Diplomatie

L’Arabie saoudite remanie son gouvernement et nomme un nouveau chef de la diplomatie

Le roi Salman d'Arabie saoudite (2e d.), tenant la main de l'émir du Koweït, en marge du sommet du Conseil de coopération du Golfe, dimanche 9 décembre 2018 à Riyad. © AP/SIPA

Le roi Salmane d'Arabie saoudite a remanié son gouvernement, choisissant notamment un nouveau chef de la diplomatie, quelques mois après l'affaire Khashoggi dont le royaume continue de subir les retombées.

Ancien ministre des Finances, Ibrahim al-Assaf a été nommé chef de la diplomatie. Il remplace Adel al-Joubeir, qui avait été nommé à ce poste en avril 2015 par le défunt roi Abdallah, disparu il y a quatre ans.

Ancien diplomate aux États-Unis et parfaitement anglophone, M. Joubeir est descendu d’un échelon, devenant ministre d’État aux Affaires étrangères. Au cours des derniers mois, M. Joubeir avait vigoureusement défendu le prince héritier Mohammed ben Salmane dans l’affaire Khashoggi, du nom du journaliste saoudien assassiné le 2 octobre à l’intérieur du consulat du royaume à Istanbul.

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L’Arabie saoudite soutient que le journaliste a été tué lors d’une « opération hors de contrôle » de l’État saoudien, menée par le chef adjoint de l’agence saoudienne de renseignement, Ahmad al-Assiri, et par le conseiller à la cour royale, Saoud al-Qahtani, qui ont tous deux été destitués.

Ryad nie toute implication du prince héritier dans ce meurtre, tandis que les médias turcs et américains, ainsi que la CIA, le soupçonnent de l’avoir commandité. « Il est impossible de ne pas lier (le remaniement) à Khashoggi », a estimé Mohammed Alyahya, un expert pour le Gulf Research Centre, rappelant que les remaniements ont habituellement lieu tous les quatre ans.

Maintien du prince héritier

La nomination d’un nouveau chef de la diplomatie fait partie d’une série de décrets royaux annonçant un remaniement ministériel surprise qui laisse inchangés les plus importants portefeuilles, hormis celui des Affaires étrangères.

Ainsi, le prince héritier et ministre de la Défense, Mohammed ben Salmane, demeure en place. Le ministre de l’Intérieur, Abdel Aziz ben Nayef ben Abdel Aziz, celui de l’Energie, Khaled al-Faleh, et celui des Finances, Mohammed al-Jadaan, gardent aussi leurs postes.

Le ministre de l’Éducation Ahmed al-Issa a été remplacé par Hamad al-Cheikh. Celui de l’Information Awwad al-Awwad a été remplacé par Turki al-Chabana et devient conseiller royal. L’ambassadeur saoudien à Londres, le prince Mohammed ben Nayef, devient également conseiller royal.

Le ministre de la Garde nationale, Khaled ben Abdel Aziz Al-Mogren, a lui été remplacé par le prince Abdallah ben Bandar. Le prince Sultan ben Salmane, ancien astronaute qui était en charge du tourisme, a été nommé à la tête d’une agence saoudienne de l’espace nouvellement créée, un poste au rang de ministre.

Turki al-Cheikh, un proche du prince héritier, a été muté de la direction de l’agence chargée des sports à celle des loisirs. Le directeur de la Sûreté nationale, Saoud ben Abdel Aziz Helal, a été remplacé par le général Khaled al-Harbi. Une femme, Imane al-Matiri, a été nommée assistante du ministre du Commerce.

Le roi Salmane a également procédé à de nombreux changements de gouverneurs de provinces, de hauts fonctionnaires et remplacé un certain nombre de membres du Majlis al-Choura, une assemblée consultative.

Le remaniement permet au prince héritier Mohammed ben Salmane, qui tient de facto les rênes du pays, à « consolider son pouvoir », une bonne partie des nouveaux arrivants figurant parmi ses « alliés clés », a noté sur Twitter Ali Shihabi, à la tête de la Fondation Arabia, souvent présentée comme proche du pouvoir saoudien.

« Ce remaniement a mené à la nomination de quelques jeunes princes mais aussi des vétérans de la politique, à des positions de pouvoir », remarque M. Alyahya.

Aucun remaniement lié à l’économie

Le remaniement n’a pas touché les postes liés à l’économie. Il intervient après l’annonce le 18 décembre d’un budget 2019 tablant sur un déficit à hauteur de 35 milliards de dollars, dans le rouge pour la sixième année consécutive en raison des prix bas du pétrole.

Ryad, dont l’économie reste extrêmement dépendante des exportations d’or noir, prévoit des recettes globales de 260 milliards de dollars, principalement tirées des revenus pétroliers. Les autorités saoudiennes ont indiqué à l’occasion de l’annonce de ce budget que la croissance avait atteint 2,3 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2018, un net rebond après une contraction de 0,9 % en 2017.

Les autorités tablent sur une croissance de 2,6 % en 2019. Mais un rapport du cabinet d’experts Capital Economics publié le 20 décembre a jeté le doute sur la capacité du royaume à atteindre ces objectifs. L’Arabie saoudite devrait enregistrer une hausse de son déficit et une croissance plus faible en 2019, selon ce rapport.

Pour que le royaume atteigne les objectifs fixés dans son budget 2019, il faudrait que les cours du pétrole atteignent au moins 80 dollars le baril, selon ce rapport. Or les prix du brut n’ont cessé de reculer et oscillent actuellement entre 50 et 60 dollars le baril.

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