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Politique économique

Pourquoi Maurice mise sur le haut de gamme

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Cette montée en gamme est un moyen pour Maurice de justifier des coûts de main-d'oeuvre bien supérieurs à ceux du sous-continent indien. AFD

Cette montée en gamme est un moyen pour Maurice de justifier des coûts de main-d'oeuvre bien supérieurs à ceux du sous-continent indien. AFD ©

Sucre, textile, tourisme, et désormais TIC et biotechnologies, les produits et services mauriciens ont pris énormément de valeur ajoutée. Et ça paie.

Sans valeur ajoutée, point de salut pour Maurice ! En 2006, à la suite de l’arrivée à échéance des accords textiles et sucriers passés dans les années 1970 avec l’Europe et les États-Unis, le pays a dû restructurer son économie en profondeur pour gagner sa place sur un marché mondialisé. Dans le sillage du tourisme version haut de gamme, où il a acquis depuis longtemps ses lettres de noblesse, Maurice s’est attaqué à d’autres créneaux, en visant la qualité. « L’objectif est de toujours augmenter la chaîne de valeur, pour créer de la richesse et de l’emploi local », explique Rama Sithanen, ministre de l’Économie et des Finances de 2005 à 2010.

Le premier défi était de sortir d’une filière exclusivement sucrière (sucre roux) pour passer à une industrie cannière valorisant les autres composants de la plante (mélasse, bagasse, etc.).

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Parallèlement, les autorités et les industriels se sont attachés à redéployer le secteur textile (principalement concentré dans la zone franche de Coromandel, près de Port Louis) en le mettant au service des grandes marques internationales.

Dans les deux cas, la réussite est au rendez-vous. Producteur de sucre brut jusqu’en 2009, Maurice exporte aujourd’hui de produits raffinés, déclinés en une quinzaine de références. « Avec la fluctuation des cours mondiaux, il est difficile de savoir si le secteur gagne plus d’argent qu’auparavant. Mais une chose est sûre : sans ce virage, nos revenus seraient bien inférieurs », constate Jean-Noël Humbert, président du Syndicat mauricien du sucre (MSS). Désormais, la filière rentabilise au maximum la canne, en utilisant la bagasse (résidu fibreux) pour produire de l’électricité et la mélasse pour en tirer du bioéthanol, également exporté.

Même constat dans le textile, où le choix d’une stratégie axée sur la qualité a permis au made in Mauritius d’exister et de s’imposer face à la concurrence asiatique. Des marques de vêtements comme Abercrombie, Hugo Boss, Zara ou Kappa s’appuient ainsi sur leurs sous-traitants mauriciens, surtout depuis que ces derniers disposent de leurs propres filatures, ce qui a fait baisser les prix.

Hugo Boss, Zara, Abercrombie… Les grandes marques s’appuie su les soustraitants locaux

Désintérêt

« Cette montée en gamme est aussi le seul moyen pour Maurice de justifier des coûts de main-d’oeuvre bien supérieurs à ceux en vigueur sur le sous-continent indien », explique Jean-Paul Arouff, rédacteur en chef de l’hebdomadaire mauricien Business Magazine. Même si le modèle montre aujourd’hui ses limites en matière d’emploi. Dans la filière sucre, le passage à la transformation a permis de limiter la casse, autour de métiers plus qualifiés.

L’industrie textile, elle, se heurte au désintérêt des jeunes, plus enclins à travailler dans une banque ou un centre d’appels que de se lancer dans la confection. Résultat, le pays est obligé d’importer une main-d’oeuvre étrangère non qualifiée. « Ce n’était pas vraiment l’objectif de notre politique de diversification », rappelle Rama Sithanen. Surtout pour un secteur dont les activités et les effectifs fondent, après avoir pourtant permis d’endiguer le chômage sur l’île, qualifié d’endémique, au tournant des années 1990.

Mais ce n’est pas du côté du sucre et du textile que se joue l’avenir économique de Maurice. En attendant que le tourisme trouve une nouvelle jeunesse et en suivant l’exemple des activités d’offshoring, en plein essor, « le pays doit maintenant s’intéresser à d’autres niches, notamment dans les secteurs à très haute technicité comme l’ingénierie informatique ou les biotechnologies », estime Jean-Paul Arouff. À condition de faire venir des travailleurs qualifiés ou d’en former sur place comme Singapour et Dubaï ont su le faire en leur temps.

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