Diplomatie

Maroc-Brésil : Saadeddine El Othmani s’explique sur sa présence à l’investiture de Jair Bolsonaro

Saadeddine El Othmani, le chef du gouvernement marocain.

Saadeddine El Othmani, le chef du gouvernement marocain. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Le chef du gouvernement marocain a assisté mardi 1er janvier à l’investiture du controversé président brésilien d’extrême droite, Jair Bolsonaro. Une présence qui traduit l’importance des relations entre Rabat et Brasilia, aussi bien sur le plan diplomatique que commercial.

« Ma présence à la cérémonie s’inscrit dans une sorte de ‘tradition’, explique à Jeune Afrique Saadeddine El Othmani, par l’intermédiaire de son cabinet. Depuis une quinzaine d’années, c’est le chef du gouvernement – ou à l’époque le Premier ministre – qui assiste aux investitures des présidents brésiliens. C’est en continuité de ce haut niveau de représentativité que j’ai été chargé de représenter Sa Majesté le roi. »

Peu de chefs d’État étaient pourtant au rendez-vous : Bolsonaro, président d’extrême droite, est une figure contestée. Sur un plan diplomatique, il a avant tout adressé des gestes de sympathie à l’égard de dirigeants ultraconservateurs, comme le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le Premier ministre hongrois Viktor Orban.


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« Je tiens à souligner que le royaume du Maroc et la République fédérative du Brésil entretiennent des relations séculaires », rappelle le chef du gouvernement. Avant de développer sa position : « Cette décision [de transférer l’ambassade du Brésil de Tel-Aviv à Jérusalem] est regrettable. Tout le monde connaît la position constante du Maroc sur la défense de la cause palestinienne, consacrée par la présidence effective du Comité Al Qods par Sa majesté le roi. (…) Le Brésil est un acteur important sur la scène internationale. Échanger avec lui, aussi bien sur ce dossier que sur les autres causes nationales et internationales, est très important pour faire entendre nos messages et faire valoir nos positions. Et ce n’est certainement pas en pratiquant la politique de la chaise vide que nous pourrons y parvenir. »

https://twitter.com/ChefGov_ma

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Phosphates vs sucre, huiles et carburants

Il y a peu, un ministre islamiste nous glissait, à propos de la situation économique du royaume : « Les besoins en phosphate de l’Amérique latine et d’autres pays du Sud sont une promesse importante, et une sécurité en cas de difficultés. »

En 2017, les exportations du royaume vers le Brésil ont représenté environ 7,3 milliards de dirhams

En effet, la MAP, l’agence de presse officielle, a récemment relevé que, selon le ministère brésilien du Développement, de l’industrie et du commerce (MDIC), les exportations marocaines vers le géant d’Amérique latine avaient connu une importante hausse en 2017. D’après l’Office des changes marocain, les exportations du royaume vers le Brésil ont représenté environ 7,3 milliards de dirhams (672 millions d’euros) cette année-là – contre à peine 6 milliards dans le sens Brésil-Maroc.

Les exportations sont massivement dominées par les produits industriels, chimiques et dérivés. En clair : les phosphates, dont le Maroc est un des premiers extracteurs mondiaux. Et dont le Brésil, important producteur agricole, est friand. Dans l’autre sens, le Maroc importe notamment du sucre, des carburants, des huiles et des pièces de rechange pour véhicules.

Enjeu diplomatique

En 2017, selon un rapport d’activité de l’OCP, l’Amérique latine représentait 17 % du chiffre d’affaires de l’exploitant des phosphates marocains. Le Brésil est, toujours selon le même rapport, le premier client du Maroc sur le sous-continent. Brasilia, intéressée par les phosphates marocains, ne reconnaît pas la République arabe sahraouie démocratique (RASD), en conflit avec Rabat à propos de la souveraineté du Sahara occidental, région d’extraction minière.

« Nos relations avec le Brésil ne se limitent pas à une relation strictement commerciale, quand bien même celle-ci pouvait être importante », résume Saadeddine El Othamni.

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En 2017, Tawfik Mouline, directeur général de l’Institut royal des études stratégiques (IRES), relevait : « Un des exemples de partenariat réussi est celui de la joint-venture entre le groupe OCP et Bunge [société américaine bien implantée au Brésil, dont l’OCP a racheté 50 % en 2013], à travers la création (…) de la société Bunge Maroc Phosphore. De plus, l’OCP a créé une filiale au Brésil pour mieux explorer le potentiel de croissance dans les marchés sud-américains. »

Par ailleurs, la filiale internationale du groupe OCP a aussi acquis en 2014 10 % du capital de Fertilizantes Heringer S.A., un des plus gros distributeurs d’engrais au Brésil. Des annonces satisfaisantes pour Rabat, soumis à la concurrence du marché tunisien, sur lequel le Brésil s’approvisionne aussi dans une moindre mesure. Si elles n’ont pas encore abouti, des discussions ont déjà eu lieu, respectivement en 2004 et 2017, pour conclure des accords de libre-échange entre Rabat et le Mercosur, puis directement entre Rabat et Brasilia.

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