Diplomatie

Diplomatie : comment le Sénat américain met la pression sur le Cameroun dans la crise anglophone

Un manifestant à Bamenda lors de la déclaration symbolique de l'indépendance de l'"Ambazonie" le 1er octobre 2017. © Capture d'écran J.A.

Le 19 décembre, le démocrate Ben Cardin a proposé au Sénat américain une résolution appelant à un cessez-le-feu dans le conflit qui oppose l’armée camerounaise et les séparatistes ambazoniens. Une initiative loin d’être isolée chez les parlementaires des États-Unis.

La résolution proposée au Sénat (voir texte complet en fin d’article) le 19 décembre au sujet de la crise anglophone au Cameroun est particulièrement sévère. Dénonçant une « restriction répétée de la liberté d’expression » et des cas de « harcèlement et détention de journalistes », le texte ajoute : « Les Camerounais anglophones ont depuis longtemps été marginalisés par les actions officielles et politiques du gouvernement camerounais. (…) Les manifestations organisées par des avocats, des enseignants et des étudiants ont été violemment réprimées par le gouvernement du Cameroun, entraînant de nombreux décès et emprisonnements. »

« Cessez-le-feu immédiat »

Le sénateur démocrate Ben Cardin (Maryland) – soutenu par ses collègues Todd Young (Républicain, Indiana), Chris Van Hollen (Démocrate, Maryland), Chris Coons (Démocrate, Delaware), Ed Markey (Démocrate, Massachusetts), Cory Booker (Démocrate, New Jersey) et Amy Jean Klobuchar (Démocrate, Minnesota) – dénonce dans la même proposition de résolution les assassinats et enlèvements perpétrés par les combattants séparatistes de l’Ambazonie.

Le démocrate invite ainsi le Sénat à « exhorter toutes les parties au conflit au Cameroun à accepter un cessez-le-feu immédiat et à engager un dialogue inclusif avec la société civile ». Enfin, il « invite le gouvernement camerounais à « inculper ou libérer rapidement toutes les personnes détenues dans le contexte de la crise anglophone, y compris tous les militants anglophones arrêtés au Nigeria ».

Ben Cardin n’est pas le premier sénateur à prendre ainsi position dans la crise anglophone, d’autant qu’un missionnaire américain, Charles Wesco a été tué à Bamenda (Nord-Ouest) le 30 octobre 2018. Le 29 novembre dernier, le démocrate Robert Menendez (New York) avait plaidé pour une intervention diplomatique de son pays au Cameroun, afin d’aider à une résolution de la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Le sénateur avait demandé à son administration de « prendre des mesures rapides en vue d’une action significative ».

Lobbying de la diaspora

Menendez comme Cardin font en réalité l’objet d’un efficace lobbying de la diaspora camerounaise. Celle-ci – notamment regroupée au sein du Cameroon American Council de la journaliste Sylvie Bello et du Congressional Cameroon Caucus mené par le représentant Andre Carson (Indiana) – est en effet très présente à New York et à Baltimore, où séjourne par ailleurs le chef du gouvernement intérimaire de l’Ambazonie, le docteur Samuel Ikome Sako.

Au Sénat, Sylvie Bello plaide ainsi régulièrement la cause anglophone auprès du républicain Jeff Flake, des démocrates Charles Ellis Schumer, Kirsten Gillibrand et… Chris Van Hollen, qui soutenait la résolution proposée le 19 décembre par Ben Cardin. En septembre 2017 déjà, Bello avait œuvré, cette fois à la Chambre des représentants, afin d’obtenir de 18 démocrates et 6 républicains la rédaction d’un communiqué appelant à une intervention diplomatique américaine au Cameroun.

Les représentants, dont le républicain Dan Donovan et le démocrate Thomas Suozzi, membres du Comité des affaires étrangères de la Chambre des représentants et de son sous-comité sur l’Afrique, avaient plaidé auprès de Nikki Haley, représentante des États-Unis aux Nations unies, et dénoncé la « détérioration des conditions de vie de la minorité anglophone » au Cameroun.

Au Cameroun, un dialogue au point mort

La diplomatie américaine n’est semble-t-il pas sourde aux arguments des membres du Congrès. Le 6 novembre dernier – jour de la prestation de serment du président camerounais Paul Biya -, Heather Nauert, porte-parole du département d’État américain, a demandé « qu’il soit immédiatement mis fin aux attaques aveugles dirigées contre les civils et aux incendies de maisons par les forces gouvernementales camerounaises, ainsi qu’aux attaques perpétrées par les séparatistes anglophones contre les forces de sécurité et les civils ».

« L’intimidation systématique fondée sur l’appartenance ethnique et religieuse, notamment à Yaoundé et à Douala, doit cesser », ajoutait-elle, soulignant que les États-Unis appelaient à une sortie de crise par le dialogue. Ce dernier est toutefois au point mort : la All Anglophone Conference, organisée notamment par le cardinal Christian Tumi, a été reportée sine die fin novembre et n’a, pour l’instant, pas été reprogrammée.

Proposition de Résolution d…

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