Politique

Ahlem Gharbi, conseillère Maghreb-Moyen-Orient d’Emmanuel Macron, quitte l’Élysée pour l’AFD

Ahlem Gharbi en 2011 au Caire pendant la révolution égyptienne. © Capture d'écran/Youtube/Ministère des Affaires étrangères

Ahlem Gharbi, la conseillère Afrique du Nord et Moyen-Orient du président Macron, quitte l'Élysée pour rejoindre l’Agence française de développement (AFD). Elle est remplacée à son poste par Marie Philippe, diplomate de carrière.

Elle sera restée un an et demi au Château. Ahlem Gharbi, conseillère technique Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Emmanuel Macron, a quitté ses fonctions lundi, selon le Journal officiel (JO) daté du 3 janvier. Son départ de l’Élysée aurait presque pu passer inaperçu, s’il n’avait été annoncé au lendemain de celui de Sylvain Fort, le « Monsieur com’ » et plume du chef de l’État français. Et le même jour que celui de Barbara Frugier, la conseillère communication internationale – prévu toutefois depuis plusieurs mois.


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Ahlem Gharbi rejoint dès cette semaine l’Agence française de développement (AFD), où elle a été nommée directrice des partenariats. La Franco-Tunisienne y retrouve notamment Thomas Melonio, l’ex-conseiller Afrique de François Hollande, directeur de l’Innovation, de la recherche et des savoirs après avoir dirigé les partenariats à l’AFD.

« Sens de l’écoute et de la concertation »

À l’AFD, Ahlem Gharbi apportera son expérience acquise depuis ses débuts professionnelles en 2004. Au ministère des Affaires étrangères d’abord, ensuite à l’ambassade de France en Égypte, à la représentation française de l’ONU, puis chez Total. Directrice déléguée du groupe pétrolier pour les affaires internationales, chargée de l’Afrique et du Moyen-Orient entre décembre 2015 et mai 2017, on l’apercevait alors aux côtés de chercheurs dans des réunions de réflexion sur la politique arabe de la France.

Elle s’est particulièrement impliquée sur le dossier libyen lors des négociations entre Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar

« Elle est appréciée pour sa discrétion et ses compétences », note l’ex-sénatrice Bariza Khiari (La République en marche, LREM). « Elle a un sens de l’écoute et de la concertation. Les mots qui reviennent à son sujet sont professionnalisme et rigueur », renchérit le journaliste de Télésud et Beur FM Adile Farquane.

À l’Elysée, Ahlem Gharbi participait notamment à des briefings « off » de journalistes. Elle s’est particulièrement impliquée sur le dossier libyen, depuis la France, lors des négociations de 2017 entre Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar.

« Un départ volontaire négocié » ?

La quadragénaire, qui entretenait très peu de contacts avec les parlementaires, a aussi accompagné Emmanuel Macron à l’étranger. C’était le cas au Qatar, en Arabie Saoudite, aux Émirats arabes
unis, en Algérie, en Tunisie et au Maroc, en juin 2017 et le 15 novembre dernier, lors de l’inauguration de la Ligne à grande vitesse (LGV) reliant Tanger à Rabat. « Je l’ai vue à cette occasion, elle n’avait pas du tout l’air sur le départ », raconte le député des Français de l’étranger M’jid El Guerrab.


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« J’ai été très étonné d’apprendre son départ. Je ne m’y attendais pas du tout. Elle était vraiment contente et fière de son poste à l’Élysée », témoigne un spécialiste du monde arabe, en contact régulier avec elle. Et de s’interroger si Ahlem Gharbi n’a pas été tout simplement priée de partir. Faux, rétorque l’Elysée : « C’est un turn-over assez naturel dans les cabinets ».

Chez LREM, on répète à l’envi l’idée d’un cycle naturel de renouvellement des cabinets. « Il est tout à fait normal qu’au bout d’un an et demi, des conseillers veulent partir ailleurs. Les gens ne peuvent pas tenir. Ils sacrifient leur vie de famille quand ils en ont une, et puis ils peuvent avoir des opportunités professionnelles », estime Bariza Khiari. « Son arrivée dans une institution comme l’AFD est plutôt le signe d’un départ volontaire négocié que celui d’un départ forcé », décrypte un député de la majorité.

Du côté de l’AFD, on évoque une opportunité professionnelle. Rémy Rioux, le directeur général de l’Agence, était en effet à la recherche d’un profil politique connaissant bien le fonctionnement des institutions.

Une diplomate de carrière pour la remplacer

Marie Philippe, 35 ans, succède à Ahlem Gharbi. Elle occupera le même poste à l’Elysée. Diplomate de carrière, disposant de notions en arabe, elle vient de quitter la représentation permanente française auprès de l’ONU, à New York. Elle y travaillait sur les dossiers syrien, irakien et du Sahara occidental, après s’être occupé auparavant de la Libye et du Yémen.

Au MAE, Marie Philippe s’est chargée des sujets liés à l’aide au développement, avant de se spécialiser sur le Maghreb et le Moyen-Orient

À son arrivée au ministère des Affaires étrangères, Marie Philippe s’est chargée des sujets liés à l’aide au développement, avant de se spécialiser sur le Maghreb et le Moyen-Orient, notamment sur le processus de paix israélo-palestinien.

Vers un remaniement plus large ?

Le départ d’Ahlem Gharbi annonce-t-il un plus vaste remaniement de la cellule diplomatique ? En effet, il intervient quelques jours après les révélations sur le voyage d’Alexandre Benalla au Tchad, et sur l’utilisation de ses passeports diplomatiques lors de ses récents déplacements, notamment en Afrique.

L’Élysée dément tout lien entre les deux événements, ou une quelconque corrélation entre ces départs et les difficultés rencontrées par l’exécutif depuis l’été. Mais les ondes de choc provoquées par l’affaire Benalla ne sont sans doute pas terminées.

Dans une interview à Jeune Afrique, l’homme d’affaires franco-israélien Philippe Hababou Solomon, devenu le mentor de l’ancien chargé de mission à l’Élysée, s’en est pris au conseiller Afrique d’Emmanuel Macron Franck Paris. Selon lui, les personnalités africaines « ont le sentiment qu’il ne les aime pas, et qu’il n’aime pas le continent en général. (…) Franck Paris a déclenché les hostilités et il est le premier responsable de cette nouvelle affaire Benalla. » L’intéressé restera à son poste, assure l’Elysée. En voilà au moins un…

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