Économie

Laaziz El Kadiri (CGEM) : « Pourquoi ne pas imposer une préférence continentale pour le financement des grands projets ? »

Laaziz Kadiri, président tête de la commission diplomatie économique, Afrique et Sud-Sud. © CGEM, Youtube

Laaziz El Kadiri, le « Monsieur Afrique » de l'organisation patronale marocaine, prépare actuellement un guide d’investissement qui couvre l’ensemble du continent. Une manière d'encourager les entreprises à dépasser les frontières du royaume.

Nommé en juillet à la tête de la commission diplomatie économique, Afrique et Sud-Sud, Laaziz  El Kadiri est devenu le « Monsieur Afrique » de Salaheddine Mezouar. Après avoir sillonné une partie du continent, il a pour mission d’accélérer les investissements marocains sur le continent, selon un plan de bataille centré sur les PME. Rencontre.

Jeune Afrique : Depuis un peu moins d’une année, la Maroc a un ministère chargé des Affaires africaines. Coopérez-vous avec lui ?

Laaziz El Kadiri : La concertation est permanente. Nous avons la responsabilité de faire le suivi d’un certain nombre de dossiers. Nous rendons compte de leur état d’avancement, mais aussi des problèmes rencontrés dans chaque pays. Cette organisation permet au gouvernement comme à la CGEM d’avoir une image claire des investissements marocains sur le continent et ainsi d’éviter les retards. Par ailleurs s’il a besoin d’organiser un forum d’investissement, le ministère passera par nous car nous sommes les seuls habilités à mobiliser les entreprises.


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Vos deux derniers déplacements vous ont amené en Mauritanie et en Afrique du Sud, deux pays avec lesquels les relations politiques connaissent des hauts et des bas. Est-ce que cela a été fait à la demande du gouvernement ?

Nous sommes indépendants et nous ne faisons pas de politique. Mais la promotion de l’investissement au Maroc peut avoir un impact positif sur le plan diplomatique. En Mauritanie, nous avons déjà signé plusieurs marchés. Un deuxième round sera tiendra au Maroc prochainement. Pour l’Afrique du Sud, un gros travail de rapprochement des intérêts a été fait avant le déplacement du président de la CGEM, Salahedine Mezouar. Nous sommes conscients qu’il y a beaucoup de synergies possible entre nos deux pays. Nous poursuivrons nos discussions lors du forum économique en l’honneur des investisseurs sud-africains que nous organisons au premier trimestre 2019.

La balance des investissements entre le royaume et le reste du continent penche plus du côté de Rabat. Pourtant, les grands groupes panafricains susceptibles d’investir au Maroc ne manquent pas.

Nous avons accueilli en 2018 l’un de plus gros investisseurs sud-africains avec le groupe Saham. Mais d’autres doivent suivre. Saham va nous servir d’ambassadeur. Beaucoup de secteurs sont dominés au Maroc par des groupes nationaux solides, déjà présents hors de nos frontières. Cela peut faire hésiter les investisseurs, mais notre marché reste cependant ouvert. L’un des axes principaux de notre stratégie consiste à encourager les co-investissements.

Votre préférence va aux joint-venture ?

C’est plus sage oui. C’est aussi le modèle que nous privilégions pour nos entreprises en Afrique. Les investisseurs locaux connaissent mieux le secteur, le pays, et la mentalité. C’est rassurant, surtout pour les PME qui sont au cœur de notre stratégie. Nous voulons qu’elles profitent de l’élan et de la réussite des grands groupes.

Il sera donc un jour possible de voir le Maroc proposer des facilités à des groupes 100 % africains pour investir massivement, comme ce qui a été fait pour Renault ou Peugeot ?

La stratégie d’investissement du Maroc n’exclut personne et les avantages, notamment fiscaux, sont les mêmes pour tous. Ça dépendra du niveau de l’enveloppe qui sera investie. Une personne de l’Agence de développement des investissements et des exportations (AMDIE) nous accompagne d’ailleurs dans chacun de nos déplacements pour donner ces informations aux investisseurs potentiels.

Les banques marocaines présentes au sud du Sahara connaissent quelques turbulences, tout comme les entreprises du BTP. N’avez-vous pas peur que cela décourage les potentiels investisseurs ?

Les grands groupes ont une assise financière qui leur permet de prendre quelques risques, qui peuvent s’avérer payant ou pas. Ce n’est pas le cas des PME, qui en cas d’erreur peuvent faire faillite. Nous essayons donc de les informer le mieux possible. L’objectif est de leur donner un maximum de visibilité pour les rassurer. Nous sommes même en train de préparer un guide d’investissement qui couvre l’ensemble du continent.

La Chine et les groupes chinois investissent massivement en Afrique. Cela doit-il générer des craintes particulières ?

Durant le dernier forum de la BAD qui s’est été tenu à Johannesburg, nous avons relevé une prise de conscience générale dans ce sens. Tout le monde répétait la même chose : « L’Afrique doit se développer par l’Afrique », en paraphrasant une ancienne citation de sa Majesté Mohammed VI. Nous étions heureux d’entendre ça et c’est pour cela que les instances financières doivent, elles aussi, œuvrer dans ce sens et pourquoi pas imposer une préférence continentale pour le financement des grands projets. On peut créer davantage de valeur avec des capitaux africains. Ceci-dit, la Chine peut être un parfait partenaire mais avec une certaine exigence de la part des pays et des donneurs d’ordres.

Avez-vous été consulté quant à la mise en oeuvre du projet de Zone de libre échange continentale africaine (Zlec) ?

Au Maroc, ce dossier est entre les mains du ministère de l’Industrie et de l’Investissement. Nous avons des fois des réunions avec eux pour répondre à des questions ou pour donner notre avis sur quelques éléments. La dernière rencontre a eu lieu au mois de septembre.

Qu’avez vous de prévu pour 2019 ?

En plus des forums que nous organisons ou auxquels nous sommes invités à travers le continent, nous sommes en train de préparer un très grand événement africain au Maroc, qui sera exclusivement dédié aux PME. Ça sera au mois de novembre. Nous voulons rassembler les plus grandes institutions financières africaines et internationales pour qu’elles expliquent aux participants tous les détails nécessaires pour la levée de fonds et pour bénéficier de l’accompagnement.

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