Football

Qatar – Mondial 2022 : à Doha, le football à l’heure de la climatisation

Le Khalifa International Stadium est le premier des stades climatisés que le Qatar s'apprête à livrer pour le Mondial 2022.

Le Khalifa International Stadium est le premier des stades climatisés que le Qatar s'apprête à livrer pour le Mondial 2022. © Vadim Ghirda/AP/SIPA

La rénovation du premier stade climatisé s’est achevée cet été au Qatar. État des lieux des travaux alors que la Coupe du monde 2022 se tiendra dans tout juste quatre ans.

Au mois de novembre à Doha, tout le monde vous dit que la température est agréable après la chaleur suffocante de l’été. Hassan, un expatrié soudanais, dirige des équipes d’ouvriers pour construire des restaurants et des cafés autour du stade d’Al-Gharrafa, l’une des trois enceintes déjà existantes rénovées pour le Mondial, en plus des neuf stades construits spécialement pour l’évènement. « Cet été, au mois de juillet ou août, la température dépassait régulièrement les 45 degrés en journée. Sur le chantier, c’était très difficile pour les ouvriers. Quand la température dépassait 45 degrés, les travaux étaient stoppés », raconte Hassan.

Une chaleur insupportable couplée à un fort taux d’humidité provoqué par l’évaporation des eaux du Golfe persique qui a obligé la Fifa à déplacer le Mondial 2022 à une période plus clémente : entre la mi-novembre et la mi-décembre, quand le thermomètre affiche entre 25 et 30 degrés en fin de journée. « Depuis le début du mois de novembre, la température est agréable. Il y a du monde qui se promène le soir, les gens vont à nouveau dehors, alors que c’est impossible d’être longtemps hors des lieux climatisés pendant l’été », poursuit Hassan.


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À Doha, l’essentiel de la vie quotidienne se déroule dans la fraîcheur. Dans les restaurants, les hôtels, les immenses malls du centre-ville de Doha, l’air refroidi vrombit partout. Pour la Coupe du monde 2022, même les stades seront équipés de la climatisation. Une merveille technologique qui a changé le mode de vie des Qataris, mais qui est aussi une aberration écologique.

40 degrés à l’extérieur, 25 degrés à l’intérieur

L’ex-sélectionneur de l’Algérie, Christian Gourcuff a déjà pu tester des matchs dans ces conditions avec son équipe d’Al-Gharrafa cet été, lors de matchs du championnat qatari. « Les matchs de toutes les équipes se jouaient dans le Khalifa international stadium, le seul stade équipé de la climatisation pour le moment. C’est vrai que je pensais que ce serait bizarre de jouer dans ces conditions, mais finalement il n’y a aucune différence pour les joueurs. Comme il n’y avait pas grand-monde dans les tribunes, on entendait seulement le bruit des générateurs. Ce qui est extraordinaire, si l’on met de côté la question écologique, c’est que le toit du stade n’est même pas fermé. La température à l’intérieur est autour de 25 degrés, alors qu’il fait 40 degrés dehors », témoigne l’entraîneur français. Le système de soufflerie, qui permet d’abaisser pour plusieurs heures la température à l’intérieur du stade est cependant stoppée pendant les rencontres pour éviter aux joueurs d’être gênés par les courants d’air.

Le soir en novembre, il est tout à fait possible de jouer sans la climatisation, estime Youssef el-Arabi

L’été, les entraînements des équipes professionnelles du Qatar se tiennent tard le soir, quand la température est un peu plus supportable. « On adapte la charge d’entraînement en mettant en place des séances moins intensives physiquement », explique Nabil Maâloul, l’ancien coach de la Tunisie et désormais entraîneur d’Al-Duhail, club phare du pays appartenant à l’émir Tamim ben Hamad Al Thani.


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« Jouer en été sans la climatisation, c’est impossible. Mais au mois de novembre, la température est agréable en soirée pour un footballeur. Le soir en novembre, il est tout à fait possible de jouer sans la climatisation. C’est ce qu’on fait tous les weekends et il n’y a pas de problème », estime Youssef el-Arabi, international marocain évoluant sous les couleurs d’Al-Duhail.

Des supporteurs qataris lors du match de Supercoupe d'Italie opposant la Juventus de Turin au Milan AC, le 23 décembre 2016 au Al Sadd Sports Club, à Doha, au Qatar. © Alexandra Panagiotidou/AP/SIPAÉ

Des stades quasiment vides

Dans les stades du Qatar, la climatisation sera surtout utile pour les matchs de l’après-midi. Avant que le soleil ne commence à décliner vers 16 heures, la chaleur est trop élevée, autour de 35 degrés, pour l’intensité physique qu’exigent des matchs de Coupe du monde. Et le Qatar pourrait bien être obligé de programmer plus de matchs que prévu l’après-midi dans ses stades, car la Fifa est favorable à ce que le Mondial 2022 soit le premier à rassembler 48 équipes, contre 32 habituellement. Un vrai défi pour le petit émirat, dont l’unique métropole, Doha, risque d’être étroite pour accueillir autant de sélections et de fans du monde entier.

Les Qataris préfèrent aujourd’hui rester à la maison entre amis pour regarder les matchs

Pour le moment, les stades de football de Doha résonnent à vide. Les Qataris préfèrent regarder les matchs du championnat local dans le confort de leur salon devant la télé, plutôt que dans les tribunes des enceintes non climatisées. « Les anciens avaient l’habitude d’aller au stade. C’était une génération qui avait connu la vie sous la tente dans le désert. Mais les jeunes ont grandi dans le luxe. On a offert un spectacle d’une telle qualité à la télé que les Qataris préfèrent aujourd’hui rester à la maison entre amis pour regarder les matchs », glisse un expatrié occidental qui réalise des retransmissions de rencontres pour la télé locale. Pas forcément un bon exemple pour attirer les supporters asiatiques, européens ou africains dans les stades pour la Coupe du monde 2022.

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