Sécurité

Rwanda : l’ONU documente les liens entre le groupe armé « P5 » en RDC et Kayumba Nyamwasa

Faustin Kayumba Nyamwa, à Johannesburg en juillet 2012. © Denis Farrell/AP/SIPA

Le dernier rapport du groupe d'expert de l'ONU sur le Congo, communiqué le 31 décembre 2018, consacre plusieurs pages au « P5 », décrit comme un groupe armé lié au leader du Rwanda National Congress (RNC), l'ex-général rwandais en exil en Afrique du Sud, Kayumba Nyamwasa, dont le rôle au sein du mouvement reste flou.

Enquêtant sur les activités des groupes armés dans le Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, le groupe d’expert de l’ONU pour le Congo, dont le dernier rapport a été rendu public le 31 décembre 2018, met en évidence « un vaste réseau de recrutement » mis en place pour alimenter un groupe armé appelé « P5 », présenté par plusieurs anciens combattants comme le « groupe de Kayumba Nyamwasa ».

Le P5 est, à l’origine, une plateforme réunissant cinq formations d’opposition : le Rwanda National Congress (RNC), un mouvement en exil partisan d’un renversement du pouvoir rwandais par la force, les Forces Démocratiques Unifiées (FDU), le PS-Imberakuri, PDP-Imanzi et Amahoro People Congress.

Rapprochement Kigali-Pretoria

Selon les témoignages de ces ex-soldats du P5, Nyamwasa voyagerait fréquemment dans la région. Une information qui n’a pu être confirmé pour l’instant auprès des autorités sud-africaines, sollicitées par les experts onusiens sur le Congo puis par Jeune Afrique.

La normalisation diplomatique entre les deux pays reste perturbée par le cas de l’ancien général rwandais en exil en Afrique du Sud

Pretoria et Kigali ont entamé un processus de rapprochement en mars 2018, après l’élection de Cyril Ramaphosa, mais la normalisation diplomatique entre les deux pays reste perturbée par le cas de l’ancien général rwandais en exil en Afrique du Sud.

Début novembre, la ministre des Affaires étrangères Lindiwe Sisulu avait révélé avoir rencontré l’opposant rwandais. Elle s’était alors dite « agréablement surprise » de voir que lui-même était prêt à négocier avec le gouvernement rwandais. Une déclaration qui avait refroidi le processus de rapprochement, Kigali estimant que le cas Nyamwasa ne fera jamais partie des négociations de normalisation.

Réseau de recrutement

Composé majoritairement de soldats étrangers, la plupart d’origine rwandaise, et de certains Congolais, le groupe agirait sous le commandement d’un certain Shaka Nyamusaraba. « Nyamusaraba a dit aux nouvelles recrues que le but du P5 était de libérer le Rwanda », explique le rapport onusien qui précise que, selon les anciens combattants interviewés, aucune attaque n’y a pour l’instant été menée. Le rapport affirme, à l’issue de ces entretiens, que le groupe armé a « bénéficié d’un soutien local et externe ».

Ce rapport ne nous a pas surpris. Cela confirme les informations que nous avions déjà

« Plusieurs ex-combattants ont fourni des témoignages cohérents concernant un réseau de recrutement, dirigé depuis Bujumbura, qui a permis de recruter dans plusieurs pays africains, souvent par l’intermédiaire de facilitateurs basés en Afrique orientale, centrale et australe ainsi qu’en Europe occidentale, à Bijabo sur le territoire de Fizi », explique le rapport qui précise que beaucoup de ces combattants étaient arrivés au Burundi pensant trouver un travail avant d’être acheminé depuis Bujumbura vers la RDC par différentes routes.

Tension entre Kigali et Bujumbura

Le gouvernement burundais n’a pas précisé au groupe d’experts si il avait connaissance d’un tel réseau. « Ce rapport ne nous a pas surpris. Cela confirme les informations que nous avions déjà. Nous allons continuer à engager les discussions avec les pays qui abritent ces groupes pour qu’ils nous aident à mettre fin à ces activités », explique une source officielle rwandaise.

Les relations entre Kigali et Bujumbura se sont beaucoup tendues ces dernières semaines avec le double report du sommet de l’EAC et la demande par Pierre Nkurunziza d’un sommet extraordinaire pour régler le différend avec son « ennemi » rwandais.

Dans son discours de fin d’année, Paul Kagame avait quant à lui abordé la question sans nommer directement son voisin burundais. « Certains voisins ont tenté de raviver le danger que représentent les FDLR, le RNC et d’autres forces négatives pour notre pays. Cela compromet les progrès satisfaisants faits par l’EAC en matière d’intégration est-africaine et de sécurité régionale », avait-il déclaré.

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