Vie des partis

Côte d’Ivoire : la visite de Soro à Bédié, premier pas vers une alliance ?

Guillaume Soro (à g.) et Henri Konan Bédié, le 17 décembre 2018 à Daoukro.

Guillaume Soro (à g.) et Henri Konan Bédié, le 17 décembre 2018 à Daoukro. © Service communication du PDCI

À moins de deux ans de l'élection présidentielle, les deux hommes ont affiché leur bonne entente et leur proximité lors de leur rencontre à Daoukro, du 17 décembre. Ils laissent planer le doute sur une possible alliance pour 2020.

On les avait souvent vu marchant côte à côte, désormais ils avancent main dans la main. Mieux, à Daoukro, le 17 décembre, Henri Konan Bédié et Guillaume Soro dansaient ensemble sur le même tempo, sous les applaudissements de la foule. Ces deux fins politiques le savent : parfois, quelques images valent plus que des mots.

Plus d’un an après leur dernier tête-à-tête qui remonte à novembre 2017, la mise en scène de leurs chaleureuses retrouvailles a été finement préparée. Tambours et trompettes, larges sourires, haie d’honneur : le président de l’Assemblée nationale ivoirienne a été accueilli en grand pompe à Daoukro, le fief de son aîné. « Comme un prince », ont estimé plusieurs médias ivoiriens, « comme un ami », lâche un membre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). « Comme un allié ? », la question reste entière.

Alors que les images de cette rencontre ont été largement diffusées, rien n’a filtré sur son contenu. Depuis un an et demi, les deux hommes s’emploient à souligner leur proximité. Dès juillet 2017, au lendemain de mutineries dans le pays, alors que la relation entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro s’était largement dégradée, l’ancien chef de la rébellion s’était ainsi été rendu à Paris dans l’appartement du patron du PDCI. Depuis, des émissaires, notamment Affoussiata Bamba-Lamine, ancienne ministre de la Communication et proche de Soro, n’ont cessé de faire le lien entre ces deux hommes qui partagent le goût des cigares et de la provocation.

Flou et confusion

Car ce rendez-vous avait tout d’un pied de nez à l’égard d’Alassane Ouattara. Longtemps allié du président ivoirien, il a rompu en août dernier avec la coalition présidentielle et le parti unifié voulu par le chef de l’État. Un projet vertement critiqué par Guillaume Soro, qui continue à entretenir la confusion et le flou sur ses intentions.

S’il est en marge du parti, Guillaume Soro est en effet toujours officiellement vice-président du Rassemblement des républicains (RDR). Il a néanmoins refusé de se rendre à l’assemblée constitutive du parti unifié RHDP en juillet dernier et n’a pas encore dit s’il se rendrait au congrès, prévu le 26 juillet 2019. « Il est trop tôt pour se positionner », estime un de ses proches.


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L’heure de la clarification

Déjà, au sein du parti présidentiel, on prévient et menace : l’heure de la clarification est arrivée. « Si Guillaume Soro n’adhère pas au RHDP, il devra quitter la présidence de l’Assemblée nationale », estime Adama Bictogo dans une interview à Jeune Afrique (n°3023). Au sein de l’hémicycle, les grandes manœuvres ont débuté. « Il serait plus raisonnable qu’il démissionne, sinon, nous avons les moyens de le faire partir », assure un des responsables du parti présidentiel, agitant la possibilité d’une destitution.

Alors qu’il n’a jamais caché ses ambitions présidentielles, Guillaume Soro n’a encore rien révélé de ses intentions pour 2020. Pourrait-il renoncer à briguer la magistrature suprême pour former un ticket avec Henri Konan Bédié ? Les deux hommes se gardent bien de répondre. Mais en s’affichant lundi comme s’ils étaient en campagne électorale, c’est bien ce qu’ils voulaient suggérer.

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