Sécurité

Crise anglophone au Cameroun : un général ambazonien échappe à une attaque de l’armée

Des membres de la coalition régionale contre Boko Haram près de la ville de Fotokol, dans l'extrême nord du Cameroun, le 19 février 2015 (photo d'illustration).

Des membres de la coalition régionale contre Boko Haram près de la ville de Fotokol, dans l'extrême nord du Cameroun, le 19 février 2015 (photo d'illustration). © Edwin Kindzeka Moki/AP/SIPA

Field Marshall, l’un des chefs de guerre de l’Ambazonie, a survécu à une opération militaire menée par les forces camerounaises dans la localité de Menji, région du Sud-Ouest. Il se serait enfuit vers le Nigeria.

Selon des sources concordantes, Field Marshall, leader des « Red dragons », serait bel et bien en vie, contrairement à l’annonce de sa mort qui circule depuis le 31 décembre dernier. Ce chef de milice aurait été touché par balle au cours de combats avec l’armée camerounaise, mais aurait réussi à s’échapper vers le Nigeria.

La nouvelle a été confirmée par le porte-parole de l’armée, qui a recommandé de la prudence face aux informations en circulation. « Nous savons qu’il a été blessé. Mais c’est un grand acteur et manipulateur. Il se fait passer pour mort pour réapparaître afin de cultiver le mythe sur sa personne », a affirmé le 2 janvier le colonel Didier Badjeck, interrogé par Jeune Afrique.

Combats à Menji

Quelques jours avant la rumeur de la mort de Field Marshall, l’armée camerounaise avait engagé une opération militaire d’envergure à Menji, dans le département du Lebialem (région du Sud-Ouest). Située à environ 40 km de la ville de Dschang, cette localité est le bastion des « Red dragons », la milice armée à la tête de laquelle trône Field Marshall. Les combats, qui avaient commencé peu après la fête de Noël, se sont poursuivis jusqu’au Nouvel An.

Plusieurs morts seraient à dénombrer chez les sécessionnistes, selon le porte-parole de l’armée, mais Field Marshall et ses hommes ont néanmoins réussi à faire face aux soldats camerounais. Cet ancien chef de la sécurité du royaume de Fontem, à qui l’on prête des pouvoirs mystiques, continue de s’imposer comme l’un des chefs de guerre les plus résistants de l’Ambazonie. « Il est très puissant. Du temps où il travaillait pour le roi d’Azi [village du Lebialem, ndlr], il avait accès à tous les secrets. À sa mort, il a presque assuré l’intérim car le successeur du roi était au Canada », explique un déplacé de Menji, sous couvert d’anonymat.


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Lutte intensifiée contre les sécessionnistes

Sur les réseaux sociaux, Leke Oliver – alias Field Marshall – travaille son image. Peu de temps après l’annonce de sa mort, de vielles photos du milicien distribuant de la nourriture aux populations pour les fêtes de fin d’année avaient rapidement été diffusées par ses partisans, pour rassurer les supporteurs de la cause ambazonienne et certifier qu’il est encore en vie. « Personne n’a neutralisé Field Marshall. Il continue le combat, il est avec nous », a martelé Chris Anu, le porte-parole du gouvernement ambazonien, dans une publication sur sa page Facebook.

Se présentant comme le véritable défenseur de la cause ambazonienne, Field Marshall n’hésite pas à menacer de s’en prendre aux autres activistes anglophones. Pour l’armée, il ne s’agit néanmoins que d’un « vulgaire criminel » qui doit être stoppé au plus vite. « Il a raté le recrutement militaire sur deux sessions, confie un cadre de l’armée. Cela justifie peut-être en partie ses actions », explique-t-il.


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Après la mort du général Amigo et du général Ivo, commandant des Forces de défense de l’Ambazonie (ADF), la disparition de Field Marshall pourrait porter un sérieux coup à la lutte armée menée par les sécessionnistes en zone anglophone. L’armée, qui en a conscience, assure qu’elle déploiera des efforts supplémentaires pour le neutraliser. Les forces camerounaises se disent portées par le message du président Paul Biya. « Si l’appel à déposer les armes que j’ai lancé aux entrepreneurs de guerre reste sans réponse, les forces de défense et de sécurité recevront instruction de les neutraliser », a-t-il affirmé dans son discours de fin d’année.

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