Politique

Plaidoyer pour un État fort

Par - Pascal Airault
Mis à jour le 26 mai 2008 à 17:03

« Les investissements privés sont trop faibles pour assurer une croissance durable dans les pays en développement. L’État doit taxer les industries extractives et les exportations afin d’investir dans les infrastructures », explique l’économiste américain Michael Spence. En tournée mondiale depuis le 20 mai pour présenter le rapport de la commission « croissance et développement » de la Banque mondiale, le Prix Nobel 2001, aux antipodes du credo ultralibéral, plaide pour un retour de l’État dans les économies nationales.
Nullement tiers-mondiste, Spence est tout à fait favorable à l’économie de marché, mais se veut avant tout pragmatique. Ses conclusions sont le fruit d’un travail collectif de deux ans, qui a rassemblé d’éminents spécialistes comme son compatriote Robert Solow, autre Prix Nobel, d’anciens chefs de l’État ou de gouvernement, d’anciens ou actuels ministres de l’Économie et des Finances (le Turc Kemal Dervis, le Sud-Africain Trevor Manuel, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, aujourd’hui directrice générale de la Banque mondiale), des gouverneurs de banques centrales et des grands patrons.
Après avoir passé au crible l’économie mondiale depuis les années 1950, ces experts relèvent que treize pays (Botswana, Brésil, Chine, Hong-Kong, Indonésie, Japon, Corée du Sud, Malaisie, Malte, Oman, Singapour, Taiwan et Thaïlande) ont connu un taux de croissance de 7 % pendant au moins vingt-cinq ans d’affilée, signe incontestable de développement. Ces success stories ont beau être très différentes (taille de l’État, régime politique, stratégie économique), elles n’en sont pas moins, selon eux, transposables ailleurs. À condition d’appliquer les bonnes recettes.
Parallèlement à des recommandations traditionnelles en matière de bonne gouvernance, Spence et ses collègues recommandent la mise en place de stratégies de croissance planifiées à long terme, la formation et le recrutement de fonctionnaires compétents, motivés et bien rémunérés, et la réalisation d’investissements massifs dans les infrastructures et l’éducation afin de favoriser le développement du secteur privé.
Spence ne croit pas aux systèmes de subvention en matière alimentaire et énergétique. Sauf temporairement, pour atténuer les chocs. En revanche, il milite pour l’accès sans restriction des pays africains au marché international, ces derniers devant bénéficier « de protections pour ouvrir progressivement leurs économies au reste du monde ».
Enfin, l’économiste s’inquiète de l’arrivée incontrôlée dans les pays du Sud de mastodontes de la distribution susceptibles de détruire des milliers d’emplois. Et il ne voit pas de raisons sérieuses de démanteler les caisses de stabilisation des prix des matières premières, comme le Cocoa Board au Ghana, dès lors que celles-ci sont efficaces. Reste aux experts du FMI et de la Banque mondiale à convaincre les politiques africains de la sagesse des recommandations du Dr Spence !