Elections

Élections en RDC : une journée de vote historique marquée par des couacs et la détermination des Congolais

Les fonctionnaires électoraux enregistrent la liste des inscriptions des électeurs sur le mur de l'école primaire Les Anges à Kinshasa, au Congo, alors que les électeurs commencent à vérifier leur nom, le dimanche 30 décembre 2018. © Jerome Delay/AP/SIPA

Le scrutin du 30 décembre, qui devrait marquer le premier transfert légal du pouvoir de l’histoire de la RDC, a pu se tenir dans la grande majorité du pays, malgré de nombreux dysfonctionnements et retards.

La journée du 30 décembre a d’ores et déjà démontré une chose : la soif de démocratie du peuple congolais. Après trois reports et deux ans de retard, ils étaient appelés aux urnes pour trancher entre le candidat du pouvoir Emmanuel Ramazani Shadary, et les opposants Martin Fayulu et Félix Tshisekedi.

Dans la capitale Kinshasa, des quartiers huppés de la Gombe à la commune de Ndjili, d’impressionnantes files d’électeurs se sont formées devant les bureaux de vote dès le milieu de la matinée. Ni l’orage qui a balayé la ville aux aurores, ni le lourd soleil qui a pris sa place, ni même les craintes de violences et les doutes sur la transparence du scrutin, n’ont dissuadé les Kinois de se rendre aux urnes, avec ferveur. On a souvent attendu des heures, dans la boue et la chaleur, traversé des rues devenues rivières, pour avoir la satisfaction de déposer un bulletin dans l’urne.

Jerome Delay/AP/SIPA

Même devant les bureaux de vote restés fermés, des foules d’électeurs ont dépassé leur énervement, accroché aux promesses des agents de la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Débordés par le désordre, ceux-ci promettaient d’acheminer le matériel, et il y avait encore foule à certains centres de vote après 17h, heure théorique de leur clôture.

À Béni, ville exclue de la présidentielle quatre jours avant le scrutin, les habitants se sont organisés pour mettre en place un semblant de vote, et glisser un bulletin de fortune.

À Kinshasa, un vote dans le calme

La plus grande crainte, celle que d’importantes violences accompagnent le vote, ne s’est pas matérialisée dans la capitale. Les forces de l’ordre étaient certes présentes, notamment à proximité des attroupements de mécontents mais, dans la grande majorité des cas, elles se sont abstenues de les disperser violemment.

Dans le reste du pays, la situation était moins claire. Deux morts par balle ont été signalés à Lurhala, au Sud-Kivu, et une grenade a explosé près d’un centre de vote de Lubero. Deux incidents attribués à des policiers.

Le deuxième enjeu, celui de la logistique du scrutin, dont découlera en grande partie la transparence, le tableau est plus difficile à dresser.

À Kinshasa, force est de constater que le cataclysme tant redouté n’a pas eu lieu. Dans nombre de centres de vote, on a voté en bon ordre, malgré les retards. De nombreux électeurs ont certes eu des difficultés à trouver leur nom sur les listes électorales. Certains n’ont pas réussi. Mais ces cas restaient très minoritaires. Les chefs de centre de vote se sont révélés compréhensifs et ont permis que les opérations se poursuivent, bien au-delà de la limite de 17h initialement prévue.

Couac dans le fief de la famille Tshisekedi

Il y a néanmoins eu un couac majeur dans la commune de Limete, fief historique de la famille Tshisekedi. À l’heure de l’ouverture, aucun des 49 centres de vote n’avait reçu la liste des électeurs, pourtant obligatoire pour le vote. L’échec était si patent dans cette localité que le président de la Céni, Corneille Nangaa n’a eu d’autre choix que de le reconnaître et de venir personnellement – sous les huées – apporter certaines de ses listes au collège Saint Raphaël. Lors d’un entretien téléphonique avec Jeune Afrique, il a par ailleurs reconnu des « incidents prévisibles », mais assuré que des solutions seraient apportées au fil de la journée.

Ces promesses n’ont pas empêché certains centres de vote de sombrer dans le chaos. Le cas de celui des « anges », dans le quartier de Kingabwa, est sans doute le plus emblématique. À la mi-journée, les habitants, qui n’avaient toujours pas pu commencer à voter, ont fini par entrer de force dans les bureaux, brûlant 6 des 12 machines à voter disponibles. De l’aveu même du chef du centre de vote, Sylvain Manya, les agents de la Céni ont dû fuir et appeler la police pour rétablir l’ordre. Une fois ceci fait, ils ont attendu de longues heures de nouvelles machines, puis leur configuration. Les listes n’ont finalement été affichées que vers 17h30. Et à 18h, alors que de nombreux habitants se bousculaient encore dans l’espoir de pouvoir voter, les bureaux n’avaient toujours pas ouvert. Avec son groupe électrogène, Sylvain Manya promettait, toutefois, que son centre resterait ouvert aussi longtemps que nécessaire.

Ces difficultés expliquent que la participation ne semble pas à la hauteur de la longueur des files d’attentes : dans plusieurs bureaux de vote de la capitale, elle peinait à dépasser le tiers des inscrits.

Après avoir voté à Ndjili, vers 15 heures, l’opposant Félix Tshisekedi s’est publiquement demandé si « ce désordre » n’était pas voulu, afin que « la Cour constitutionnelle soit saisie et qu’elle annule tout ». Même interrogation du côté de Lamuka, la coalition de Martin Fayulu, qui a dénoncé « de nombreuses et graves irrégularités ». Le camp présidentiel, qui présentait son centre de compilation à la presse, en fin de soirée, ne s’en inquiétait pas outre mesure.

Dysfonctionnement des machines à voter 

Le choix des machines à voter, n’a, à l’évidence, pas aidé l’organisation du scrutin. Problème de configuration, bourrages papier, temps nécessaire à leur utilisation (souvent entre deux et 4 minutes à Kinshasa)…  Leur fragile mécanique a souvent ralenti les opérations. À la mi-journée, la Commission épiscopale nationale pour le Congo (Cenco), principale force d’observation déployée sur le terrain avec 40 000 observateurs, avaient déjà dénombré 544 cas de dysfonctionnement de ces machines, sur un total de 12 300 rapports, représentant environ la moitié des centres de vote.

Autres chiffres inquiétants : 211 cas d’expulsion d’observateurs ou de témoins ont été recensés et 44 cas d’achats de vote.

Ces rapports étaient toutefois très partiels, portant sur environ la moitié des bureaux. Et il demeurait très difficile, dimanche soir, d’avoir une vue d’ensemble sur ce pays grand comme l’Europe occidentale. Le secrétaire général de la Cenco, l’Abbé Donatien Nshole, a d’ailleurs refusé d’attribuer un qualificatif à ce scrutin. À ce stade, on pourrait seulement lui proposer celui-ci : historique.

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