Sécurité

Cameroun : la localité de Bangourain, nouvel épicentre de la crise anglophone ?

Des policiers camerounais à Yaoundé, en 2005 (photo d'illustration). © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

La tension demeure vive à Bangourain, dans l’ouest du Cameroun, après la destruction d’une centaine de maisons attribuée aux milices sécessionnistes anglophones. Les populations locales envisagent des représailles, pendant que des appels au calme se multiplient.

La visite du ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, à Bangourain le 26 décembre n’a pas suffi à calmer les populations de la ville, furieuses après le passage d’une bande armée dans leur localité.

Les faits se sont déroulés dans la nuit du 23 décembre. Des témoins rapportent qu’une centaine d’individus lourdement armés ont envahi leur village. « Ils nous ont fait sortir de nos maisons, puis tabassés, avant de les brûler. Nous ne pouvions pas réagir car ils nous tenaient comme des otages », raconte un riverain.

Selon le bilan dressé par le gouverneur de la région de l’Ouest, Awa Fonka Augustine, 86 maisons ont ainsi été incendiées, une dizaine de voitures brûlées, des motos et des denrées alimentaires emportées. Un membre du comité de vigilance de la ville serait également décédé à la suite d’un coup de poignard dans le cou, selon un habitant joint par Jeune Afrique.

Vengeance et représailles

« C’est un groupe de terroristes venus du département voisin [Bui, ndlr]. Les dégâts sont terribles. Le chef de l’État a demandé de déposer les armes dans le cadre du comité national de désarmement, démobilisation et réintégration. Ceux qui ne le feront pas vont se heurter à la rigueur de la loi et à la détermination de nos forces de défense et sécurité », a commenté Paul Atanga Nji, même si aucune faction ambazonienne n’a revendiqué cette attaque.

À Bangourain, les populations, muées par un désir de vengeance, ont entamé une chasse à l’homme après l’attaque, afin de débusquer d’éventuels sécessionnistes au sein de leur communauté. Sur les réseaux sociaux, des vidéos de deux cadavres traînés par des hommes sur une moto sont devenues virales. Les habitants de Bangourain indiquent que ces deux individus planifiaient une nouvelle attaque sur la ville, mais aucun élément l’attestant n’a cependant pu être présenté. « Où était l’armée lorsque ces sauvages nous attaquaient ? Nous devons prendre notre destin en main avant tout », affirme à Jeune Afrique un habitant du village sous couvert d’anonymat, pour justifier cet acte.

Appels au calme

« Il n’y a pas lieu de penser à la vengeance, a commenté le ministre Paul Atanga Nji. La situation est contrôlée par les pouvoirs publics, les règlements de compte et l’esprit de vengeance ne peuvent être tolérés lorsque le chef de l’État s’est saisi de la situation. En cas d’attaque, les populations doivent se référer aux autorités compétentes », a-t-il ajouté.

Pour des organismes de la société civile, les événements Bangourain sont la matérialisation d’un repli identitaire qui s’exacerbe. Dans une communication, le Centre pour les droits de l’homme et la démocratie en Afrique (CHRDA) a appelé mercredi les populations des deux bords à « faire preuve de retenue » et à « s’abstenir de discours de haine et de représailles les uns contre les autres ». L’ONG que dirige l’avocat Agbor Balla a par ailleurs appelé le gouvernement à poser des actions en vue de réconcilier les deux populations francophones et anglophones de Bangourain, et à ouvrir immédiatement un dialogue pour une sortie de crise. Le Social democratic front (SDF) et l’Union démocratique du Cameroun (UDC), deux partis politiques fortement implantés dans cette zone, ont également appelé au calme et ont annoncé des actions en faveur des victimes.

Le dispositif militaire a également été renforcé dans le département du Noun. Une présence nécessaire, dans un contexte où la tension monte entre les populations francophones du département du Noun et celles anglophones du Bui.

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