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Paulin Obame Nguéma

Ancien Premier ministre du Gabon

Il arrive parfois, dit-on, que la fonction modifie le comportement. Pas chez Paulin Obame Nguéma. Ses multiples et successives responsabilités gouvernementales, couronnées par un long séjour à la primature, d’octobre 1994 à janvier 1999, n’ont pas fini par lui faire aimer les feux de la rampe. Non que ce médecin de 70 ans cultive la discrétion. Mais parce qu’il aime à se tenir loin de la mêlée. Encore plus aujourd’hui qu’hier. En témoigne son refus de prendre, à la demande des dirigeants de clubs, la tête de la Fédération gabonaise de football. Le mordu de ballon rond qui aime l’ambiance des stades, le supporteur impénitent des Girondins de Bordeaux, ne souhaite pas monter en première ligne au moment où se disputent les phases qualificatives de la Coupe d’Afrique des nations de 2006 en Égypte et de la Coupe du monde en Allemagne la même année. Trop exposé.

Le député de Kango, situé à une centaine de kilomètres de Libreville, malgré l’insistance de ses camarades du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir), s’est également gardé d’entrer au bureau de l’Assemblée nationale ou de s’occuper d’une commission. Tout comme il a décliné l’offre de diriger la fédération PDG de l’Estuaire, la province de la capitale. Il préfère, sourit-il, « laisser la place aux jeunes ». Il a d’ailleurs annoncé à certains de ses proches qu’il ne se représenterait pas aux législatives de décembre 2006. En attendant, il se fait fort de trouver du temps pour s’occuper davantage de sa clinique du quartier librevillois d’Akémindjogoni, dans laquelle les plus démunis de ses compatriotes ne paient rien.
Formé à Bordeaux où il est accueilli au milieu des années 1950 par une famille française, Paulin, comme on l’appelle à Kango, ne rentre au pays qu’à la fin des années 1960. Omar Bongo Ondimba, qui vient d’accéder au pouvoir, a besoin de l’élite de ses jeunes compatriotes formés à l’étranger. Le Fang de l’Estuaire, docteur en médecine, est de ceux-là. Il est nommé chef de service des dispensaires de Libreville, puis directeur de la Santé, avant d’occuper le poste de directeur général de la Santé publique. Mais ce n’est pas du portefeuille de la Santé dont il hérite quand il est appelé au gouvernement. Il commence sa longue carrière gouvernementale comme secrétaire d’État aux Mines et aux Hydrocarbures, et sera tour à tour, entre 1975 et 1990, ministre délégué à ce même département, ministre délégué aux Transports, ministre délégué à l’Économie forestière.
De 1990 à 1992, il est secrétaire général du gouvernement, qu’il quitte pour devenir conseiller spécial du président de la République. D’aucuns voient dans cette nomination au mieux une semi-retraite, au pire un placard. Erreur. Au lendemain des « Accords de Paris » qui scellent dans la capitale française, en septembre 1994, plusieurs semaines de dialogue entre majorité et opposition, le chef de l’État est à la recherche d’un successeur à Casimir Oyé Mba au poste de Premier ministre. Il a besoin d’un homme de consensus pour appliquer lesdits accords. Il s’appellera Paulin Obame Nguéma, et il n’est pas contesté par l’opposition.

Son séjour à la primature n’est pas cependant de tout repos. Il lui faut à la fois résister aux boutefeux de son camp, soucieux de continuer à préserver leurs prébendes, et contenir l’impatience d’une opposition de plus en plus encline à pousser son avantage acquis grâce notamment aux « Accords de Paris ». C’est le prix à payer pour espérer consolider le processus démocratique. Les premières élections – municipales et départementales – de janvier 1997 confortent l’opinion que le gouvernement souhaite faire preuve d’impartialité et de transparence. Libreville et les principales agglomérations du pays (Port-Gentil, Oyem, Mouila, Lambaréné, Ndjolé et même Kango, le fief d’Obame Nguéma) tombent dans l’escarcelle de l’opposition.

La partition du président Bongo Ondimba est mise en musique par Paulin Obame Nguéma, qui instaure également un nouveau style : sobriété dans le propos et spontanéité dans le contact avec les populations. Il n’hésite jamais, en casquette, chemise africaine et Pataugas, à descendre dans les quartiers populaires pour aller donner des soins à certains nécessiteux. Même Premier ministre, il continuait d’officier une à deux fois par semaine au dispensaire de la Peyrie à Libreville, où certains venaient voir le chef du gouvernement plutôt que le médecin. Il se faisait aussi un devoir de donner ses cours à la fac de médecine et des sciences de la santé de Libreville, et de diriger les thèses.
En fait, Paulin Obame Nguéma a toujours été plus médecin que député ou membre du gouvernement. Et ne demande qu’à le rester, surtout après décembre 2006 quand il quittera l’Hémicycle. Sauf si le chef de l’État en décide autrement.

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