Politique

Le voyage de Benalla au Tchad, en amont de la visite d’Emmanuel Macron, met l’Élysée dans l’embarras

Alexandre Benalla après son audition devant la commission des lois du Sénat, le 19 septembre 2018 © Thibault Camus/AP/SIPA

Alexandre Benalla, ancien conseiller d'Emmanuel Macron, est de nouveau au cœur d'une polémique après un voyage au Tchad qui a précédé de quelques jours la visite officielle du président français, le 22 décembre.

Début décembre, l’ancien conseiller du chef de l’État français Alexandre Benalla s’est rendu à N’Djamena avec « une délégation économique étrangère ». Il s’agissait selon lui d’accompagner « une délégation économique étrangère dans le cadre d’investissements qu’ils vont effectuer sur place », pour un projet industriel de 250 millions d’euros.

« Ça n’a rien à voir avec Emmanuel Macron, rien à voir avec l’Élysée, rien à voir avec la présidence de la République », a assuré l’entourage de l’ancien collaborateur présidentiel, chargé notamment des questions de sécurité. Selon cette source, Alexandre Benalla a « donné un coup de main » à « quelqu’un qu’il connaît depuis 2012 ».

Rendez-vous de deux heures avec Idriss Déby Itno

Auprès de l’hebdomadaire L’Express, l’ex-conseiller a évoqué des « grands patrons du Moyen-Orient (…) susceptibles de créer 3 000 emplois au Tchad, de construire des usines », sans citer de noms. Mais Alexandre Benalla a aussi rencontré pendant deux heures le président tchadien, allié clé de la France dans les opérations antijihadistes au Sahel.

Mise en lumière le 24 décembre par le journal Le Monde, cette visite a poussé l’Elysée à réagir, notamment parce qu’elle a eu lieu trois semaines avant celle du président Macron à N’Djamena, le 22 décembre, pour un réveillon de Noël auprès des troupes françaises et un rendez-vous avec le président tchadien.

 

« Je ne me tairai plus »

« Quelles que soient les démarches qu’entreprend Alexandre Benalla, il n’est pas un émissaire officiel ou officieux de la présidence de la République. S’il se présentait comme tel, il est dans le faux », a assuré l’Élysée le 25 décembre au soir.

Des mots qui ont fâché Alexandre Benalla, lequel épingle « certaines personnes de l’entourage du président », les qualifiant de « diffamatoires », « calomnieux » et « irresponsables ». « Je ne me tairai plus », a-t-il menacé. L’ancien collaborateur de l’Élysée a par ailleurs affirmé avoir « tenu informée la plus haute autorité française de l’ensemble de ses déplacements à l’étranger, et de leur nature », rappelant qu’il « n’exerce plus aucune fonction » à l’Élysée « depuis le 1er août 2018 ».

« Alexandre Benalla n’a pas informé l’Élysée de ses déplacements avant de les effectuer, mais uniquement de manière récente la semaine dernière », alors qu’émergeaient les premières « rumeurs de presse », a répondu la présidence mercredi. Sollicité, le ministère français des Affaires étrangères a précisé que Alexandre Benalla était allé au Tchad sans prévenir « quiconque » au ministère.

Cet imbroglio remet sur le devant de la scène l’homme à l’origine de la plus retentissante affaire de la présidence Macron. Le gouvernement garde en mémoire le souvenir cuisant des images d’Alexandre Benalla, interpellant sans ménagements des manifestants à Paris, alors qu’il n’avait aucune autorité pour le faire. Cette affaire avait mis en lumière son rôle opaque à la Présidence et provoqué une tempête politique.

Réactions en série

Alexandre Benalla est « un personnage vraiment obscur », « toujours là où il ne faut pas », a jugé le député de gauche radicale Eric Coquerel.

« Il faut qu’il nous explique très clairement pourquoi il est allé au Tchad, dans quelles conditions, de manière qu’on ne puisse pas supposer qu’il y a un lien entre ce qu’il fait et la démarche de Macron », a estimé le député Rassemblement national (extrême droite), Gilbert Collard.

« Je trouve ça bien que l’Élysée clarifie sa position vis-à-vis de M. Benalla, et inquiétant que M. Benalla se mette à menacer l’Elysée », a pour sa part affirmé le député centriste Jean-Christophe Lagarde.

Le député de la majorité LREM, Jacques Marilossian, a de son côté déploré ces débats, estimant que « les gens se posent d’autres questions que de savoir pourquoi Alexandre Benalla était au Tchad ».

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