Politique économique

Pour le FMI, les chocs sécuritaires au Burkina Faso rendent cruciale l’accélération des réformes

Un soldat marche près de l’état-major des armées de Ouagadougou, après les attaques qui ont fait huit morts, le 2 mars 2018. © Ludivine Laniepce/AP/SIPA

L'organisation financière internationale a validé, le 21 décembre, le décaissement de 25,1 millions de dollars (22 millions d'euros) en faveur du Burkina Faso, mais elle met en garde le pays : alors que les dépenses en matière de sécurité augmentent, la hausse de la masse salariale du secteur public devient « insoutenable ».

Le 21 décembre, le conseil d’administration de l’organisation de Bretton Woods a achevé la première revue de l’accord de financement triennal conclu entre le FMI et le Burkina Faso le 14 mars dernier au titre « de la facilité élargie de crédit », portant sur un prêt de 157,6 millions de dollars (127,5 millions d’euros). Cette première revue a validé un décaissement immédiat de 25,1 millions de dollars, ce qui porte le total des sommes débloquées à ce jour à 50,1 millions de dollars.

Malgré ce feu vert, le communiqué du FMI reste critique. Tao Zhang, directeur général adjoint et président par intérim de l’institution, relève notamment la persistance de « goulets d’étranglement des infrastructures », notamment dans l’énergie et les transports, et la nécessaire maîtrise des dépenses récurrentes, entre autres de la masse salariale.

Maîtriser les déficits dans un contexte tendu

Le directeur adjoint du FMI va jusqu’à qualifier d’« insoutenable » la hausse de la masse salariale du secteur public et préconise « une réduction des recrutements dans les secteurs non prioritaires ». Il suggère « d’examiner la possibilité de rationaliser les indemnités et les primes ».


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Une situation d’autant plus préoccupante, aux yeux du FMI, que le pays est confronté à un important défi sécuritaire, contraignant l’État à augmenter son budget militaire et sécuritaire de 21 % en 2017, et encore de 50 % en 2018. Or, Ouagadougou s’est en parallèle engagé à maîtriser son budget pour contenir le déficit à 3 % dès 2019. Une équation encore compliquée par la situation sociale du pays, en proie à des tensions et qui reste l’un des plus pauvres du monde.

Si le budget 2019, présenté au Parlement le 18 décembre dernier par Rosine Sori Coulibaly, la ministre burkinabè de l’Économie, des finances et du développement, prévoit bien de contenir le déficit à 3 %, le FMI juge « crucial » d’accélérer les réformes, notamment en matière de compensation dans le secteur public. « Pour le court et le moyen terme, les efforts devraient être axés sur la création d’un espace budgétaire pour les dépenses prioritaires en matière d’investissement, de sécurité sociale et de sécurité par le biais d’une mobilisation accrue de recettes, à la maîtrise des dépenses récurrentes, notamment de la masse salariale et à l’amélioration de l’efficacité des dépenses », conclut Tao Zhang.


Décaissements en série du FMI

Entre le 18 et le 21 décembre, le conseil d’administration du FMI a enchaîné les réunions afin de valider les derniers décaissements de cette année 2018. En quatre jours ont ainsi été validés des financements de 228,2 millions de dollars, à destination de différents pays africains : outre le décaissement en faveur du Burkina Faso, ont été débloqués une enveloppe de 99 millions de dollars à destination du Gabon, ainsi qu’un appui de 48,6 millions de dollars au Tchad, une aide de 31,6 millions de dollars pour la Centrafrique et une somme de 23,9 millions de dollars pour la Guinée.

En revanche, aucune décision n’a encore été prise concernant le Congo-Brazzaville, et aucune réunion en ce sens n’apparaît dans l’agenda du conseil d’administration du FMI. L’institution internationale a en effet conditionné son aide à une renégociation de la dette du pays auprès de ses créanciers.

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