Hamas, alors qu’il s’y refusait jusqu’à présent, jugeant que toute accalmie ne ferait que le renforcer. En vérité, il n’avait guère le choix. Avec la pluie incessante des missiles sur Sderot et Ashkelon, provoquant rarement des victimes mais faisant vivre la population dans l’insécurité (et les abris), il était confronté à un dilemme : conclure un accord de cessez-le-feu ou réoccuper Gaza, avec les pertes massives en vies humaines (et pas uniquement du côté palestinien) qu’une telle opération implique. Il n’y a point de lien entre le cessez-le-feu et la libération du soldat Gilad Shalit, capturé par le Hamas en juin 2006. Les négociations devront reprendre là-dessus, toujours par le canal du général Souleimane. L’échange doit porter entre le soldat de Tsahal et des centaines de prisonniers palestiniens (on parle de 450 sur les 10 000).
Un détail : Marwane Barghouti se trouve en tête des détenus dont le Hamas exige la libération. Joli coup politique : on sait que le leader du Tanzim, proche du Fatah, est condamné (cinq fois) à perpétuité et jouit d’une immense popularité dans les Territoires. Le cessez-le-feu sera-t-il respecté ? Son sort est indexé sur plusieurs inconnues, dont l’avenir politique d’Ehoud Olmert, qui a maille à partir avec la justice. Et Mahmoud Abbas dans tout ça ? Il doit sans doute se demander si avec les Israéliens la fermeté n’est pas plus payante que la modération.

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