Politique

Les premiers pas de Yar’Adua

Un an après son investiture, le chef de l’État s’est affranchi de la tutelle de son prédécesseur. Mais il n’est pas pour autant parvenu à répondre aux attentes de la population.

Par - Marianne Meunier
Mis à jour le 26 mai 2008 à 17:03

Tout compte fait, la marionnette Umaru Yar’Adua n’a pas joué le rôle qu’Olusegun Obasanjo lui avait assigné. Depuis son investiture, il y a un an (le 29 mai 2007), après un scrutin frauduleux et sanglant, le nouveau président du Nigeria, 57 ans, se comporte en seul maître à bord. Au grand dam de son charismatique prédécesseur : en faisant élire cet ex-gouverneur de Katsina (État du Nord), un civil inconnu du public à la silhouette un peu frêle et l’air mal assuré, qui, pour seul fait d’armes, arbore un diplôme de professeur de chimie, l’ex-général Obasanjo espérait rester le chef de facto du pays le plus peuplé du continent (140 millions d’habitants). Il est pourtant tombé de son piédestal, et son prétendu affidé n’a rien fait pour amortir sa chute.
Depuis le début d’avril, Iyabo Obasanjo-Bello, sénatrice et fille d’Olusegun, est sous le coup d’une enquête de la Commission de lutte contre les crimes économiques et financiers (EFCC). L’intouchable d’hier est soupçonnée d’avoir participé au détournement de 10 millions de nairas (56 000 euros). Six mois plus tôt, une autre proche de l’ancien chef de l’État a été contrainte de démissionner : l’esthéticienne reconvertie en présidente de la Chambre basse du Parlement, Patricia Etteh, dont les représentants ont contesté les dépenses excessives (3,2 millions d’euros, pour l’achat de mobilier et de douze voitures).

Chasse aux sorcières

Comme leitmotiv de son mandat, Yar’Adua a choisi « l’État de droit ». Alors il laisse faire la justice, quand bien même elle s’attaque à celui qui l’a fait roi – parfois avec un zèle qui, selon certains observateurs, frise la chasse aux sorcières. Et, s’il en a l’occasion, il va jusqu’à détricoter l’héritage de l’ancien locataire d’Aso Rock : un mois après le début de son mandat, il a suspendu le processus de privatisation des quatre raffineries du pays, dont deux avaient été attribuées à des proches de l’ex-président.
Émancipé, Yar’Adua n’en est pas pour autant devenu l’homme à poigne qui va recoller les mille morceaux de la fédération nigériane. Dans le Delta du Niger, la région pétrolifère du pays (qui permet à Abuja d’être le premier producteur africain d’or noir), c’est toujours le chaos : les milices continuent de réclamer un meilleur partage des recettes pétrolières en sabotant les installations et en kidnappant les employés des majors. En avril, la production a même atteint son niveau le plus bas depuis dix ans : entre 1,8 million et 1,9 million de barils par jour. Pour éteindre les flammes, Yar’Adua a annoncé, dès les premiers jours de sa présidence, la tenue d’un « sommet du Delta du Niger »Â qui n’a toujours pas eu lieu.

Manger, se logerÂ

Certes, il a gagné la confiance de la communauté internationale – George W. Bush l’a reçu le 13 décembre dernier, à Washington -, mais celle de ses compatriotes, dont 70 % vivent en dessous du seuil de pauvreté, ne lui est pas acquise. Pour eux, les problèmes sont restés les mêmes : manger, boire, se loger, s’éclairer, se soigner. Des impératifs qui figurent bien dans le « plan en sept points » du nouveau président, mais qui sont toujours sans solution. Pour la plupart des Nigérians, Yar’Adua n’a pas tenu ses promesses. D’ailleurs, en est-il capable ? Certains en doutent qui voient régulièrement le chef de l’État s’envoler en Allemagne pour se faire soigner d’un mal dont il tait obstinément la nature, entretenant toutes les conjectures.
Il reste trois ans au successeur d’Obasanjo pour répondre aux attentes des Nigérians. À moins d’une nouvelle élection présidentielle : contestant la régularité du scrutin d’avril 2007, Atiku Abubakar et Mohamed Buhari, deux candidats malheureux, ont déposé une plainte, actuellement examinée par la Cour suprême. Verdict en juillet. Si le vote est jugé irrégulier, Umaru Yar’Adua sera contraint de démissionner et une nouvelle élection devra être organisée. Ce qui constituerait une première en Afrique.