Politique

Tunisie : au mariage de sa fille, l’ancien président Ben Ali réapparaît considérablement vieilli

L'ancien président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali avec sa femme Leila, le 25 octobre 2009. © Alfred de Montesquiou/AP/SIPA

Depuis sa fuite en Arabie saoudite, l'ex-président Zine el-Abidine Ben Ali n'apparaît qu'à de rares occasions. Lundi 7 janvier, il a fait son retour sur les réseaux sociaux, dans un cliché pris à l'occasion du mariage de sa fille avec le rappeur k2rhym.

Après être apparu en août 2013 en pyjama rayé, en compagnie de son fils, sur un compte Instagram, puis en octobre 2017, dans une photo du clan réuni pour les fiançailles de l’une de ses filles, c’est cette fois-ci sur le compte Instagram du rappeur tunisien installé aux États-Unis k2rhym que le président déchu a resurgi. Il y pose tout sourire aux côtés de sa femme Leila Ben Ali, ainsi que de sa fille Nesrine et de l’artiste – Karim El Gharbi à l’état-civil – à l’occasion de leur mariage.

La publication est accompagnée du message « La famille… là où la vie commence, et où l’amour ne s’épuise jamais. »

Sur une deuxième photo publiée cette fois-ci sur le compte Instagram de Nesrine Ben Ali, l’ancien chef de l’État apparaît serrant la main du rappeur. Un cliché qui balaie les doutes quant au lieu des festivités, puisque la jeune femme indique qu’il a été pris à Jeddah, villégiature forcée des Ben Ali.

Depuis le 14 janvier 2011, l’ex-couple présidentiel vit en exil en Arabie Saoudite. Sur le cliché, le physique de Ben Ali, à l’allure autrefois vigoureuse, ne semble plus tout à fait fidèle à celui des innombrables affiches qu’arboraient les commerces, rues et écoles tunisiennes avant la révolution. Devant une telle image, la fameuse citation de Talleyrand, « le pouvoir ne fatigue que ceux qui ne l’ont pas », prend tout son sens. L’homme, aujourd’hui âgé de 82 ans, apparaît vieilli et quelque peu enrobé.

Un mariage très attendu

L’union du rappeur k2rhym avec Nesrine Ben Ali avait été annoncée en décembre 2018, lors du passage du rappeur dans l’émission « Dima Labess », de Naoufel Ouertani, sur la chaîne Attessia. Le journaliste l’avait alors interrogé sur les répercussions d’un tel engagement sur la fidélité de ses fans, en soulignant qu’elle reste la fille d’un couple particulièrement haï par les Tunisiens. « Je défie le monde entier, et non pas uniquement le peuple tunisien », avait alors répondu l’artiste.

Sur Instagram, Nesrine Ben Ali est présente à ses côtés sur de nombreux clichés. Le 19 décembre, le rappeur, connu pour ses innombrables tatouages, a même publié une photo de deux mains enlacées : l’une qui semble être la sienne, marquée du prénom « Nesrine », accompagnée d’un poignet féminin, orné de fleurs et du pseudonyme « K2 », semblant appartenir à la fille de l’ex-président.

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Je t'ai dans la peau…

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Procès en cours et demande d’extradition

Dans des procès menés immédiatement après la révolution par des tribunaux militaires tunisiens, Zine el-Abidine Ben Ali avait été condamné à la prison à perpétuité. Une demande d’extradition a été adressée en février 2011 aux autorités saoudiennes, mais elle est demeurée jusqu’à présent lettre morte. Un sujet qui malgré sa lourde importance, n’a pas été évoqué durant la visite du prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman en Tunisie, le 27 novembre dernier.

Ces décisions de justice militaire ont toutefois été considérées comme précipitées et expéditives par certains. Par exemple, dans un procès tenu en une seule journée, le 20 juin 2011, le président déchu est son épouse ont été condamnés tous deux à 35 ans de prison pour « détournements de fonds publics ».

Fin janvier, le Conseil de l’Union européenne devrait aussi se prononcer sur la poursuite ou non du gel des avoirs du clan Ben Ali-Trabelsi

La justice tunisienne n’a pas fini d’en découdre avec l’ex-chef de l’État, également concerné par une série de procès diligentés par l’Instance vérité et dignité – dont le premier volet, qui concerne l’ex-militant islamiste disparu Kamel Matmati, s’est ouvert le 29 mai dernier.

Fin janvier, le Conseil de l’Union européenne (UE) devrait aussi se prononcer sur la poursuite ou non du gel des avoirs du clan Ben Ali-Trabelsi, qui dure depuis janvier 2011. Huit ans après la chute du régime benaliste, la Tunisie attend toujours de recouvrir ces sommes accumulées à l’étranger − principalement en Europe. Le Conseil de l’UE devra également réexaminer d’autres cas, dont celui très controversé de Marwan Mabrouk, homme d’affaires et ex-gendre du président.

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