Politique

Hajo Andrianainarivelo : « La justice a été rendue par le vote des Malgaches »

Hajo Andrianainarivelo. © Vincent Fournier pour J.A.

Hajo Andrianainarivelo, le leader du parti MMM et ancien vice-Premier ministre d’Andry Rajoelina, a contribué au succès de ce dernier à la présidentielle de Madagascar. Il revient pour Jeune Afrique sur son engagement auprès du candidat.

Voici plus de dix ans que Hajo Andrianainarivelo chemine, de manière plus ou moins proche, aux côtés d’Andry Rajoelina, donné vainqueur de la présidentielle le 27 décembre dernier par les résultats provisoires de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Fidèle lieutenant pendant la crise de 2009, puis ministre et vice-Premier ministre sous la transition (2009-2013), le président du parti Malagasy Miara-miainga (MMM) a été, en 2018, l’un des artisans majeurs du succès présidentiel d’Andry Rajoelina.

Sa victoire – estimée à 55,66% des suffrages exprimés, contre 44,34% pour Marc Ravalomanana -, devra être confirmée par les résultats définitifs, qui devraient être annoncés aux alentours du 5 janvier, après le traitement des recours. Alors que Marc Ravalomanana conteste toujours ces chiffres, Hajo Andrianainarivelo, 51 ans, revient pour Jeune Afrique sur son engagement auprès d’Andry Rajoelina et sur ses ambitions pour Madagascar.

Jeune Afrique : Votre candidat, Andry Rajoelina, a été donné vainqueur de la présidentielle par les résultats encore provisoires. Étiez-vous confiant dans sa victoire ?

Hajo Andrianainarivelo : J’étais rassuré. Nous connaissions son engagement, son implication, mais aussi et surtout l’accueil de la population. Nous percevions une réelle envie de changer d’air. Andry Rajoelina et sa femme Mialy, un jeune couple inséparable, ont été ensemble tout au long de la campagne, ce qui était aussi un vrai signe de stabilité. Les gens aspirent à ce que les femmes occupent une place de choix dans la société malgache, qui a toujours été très matriarcale, et sa femme s’est toujours impliquée de manière discrète mais efficace.


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Vous avez notamment été son vice-Premier ministre durant la période de transition. Comment avez-vous œuvré à sa victoire lors de cette élection ?

J’ai tenu des meetings et organisé les déplacements des chefs de partis qui nous soutenaient. Nous nous sommes occupés des zones où Andry Rajoelina n’allait pas, faute de temps. J’ai mis à disposition ma chaîne de télévision et de radio, Kolo. Enfin, les membres de mon parti, le MMM, se sont impliqués dans la campagne. Des cadres et des techniciens ont même participé à l’élaboration de son programme, l’Initiative pour l’émergence de Madagascar.

Le plus important, c’est d’avoir participé à la campagne. Nos membres se sont impliqués

Occuperez-vous une place importante auprès d’Andry Rajoelina durant son futur mandat, si sa victoire est confirmée par les résultats définitifs ?

J’attends les propositions que Rajoelina va faire à notre parti, le MMM. Nous en discuterons entre nous. Le plus important, c’est d’avoir participé à la campagne. Nos membres se sont impliqués. Pour le reste, on discutera quand les résultats officiels sortiront.

Un souvenir en particulier vous a-t-il marqué lors de la campagne ?

Lors d’un meeting vers Antsirabe [à 100 km au sud de la capitale, notamment acquis à son adversaire, ndr], un homme qui portait un t-shirt à l’effigie de Marc Ravalomanana n’arrêtait pas de crier et de siffler. Je lui ai tendu le micro et je crois que le public a apprécié. C’était nouveau, pour eux, de voir l’opposition être invitée à parler. Je voulais aussi montrer que nous sommes pour la pluralité des idées.

Les premiers chantiers de Rajoelina seront la sécurité des biens et des personnes, les mesures sociales pour atténuer la cherté de la vie…

Quels seraient les premiers chantiers après l’accession au pouvoir d’Andry Rajoelina ?

La sécurité des biens et des personnes, les mesures sociales pour atténuer la cherté de la vie, pour aider les ménages en terme d’éducation, de santé… Avec son équipe, Andry Rajoelina débutera aussi les grands projets d’infrastructure sur lesquels il a beaucoup insisté après son voyage auprès du président sénégalais, Macky Sall [Andry Rajoelina souhaite notamment s’inspirer de la ville nouvelle de Diamniadio, déjà en construction, dans les environs de Dakar, ndlr]. Ce projet montre que la vision d’Andry Rajoelina n’est pas un rêve, comme certains le disent, mais bien une réalité. Il faut se rendre compte que l’Afrique change pour tourner la page à Madagascar.

Pourquoi ne pas avoir tourné cette page plus tôt, pendant que vous étiez au pouvoir entre 2009 et 2013 ?

Le président a toujours eu ces idées. Il avait commencé à construire des hôpitaux, des écoles, des mairies, des routes… Mais la situation n’était alors pas assez optimale pour tout mettre en œuvre. Nous disposions d’une équipe gouvernementale hétéroclite, où chacun obéissait plus à sa mouvance politique d’origine qu’à une vision commune pour Madagascar. C’était la feuille de route de sortie de crise qui gérait le pays, et non les institutions normales. Nous avions créé nous-mêmes un État de non-droit.

Vous qui avez déjà travaillé plusieurs années aux côtés d’Andry Rajoelina, quel genre de dirigeant est-il ?

Il impressionne par sa combativité. Ce n’est pas quelqu’un qui vous impose n’importe quoi, il vous impose des résultats. Avec lui, c’est l’inverse de l’argent jeté par les fenêtres. Il négociait parfois directement avec les entreprises pour faire baisser les prix. De la mairie de Tananarive, j’ai gardé le souvenir de ce lustre. L’entreprise voulait livrer un Baccarat de plusieurs dizaines de milliers d’euros, mais Andry Rajoelina a répondu : « Hors de question ! Je vais trouver un lustre aussi joli à moindre prix et payer moi-même. » Et c’est ce qui s’est passé.

De quel œil voyez-vous la manifestation que le camp de Marc Ravalomanana a organisée le 29 décembre sur la place du 13 mai ?

C’est complètement irresponsable. Cette manifestation prouve son caractère sulfureux et instable. Mais je ne pense pas que la population suivra ses élucubrations. Leurs votes nous confortent dans la conviction qui nous avait poussés, en 2009, à contester le pouvoir autocratique de monsieur Ravalomanana. À l’époque, personne ne mesurait le sens patriotique d’Andry Rajoelina. On l’a taxé de tous les maux… Mais cette parenthèse est maintenant fermée. La justice a été rendue par le vote des Malgaches.

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