Politique

Liberia : quel bilan pour George Weah, un an après son élection à la présidence ?

George Weah, lors de son investiture le 22 janvier 2018 à Monrovia.

George Weah, lors de son investiture le 22 janvier 2018 à Monrovia. © Abbas Dulleh/AP/SIPA

Le 26 décembre 2017, la star du football était élue président du Liberia, soulevant d’immenses espoirs. Retour sur cinq épisodes marquants de sa première année à la tête du pays.

Il y a un an, après plusieurs semaines de report, les Libériens se pressaient enfin dans les bureaux de vote pour le second tour de l’élection présidentielle. La tendance n’avait alors pas tardé à se dessiner : avec 61,5 % des voix, George Weah l’emportait largement face à Joseph Boakai, le vice-président d’Ellen Johnson Sirleaf. Douze ans après sa première tentative, l’ancien footballeur, demi-dieu dans son pays, accédait à la plus haute fonction de l’État.

Dans les rues de Monrovia, les cris de joie ont aussitôt remplacé les craintes et les crispations. Le 22 janvier, pour l’investiture du nouveau président, la foule était gigantesque au stade Samuel Doe. Lui, le fils de « natives » – en opposition aux descendants d’Africains-Américains qui ont longtemps détenu la plupart des leviers du pouvoir – , lui, le gamin né dans les bidonvilles, avait réalisé l’impensable.


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Mais rapidement, les attentes ont succédé à la joie. Alors que le pays reste marqué par plus d’une décennie de guerre civile, de 1989 à 2003, et qu’il peine à se relever des ravages socio-économiques de l’épidémie d’Ebola, les chantiers sont immenses et les interrogations nombreuses. Dès la prise de pouvoir de George Weah, les cafouillages se sont multipliés lors des nominations aux postes ministériels, et les détracteurs du nouveau chef de l’État se sont interrogés sur ses capacités à diriger le pays.

« Nous avons fait plus que lors des douze ans du mandat précédent », a récemment déclaré le président libérien dans une interview à Radio France International et Le Monde. Qu’en est-il vraiment ? Des réformes historiques aux scandales retentissants, retour sur ces premiers mois au pouvoir en cinq évènements clés.

• 16 juillet 2018 : 25 millions de dollars injectés dans l’économie

Dans une adresse à la nation, le président libérien annonce des mesures monétaires d’urgence. 25 millions de dollars américains (21,9 millions d’euros) seront injectés « afin d’éponger la liquidité excessive de dollars libériens », déclare-t-il, et les pouvoirs de la Banque centrale renforcés.

Alors que le pays utilise le dollar américain et le dollar libérien, la chute de la deuxième devise continue d’entraîner une forte hausse des prix

Marquée par l’épidémie d’Ebola qui a frappé le pays en 2014, l’économie nationale est en difficulté depuis l’arrivée au pouvoir de George Weah. « L’inflation est passée de 17 % en février à 21 % », avait alors reconnu le chef de l’État. Alors que le pays utilise deux monnaies – le dollar américain et le dollar libérien – , la chute de la deuxième devise continue d’entraîner une forte hausse des prix, notamment des produits de première nécessité.

• Mi-septembre 2018 : l’affaire des « 100 millions de dollars évaporés »

L’affaire, digne d’un roman policier, a fortement ébranlé le régime Weah. Selon une enquête de la presse libérienne, près de 100 millions de dollars américains, livrés au port et à l’aéroport de Monrovia, se seraient volatilisés sur le chemin des coffres de la Banque centrale. La somme, faramineuse et qui correspond à environ 5 % du PIB du pays, est confirmée par les autorités, qui annoncent l’ouverture d’une enquête. Alors que les soupçons de corruption et de détournement sont forts, une liste d’une trentaine d’officiels, dont l’ancien gouverneur de la Banque Centrale, Milton Weeks, et Charles Sirleaf, le fils de l’ancienne présidente, qui a assuré l’intérim à la tête de l’institution, sont suspectés et interdits de sortie du territoire.


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Néanmoins, début octobre, Nathaniel Patray, l’actuel gouverneur de la Banque centrale, déclare que les billets « ont été retrouvés » et qu’ils « sont dans des coffres ». Il demande ainsi la fin des enquêtes et des poursuites. Une déclaration étrange selon de nombreux observateurs, qui redoutent que les autorités libériennes souhaitent étouffer cette affaire. Les interrogations ressurgissent en cette fin d’année, tandis que le pays fait face à une pénurie de billets de dollars libériens.

• 19 septembre 2018 : la réforme foncière promulguée

Réclamée de longue date et préparée sous Ellen Johnson Sirleaf, la prédecesseure de George Weah, la réforme foncière prévoit que les paysans puissent devenir propriétaires de leurs terres. Il s’agit d’une révolution dans le pays. Depuis l’indépendance du Liberia, en 1847, le foncier n’appartient qu’à l’État – qui en a cédé des parts à des investisseurs privés. Les communautés villageoises devraient désormais pouvoir en posséder, développer l’agriculture et améliorer leur niveau de vie.

Si cette réforme était très attendue, elle ne résout pas tous les problèmes car un cadastre doit être établi avant la cession des terres

Si la promulgation de cette réforme était très attendue, elle ne résout pas encore tous les problèmes. Un cadastre doit notamment être établi avant la cession des terres. George Weah s’est engagé à ce que cela soit fait d’ici à dans deux ans.

• 25 octobre 2018 : l’université devient gratuite

Devant un parterre d’étudiants, le président libérien annonce que les universités publiques du pays deviendront gratuites. Un geste à l’endroit de la future élite libérienne, alors que les autorités disent avoir été alertés sur les difficultés économiques des élèves. Sur quelques 20 000 étudiants, 8 000 n’iraient pas en cours à cause des frais d’inscription. La mesure coûterait « un à deux millions de dollars », selon Latim Da-thong, le ministre de l’Éducation.


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Elle s’inscrit dans le vaste « Pro-Poor Agenda », présenté en juillet par le président libérien. Un programme en forme de plan de développement sur cinq ans, à destination des « pauvres », qui représentent plus de la moitié de la population du pays. Il prévoit des mesures dans des domaines aussi variés que les infrastructures, la santé ou la justice. Si la popularité et l’image de George Weah lui ont permis d’obtenir la promesse d’aides des bailleurs de fonds internationaux, des interrogations persistent quant à la capacité du gouvernement libérien à financer ces immenses réformes.

• 6 décembre 2018 : le président veut moraliser la vie politique

Près d’un an après son élection, dans un communiqué, le président libérien a lancé un ultimatum à ses ministres et directeurs d’agences publiques. Seuls un quart des hauts responsables avaient alors déclaré leurs biens à la Commission libérienne anti-corruption, a-t-il déclaré, en leur donnant une semaine pour régulariser leur situation sous peine de sanctions.

Alors qu’Ellen Johnson Sirleaf avait été critiquée pour avoir nommé certains de ses enfants à des postes-clés, et que le fléau reste important, la lutte contre la corruption était une des promesses de la campagne de George Weah, et figure parmi les attentes majeures des Libériens.

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