Justice

Burkina : la défense de Djibrill Bassolé conteste l’authenticité du rapport sur les écoutes téléphoniques

Djibrill Bassolé, ex-ministre de Blaise Compraoré, à Ankara le 9 mai 2013. © Cengiz Gumrukcu/AP/SIPA

Au premier jour de sa comparution dans le procès du putsch manqué de 2015 au Burkina, le général Djibrill Bassolé a contesté les faits qui lui sont reprochés. Ses avocats ont notamment remis en cause l'authenticité du rapport d'expertise sur les conversations téléphoniques qu'il aurait eues avec Guillaume Soro.

Contrairement à ses coaccusés, le général Djibrill Bassolé a comparu assis le 19 décembre, à la barre du tribunal militaire burkinabè. Accusé de « complicité d’attentat à la sûreté de l’État, meurtres, coups et blessures, collision avec une puissance étrangères » dans le putsch raté de 2015, le général de gendarmerie a nié les faits et a plaidé non coupable, arguant être prêt pour les débats de fond.


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Avant même que le président du tribunal, Seydou Ouédraogo, ne l’entende sur le fond de l’affaire, l’un de ses avocats a contesté l’authenticité de la pièce centrale de l’accusation : le rapport d’expertise sur les écoutes téléphoniques supposées entre le général Djibrill Bassolé et Guillaume Soro, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne. « Nous avons déposé une plainte au tribunal de grande instance pour « faux ». Nous avons saisi de votre juridiction une copie de celle-ci, et vous demandons, conformément au code de procédure pénale, de procéder à son examen », a indiqué Me Dieudonné Bonkoungou.

Un rapport d’expertise non valable ?

La défense de Djibrill Bassolé a mis en cause l’intégrité du rapport d’expertise qui aurait subi des manipulations, selon ses avocats. « La prestation de serment [de l’expert allemand chargé d’analyser les enregistrements téléphoniques supposés, ndlr] intervenue bien après [le rapport] devrait au moins comporter la même signature que celle usuellement apposée dans le dernier rapport, qui est différente. Nous avons compris que l’expert a dû reprendre son rapport pour purger les vices et le rendre valable, or ce n’est pas admissible dans une procédure pénale. Sans que personne ne sache [à quel moment] la procédure a été close, [il y a] dans le dossier un second rapport et un acte de prestation de serment sans date… », a avancé Me Dieudonné Bonkoungou.


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Une allégation contredite par le parquet et les avocats des victimes, qui ont estimé qu’il s’agissait d’une manœuvre pour retarder le procès, la chambre de contrôle de la justice militaire ayant débouté la défense de son recours en annulation sur la même pièce querellée. « On vient attaquer la même pièce en posant autrement le problème. On brandit à tout moment des éléments procéduraux pour arrêter le cours du procès », s’est insurgé le parquet. « Nous ne savons pas pourquoi la défense de Djibrill Bassolé parle de faux concernant le rapprochement d’expertise. »

Des pressions sur l’expert ?

Hermann Künzel, l’expert allemand en investigation acoustique qui avait été saisi par le juge burkinabè pour analyser les conversations téléphoniques supposées entre Djibrill Bassolé et Guillaume Soro, a-t-il subi des pressions dans le cadre de sa mission ? Cette question sera au centre de l’audition du général Bassolé.

À en croire les avocats des victimes, Hermann Künzel se serait désisté sous la pression de son pays au motif que ses activités sont une « source potentielle entre la Côte d’Ivoire et le Burkina ». « J’ai été commis par ordonnance, mais je ne peux pas vous rendre le rapport d’expertise. Par conséquent, je vous rends la commission », écrit-il dans une lettre datée de novembre 2016, lue par les avocats de la défense, alors que son rapport avait été rendu le 5 décembre 2016.

Alors que le débat achoppe autour des écoutes téléphoniques supposées, Djibrill Bassolé a demandé à être interrogé sur le fond du dossier. « Le débat qui se mène pourra revenir. L’accusation va certainement aborder la question des écoutes, j’aurai alors l’occasion de faire des observations et d’y revenir. Je m’excuse en profane, et serai à l’aise, on démarre les débats », a-t-il affirmé.

Malgré ce souhait, le président du tribunal a décidé de poursuivre les débats et a renvoyé sa décision au vendredi 21 décembre. La reprise du procès, elle, interviendra le 7 janvier prochain.

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