Économie

Algérie – Maroc : le grand gâchis

Près de Bni Drar, au Maroc, une mouqatila avec pas mal d'heures de route au compteur. © Hassan Ouazzani/JA

Pour les cinq pays du Maghreb, le manque à gagner lié à l'absence d'intégration régionale est estimé à 7,5 milliards d'euros par an.

Le nombre d’études consacrées au coût du « non-Maghreb » suffirait à meubler tout un rayon de bibliothèque. On ne compte plus les rapports de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international (FMI), de l’Union européenne (UE) et tous les travaux universitaires qui ont abordé ce sujet, critiquant le grand gâchis occasionné par l’absence d’une union économique maghrébine dans un contexte de mondialisation et de regroupements régionaux.

Aux écrits s’ajoutent les paroles… sans suite. À chaque rencontre, les hommes d’affaires maghrébins appellent de leurs voeux la construction d’une organisation régionale capable de faire basculer l’équilibre des forces en faveur des pays du Sud. En vain.

Les échanges intermaghrébins sont extrêmement maigres, à peine 3,3 % du total des exportations de la zone, soit le taux le plus bas du monde

Plus bas au monde

Chaque année, le manque à gagner est estimé à 7,5 milliards d’euros, soit 2 % à 3 % du PIB des cinq pays de la région (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Mauritanie). Les échanges intermaghrébins sont extrêmement maigres, à peine 3,3 % du total des exportations de la zone, soit le taux le plus bas du monde.

À titre d’exemple, en 2012, cette part était de 62 % à l’intérieur de l’UE, de 49 % au sein de l’Accord de libre-échange nord-américain, de 26 % pour l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est et de 15 % pour le Marché commun de l’Amérique du Sud, selon une étude publiée le 27 août par Oxfam France à l’occasion du 20e anniversaire de la fermeture de la frontière entre le Maroc et l’Algérie.

« Nous travaillons sur les déterminants de la pauvreté et des inégalités au Maghreb, et nous voyons bien que la non-intégration de cette zone pose de sérieux obstacles au développement économique et sociétal », explique Nicolas Vercken, directeur des études et du plaidoyer au sein de l’ONG. Ainsi, malgré la réduction de la pauvreté absolue au cours de la dernière décennie et l’optimisme des chiffres officiels, le taux de chômage demeure élevé : 16 % en Tunisie, 9,4 % en Algérie et 9,1 % au Maroc, selon le FMI. Les plus touchés sont les jeunes et les femmes.

>> Lire aussi : L’Union maghrébine du commerceet de l’investissement pourrait voir le jour en 2014

La BMICE est toujours une coquille vide

Parallèlement, une part croissante des budgets nationaux est engloutie dans une course effrénée à l’armement. De 2007 à 2013, la part des dépenses militaires dans le PIB a augmenté de 19 % au Maroc et de plus de 65 % en Algérie, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). « Une augmentation sans précédent qui fait de ces pays les deux États les plus dépensiers de la région », renchérit le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grip), à Bruxelles, dans son rapport 2013.

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La cause majeure de ces rivalités militaires ? La tension politique autour du dossier du Sahara, bien entendu… De quoi refroidir tous les experts qui pronostiquaient que ce conflit historique serait progressivement aplani par un plus grand dynamisme des hommes d’affaires marocains et algériens.

Las, annoncée depuis 2010, la Banque maghrébine d’investissement et de commerce extérieur (BMICE) est toujours une coquille vide, tandis que chaque pays de la région (sauf la Libye) a un accord d’association ou de partenariat avec l’UE, se mettant d’office en concurrence avec ses voisins. C’est d’autant plus désolant que le Maghreb est l’une des rares zones de développement naturellement intégrées.

Il a la matière première (pétrole, gaz et phosphates), le capital humain et une expertise élevée dans des secteurs comme le tourisme, le textile, l’automobile et l’électronique. Sur dix ans, le Maghreb pourrait gagner de 25 à 30 points de PIB s’il se décidait enfin à ouvrir ses frontières. Dans le cas contraire, il prend le risque de rater son rendez-vous avec l’Histoire.

 

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