Société

[Chronique] Miss Algérie : trop noire ou pas assez belle ?

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

L’élection de la nouvelle Miss Algérie a déclenché, sur les réseaux sociaux, un flot de commentaires désobligeants. Racisme immémorial, « trolling » gratuit ou expression décalée de goûts légitimes ?

Les voies du goujat sont impénétrables. Depuis l’élection, ce 4 janvier, de Khadidja Benhamou au titre de Miss Algérie, Internet bruisse de commentaires venimeux qui naviguent entre relents racistes et dénonciation d’un niveau de beauté présumé insuffisant. Lorsqu’un internaute « mort de rire » présente l’élue comme un sosie de James Brown, est-ce la couleur de peau du chanteur qui constitue le problème ou ses traits masculins ? Certains posts ne recourent même pas à de tels sous-textes, comme celui de l’internaute « Crypto Negative » qui déclare « elle est noire, ça représente pas l’Algérie ».

Pour autant, si le flot de goujateries est parfaitement grossier, il n’est pas exclusivement raciste. Il prend l’allure d’un « trolling », ce sport favori d’internautes qui trompent leur oisiveté en pourrissant les espaces de discussion numériques, dans le simple but d’alimenter la polémique.

« Trolling » VS solidarité

Bien sûr, le sacre national d’une Miss Adrar, originaire de cette région du sud-ouest de l’Algérie, ne pouvait manquer de réveiller les instincts de ceux qui projettent les bananes plus qu’ils ne les dégustent. Les ressortissants de cette région saharienne – où les peaux sont généralement plus mates – dénoncent régulièrement les discriminations dont ils disent être victimes.

La première bonne nouvelle est qu’ils ont désormais leur Miss Algérie. La seconde est que ces réactions effrontées auront eu le mérite de susciter un autre flot de contributions : une vague de compliments, de marques de solidarité et de dénonciation du racisme. Bon nombre d’éditorialistes ont emboîté le pas des internautes pour appeler à la promotion de l’africanité négligée de l’Algérie, dans la représentation politique comme dans les médias.

Miss France 2017, Miss France 2019, Miss Afrique… De nombreuses reines de beauté ont suscité des polémiques

Des Miss sous le feu des critiques

Plutôt anachroniques à l’ère du hashtag #MeToo, ces concours de beauté ne manquent jamais de susciter des polémiques aussi diverses que superflues. Miss France 2017, première Guyanaise à remporter cette écharpe, désola certains qui la considéraient d’abord comme originaire « d’un autre continent ». Les promoteurs du teint noir, eux, dénoncèrent une couverture du magazine Paris Match dont la photo de l’élue semblait retouchée pour éclaircir son épiderme.

La Tahitienne Miss France 2019, à nouveau bien éloignée de la métropole, vient, elle, de susciter la polémique en dévoilant son passé de… « ronde ». Et quand les trolls ne menacent pas les reines de beauté, ce sont les accidents : fin décembre, les cheveux de la nouvelle Miss Afrique, la Congolaise Dorcas Kasinde, prenaient littéralement feu sur scène…

Stoïque, quant à elle, la Miss Algérie injuriée a éteint le « feu » du web en employant une technique implacable. Elle a renvoyé les discourtois à leur Créateur : « Que Dieu leur montre le chemin ».

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