Sécurité

Mali : Mahmoud Dicko dévoile des tentatives de contact entre Iyad Ag Ghaly et le gouvernement

Mahmoud Dicko ex-président du Haut Conseil islamique malien, ici en 2012 à Bamako. © Daou Bakary Emmanuel pour Jeune Afrique

Mandaté par les autorités pour mener une mission de « bons offices » à Kidal et dans le Centre en 2016, le président du Haut conseil islamique du Mali a révélé qu’Iyad Ag Ghaly, le chef jihadiste le plus recherché de la région, avait à l’époque accepté le principe d’un dialogue avec les autorités maliennes.

« Certains me reprochent de ne pas chercher à négocier avec Iyad Ag Ghaly : c’est hors de question. » Voici ce que déclarait Ibrahim Boubacar Keïta à Jeune Afrique fin 2017. Rien de très surprenant tant, depuis son arrivée au pouvoir, en 2013, le président affiche sa fermeté vis-à-vis des jihadistes. Beaucoup doutent pourtant de cette posture officielle. En coulisses, il est ainsi régulièrement question de contacts indirects entre les cercles de pouvoir bamakois et les groupes jihadistes du Nord et du Centre. Mardi 18 décembre, l’imam Mahmoud Dicko, président du Haut conseil islamique du Mali (HCIM), a jeté un pavé dans la marre, en démentant cette thèse, lors d’une longue interview accordée à la radio Renouveau FM.


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Mission de « bons offices » à Kidal

Mi-2017, ce chef religieux respecté avait été mandaté par l’ex-Premier ministre Abdoulaye Idrissa Maïga pour mener une mission de « bons offices » à Kidal, où l’État était alors absent, et dans le Centre, où les groupes jihadistes ne cessaient d’étendre leur influence.

Pour cette mission officielle, il disposait d’un bureau à la Primature et un budget lui avait été alloué. Celle-ci a pris fin après la nomination à la tête du gouvernement de Soumeylou Boubeye Maïga, le 31 décembre 2017.

Iyad Ag Ghaly, le chef du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans. © Capture d’écran/Image de propagande

Iyad Ag Ghaly voulait trouver une solution au problème

« J’avais deux missions, raconte Mahmoud Dicko dans cette interview où il s’exprime en bambara. La première était de faciliter le retour de l’État à Kidal après la signature de l’accord de paix. Cela a été un succès. La deuxième était celle d’instaurer un dialogue avec les hommes armés du Centre. Les leaders de Kidal sont connus (…) mais le Centre est plus complexe, car il n’y a pas de leader véritable avec lequel parler. »


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Puis, Dicko évoque directement des liens avec Iyad Ag Ghaly. « Les seuls interlocuteurs connus étaient Iyad Ag Ghaly et Amadou Kouffa. Kouffa nous a fait savoir qu’il suivait ce que disait Iyad, donc je n’ai pas échangé avec lui. J’ai donc transmis un message à Iyad Ag Ghaly. Celui qui était en charge de la liaison était Cheikh Ag Aoussa. Un jour, Ag Aoussa m’a appelé. Il m’a dit qu’il avait transmis ma commission, que son destinataire avait accepté ma requête et qu’il voulait trouver une solution au problème. Le jour même de cet appel, Cheikh Ag Aoussa était pulvérisé dans sa voiture à Kidal. »

En « mission officieuse » dès 2016

Patrouille de la Minusma dans la région de Kidal, en décembre 2016 (archives). © Sylvain Liechti/MINUSMA

Cheikh Ag Aoussa a été tué le 8 octobre 2016, dans l’explosion de son véhicule à la sortie d’une réunion dans le camp de la Minusma, à Kidal

À en croire Mahmoud Dicko, Cheikh Ag Aoussa l’aurait contacté le 8 octobre 2016 pour lui dire qu’Iyad Ag Ghaly acceptait de dialoguer avec les autorités maliennes. Problème : il n’avait alors pas encore été mandaté par le chef du gouvernement. « J’étais déjà en mission officieuse pour l’État. Ce n’est qu’à l’arrivée d’Abdoulaye Idrissa Maïga à la Primature [en avril 2017] que celle-ci est devenue officielle », explique-t-il à JA.


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Ce 8 octobre 2016, donc, Cheikh Ag Aoussa était tué dans l’explosion de son véhicule à la sortie d’une réunion dans le camp de la Minusma, à Kidal. Un assassinat ciblé, dont les commanditaires et leurs motivations n’ont jamais été clairement établis.

Ancien lieutenant d’Ansar Eddine, issu de la même tribu touarègue des Ifoghas qu’Iyad Ag Ghaly, Cheikh Ag Aoussa était un proche de l’actuel chef du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). En 2013, durant l’opération Serval, il s’était « recyclé » – comme plusieurs autres cadres d’Ansar Eddine – dans le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), dont il était le chef militaire.

Encore beaucoup de questions sans réponses

Cheikh Ag Aoussa, tué le 8 octobre 2016, à Kidal, dans le nord-est du pays. © Capture d’écran Al Jazeera

Cheikh Ag Aoussa avait le bon profil pour faire l’intermédiaire avec Iyad Ag Ghaly

« Il était devenu de plus en plus “fréquentable”, confie une source onusienne à Bamako qui suit de près les groupes armés maliens. Il était très respecté par ses hommes et ouvert au dialogue. Il avait donc le bon profil pour faire l’intermédiaire avec Iyad Ag Ghaly. » Cette position conciliante lui a-t-elle coûté la vie ? « Cela n’est pas à exclure, estime notre source. Certains éléments radicaux d’Ansar Eddine, qui ne voulaient entendre parler de négociations, ont pu avoir envie de le neutraliser. »

Si beaucoup de questions demeurent encore sans réponse, ces déclarations de Mahmoud Dicko lèvent une partie du voile sur les tentatives de contacts entre Bamako et Iyad Ag Ghaly. Reste à savoir quel crédit donner aux propos du chef du HCIM, et pourquoi il sort du silence aujourd’hui. Ces derniers mois, ses relations avec IBK, pour lequel il avait appelé à voter en 2013, se sont nettement dégradées.

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