Politique

Soudan : les médecins rejoignent une mobilisation qui s’amplifie face au pouvoir d’Omar el-Béchir

Le président soudanais Omar el-Béchir, lors d'un discours à Djouba en janvier 2014. © Ali Ngethi/AP/SIPA

Après plusieurs jours de manifestations contre la vie chère, le corps médical suit lui aussi une consigne de grève politique.

Un mouvement de grève a débuté lundi 24 décembre au Soudan, dans le sillage de manifestations contre le prix du pain assombries par des heurts meurtriers et qui se sont transformées en l’une des plus importantes contestations en trois décennies du pouvoir d’Omar el-Béchir. L’appel à la mobilisation a été lancé dimanche par un rassemblement de professionnels de différents secteurs, alors que des manifestations étaient encore organisées jusque tard dans la soirée dans plusieurs villes dont Oumdourman, voisine de la capitale Khartoum.


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Les hôpitaux ont été les premiers à rejoindre ce mouvement de grève, qui « a commencé à huit heures le lundi matin », a confirmé Mohamed al-Assam, membre du comité des médecins au sein de ce rassemblement. Cette organisation a affirmé dans un communiqué qu’elle comptait remettre mardi au palais présidentiel une demande officielle exigeant la « démission immédiate du président en réponse à la volonté du peuple soudanais » et la « formation d’un gouvernement transitoire ». Lundi matin, des médecins avaient eux placé devant un hôpital public du sud de Khartoum des pancartes sur lesquelles était écrit: « médecins en grève, seulement les cas d’urgence », selon un journaliste de l’AFP.

Marasme économique

Le mouvement de colère d’une partie de la population, qui a touché jusque-là une dizaine de villes du pays, a été déclenché mercredi dernier par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, dans un pays en plein marasme économique. Les manifestations ont fait au moins huit morts – six à Al-Gadaref (est) et deux à Atbara (est) – lors de heurts avec les forces anti-émeutes, selon des responsables et des témoins. Mais des bilans plus lourds sont évoqués.

Le chef du principal parti d’opposition, Sadek al-Mahdi, a parlé de 22 morts, dénonçant la répression armée

Le chef du principal parti d’opposition, Sadek al-Mahdi, a parlé de 22 morts, dénonçant la « répression armée » contre un mouvement de contestation légitime, selon lui. Dernier Premier ministre démocratiquement élu du Soudan, Mahdi a été chassé du pouvoir par le coup d’État fomenté en 1989 par l’actuel président Omar el-Béchir. Poussé à l’exil à plusieurs reprises, il est rentré au pays cette semaine.

Des revendications politiques

À l’instar d’une partie des protestataires, Sadek al-Mahdi a appelé à un « changement de régime ». Après les premières revendications contre la « cherté » de la vie, des rassemblements sont désormais ponctués du slogan « Le peuple veut la chute du régime », tiré des printemps arabes de 2011. « La raison principale des manifestations est économique et liée aux prix élevés, mais les racines de la crise (…) sont politiques », estime Abdellattif al-Bouni, professeur de sciences politiques. Selon lui, « l’échec des politiques gouvernementales, les erreurs et la mauvaise gestion » expliquent la colère de la population.


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En janvier dernier, des manifestations contre la hausse du coût des denrées alimentaires avaient été très vite matées par les autorités, qui avaient alors arrêté des leaders de l’opposition et des militants. Lors des récentes manifestations, plusieurs « membres de partis d’opposition », accusés de « vandalisme », ont été interpellés, a rapporté dimanche l’agence officielle Suna.

Le pouvoir dénonce les « partis de gauche »

Pour Mohamed Lattif, chroniqueur politique au journal Al-Youm Al-Tali, l’impasse économique et budgétaire actuelle doit pousser l’État à se réformer au plus vite. Depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, le Soudan a été amputé des trois quarts de ses réserves d’or noir. Cette année, le pays traverse des difficultés économiques croissantes avec une inflation de près de 70 % et une plongée de la livre soudanaise face au dollar américain. « Il n’y a pas d’autre choix que de revoir la structure dirigeante », estime Mohamed Lattif. Pour lui, la poursuite de la mobilisation dépendra de la réaction du gouvernement. « S’il persiste dans la réponse sécuritaire, on assistera aussi à une escalade de l’autre partie », assure-t-il.

Suspecté par la Cour pénale internationale (CPI) de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide au Darfour (ouest), Omar el-Béchir, 74 ans, est considéré par les experts comme un dirigeant autoritaire et imprévisible. Le parti au pouvoir du Congrès national a affirmé comprendre la colère de la population face à la situation économique. Mais son porte-parole, Ibrahim el-Sadik, a accusé « les partis de gauche qui souhaitent déstabiliser l’appareil d’État » et Israël d’être à l’origine de ces protestations.

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