Elections

Côte d’Ivoire : les trois leçons à retenir des élections locales partielles

Dans un bureau de vote d'Abidjan, le 30 octobre 2016 (image d'illustration). © Diomande Bleblonde/AP/SIPA

Entre la victoire de la coalition au pouvoir, les heurts une nouvelle fois observés et le rôle de la Commission électorale de nouveau remis en cause, les élections locales partielles du 16 décembre, dont les résultats ont été annoncés par la CEI, ressemblent sensiblement au scrutin du 13 octobre.

Les élections locales partielles du 16 décembre en Côte d’Ivoire se sont achevées sur les mêmes incidents qui avaient émaillé le scrutin du 13 octobre et qui avaient motivé son annulation dans certaines circonscriptions : violences à certains endroits, soupçons de fraude et remise en cause de la responsabilité de la Commission électorale indépendante (CEI).

Les électeurs de huit circonscriptions électorales (six communes et deux régions) étaient appelés à désigner leurs élus, après de graves irrégularités ayant conduit la chambre administrative de la Cour suprême, présidée par le magistrat Pierre Claver Kobo, à invalider les résultats dans ces localités.


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1. Des tendances confirmées

Les résultats annoncés par la CEI ont confirmé la tendance générale du scrutin du 13 octobre, à savoir la victoire du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, mouvance présidentielle). Au décompte final, le RHDP a été donné gagnant dans trois communes (Booko, Grand-Bassam et Rubino), contre deux (Bingerville et Lakota) pour les listes indépendantes et une (Port-Bouët) pour le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI d’Henri Konan Bédié). Quant aux deux conseils régionaux disputés, le RHDP du président Alassane Ouattara a conquis le Lôh-Djiboua (centre-ouest), tandis qu’un indépendant a été élu dans le Guémon (centre-ouest).

Cette victoire du RHDP confirme la prééminence de la coalition des six partis et mouvements politiques au pouvoir, face au PDCI, nouvellement sorti de ses rangs. Le scrutin avait été boycotté par une partie de l’opposition conduite par la dissidence du Front populaire ivoirien (FPI de Laurent Gbagbo).

2. Un scrutin encore émaillé de violences

Des violences ont une nouvelle fois éclaté lors de ce scrutin, comme lors de celui du 13 octobre, qui avait causé la mort d’au moins cinq personnes. Malgré l’ouverture d’une enquête, annoncée par le gouvernement, les circonstances de ces décès restent encore inconnues du grand public. Les responsables, qui ont souvent agi à visage découvert (comme à Lakota), sont actuellement recherchés.

Le 16 décembre, quelques heures après l’ouverture des bureaux de vote, la Plateforme des organisations de la société civile pour l’observation des élections en Côte d’Ivoire (POECI) se fendait d’un communiqué destiné à tirer la sonnette d’alarme. Les observateurs électoraux ivoiriens ont en effet noté « des actes de violence et des tensions dans de nombreux lieux de vote et en dehors dans les communes de Grand-Bassam et de Port-Bouët ».

Dans ces deux communes disputées par le PDCI et le RHDP, plusieurs images et vidéos ont inondé les réseaux sociaux, montrant des individus circulant à bord de pick-up régulièrement immatriculés ou s’attaquant à du matériel électoral, en présence de forces de sécurité inactives.

3. Le rôle de la CEI remis en cause

Comme lors du scrutin du 13 octobre, la CEI, dirigée par Youssouf Bakayoko, a été pointée du doigt par de nombreux observateurs et politiques. À Grand-Bassam, le maire sortant Georges Philippe Ezaley (PDCI) a annoncé qu’il saisirait de nouveau la chambre administrative de la Cour suprême, en vue d’obtenir l’invalidation de la victoire de Jean-Louis Moulot, son adversaire du RHDP, prononcée par la CEI, après l’annulation du vote dans quatorze bureaux de vote situés dans ses fiefs électoraux et représentant plus de 6 000 électeurs.

« Lors du scrutin du 13 octobre dernier, sur 2 516 votants, j’ai obtenu 2 025 voix contre 417 pour mon adversaire, dans ces 14 bureaux de vote », explique Georges Philippe Ezaley. Jean-Louis Moulot a été déclaré gagnant cette fois-ci, avec un peu plus de mille voix de différence. En octobre, le mémoire présenté par les envoyés spéciaux de la CEI à Grand-Bassam avait été retoqué en interne par six commissaires centraux, sur dix-sept.

« Il serait convenable de doter la Côte d’Ivoire d’une Commission électorale qui soit indépendante de l’exécutif et des partis politiques en compétition, plaide l’analyste politique Innocent Gnelbin. C’est une exigence démocratique et de paix. Notre pays peut et doit faire l’économie d’une autre guerre ».

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