Société

Mali : l’ONU et HRW accusent les chasseurs dogons et peuls d’atrocités

Des Casques bleus tchadiens à Aguelhoc, dans le nord-est du Mali, en janvier 2014. © REUTERS/Stringer

Des chasseurs traditionnels dogons du centre du Mali ont tué fin juin 24 civils peuls, révèle une enquête de l'ONU publiée mardi 18 décembre, et au moins 34 autres en décembre, selon Human Rights Watch.

Dans un communiqué publié mardi 18 décembre, l’ONG de défense de droits de l’homme accuse également les Peuls d’avoir de leur côté assassiné 45 Touaregs la semaine dernière dans le nord de ce pays.

Des incidents qui avaient éclaté lundi 17 décembre dans la ville de Bankass (centre) après l’arrestation de trois de ces chasseurs, soupçonnés du meurtre de sept villageois, ont repris mardi, leurs partisans visant des gendarmes et des militaires, ont par ailleurs indiqué une source militaire et un élu local.


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Les chasseurs traditionnels « dozos » prétendent protéger les Dogons contre les Peuls alors que le conflit entre les deux communautés s’est exacerbé.

Des victimes exécutées par balle

« Au moins 24 personnes, toutes membres de la communauté peule de Koumaga (cercle de Djenné, centre) ont été tuées par un groupe de personnes identifiées comme des chasseurs traditionnels (dozos) lors d’une série d’attaques » les 23, 24 et 25 juin, indique l’enquête de la mission de l’ONU au Mali (Minusma).

Toutes les victimes ont été exécutées par balle

« Toutes les victimes ont été exécutées par balle, avec des armes automatiques ainsi que des fusils de chasse traditionnels », selon l’enquête.

Dans un communiqué également publié mardi, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a en outre accusé « les milices dogons d’avoir tué au moins 34 civils peuls lors de trois attaques dans la région administrative de Bankass les 5, 12 et 13 novembre ».

Deux femmes, dans le village de Lessagou

D’après des témoins interrogés par HRW, des membres du groupe d’autodéfense dogon « Dan Nan Ambassagou » ont intercepté le 12 décembre un camion transportant quelque 60 habitants du village de Mora fuyant les violences.

« Ils ont fait descendre les hommes et ont tué sept hommes et garçons » et exigé une rançon contre la libération des autres passagers, 30 femmes et 20 enfants, selon le communiqué.

Ils ont fait descendre les hommes et ont tué sept hommes et garçons

« Le lendemain, les miliciens de Dan Nan Ambassagou ont attaqué Mora, tuant au moins une douzaine de personnes », poursuit HRW, citant un témoin.

Le 5 décembre, le même groupe avait tué 15 civils peuls, dont deux femmes, dans le village de Lessagou, également dans le centre, selon la même source.

Deux campements touareg attaqués le 12 décembre

Plus au nord, dans la région de Ménaka, proche de la frontière avec le Niger, ce sont des groupes armés peuls qui ont attaqué deux campements touareg le 12 décembre, tuant 47 hommes et garçons âgés de 10 à 80 ans « en moins d’une heure », selon un témoin cité par l’ONG.

A Bankass, l’arrestation par les forces armées maliennes de trois chasseurs soupçonnés d’être responsables de la mort des sept passagers du camion a provoqué la colère de certains habitants.

Lundi, Dan Nan Ambassagou a « ordonné aux jeunes Dogons de Bankass de sortir dans la rue et de s’attaquer à la gendarmerie. Ils ont saccagé, pillé et brûlé (…) avant d’être déroutés par les jeunes Peuls du quartier », a déclaré mardi à l’AFP Hamadoun Dicko, un responsable de Tabital Pulaaku, principale association peule du Mali.

Mardi, les « chasseurs mécontents de l’arrestation de trois de leurs camarades » sont revenus à Bankasse pour essayer de « semer le chaos », a expliqué une source militaire, estimant toutefois que la situation était « sous contrôle ».

Ils ont « attaqué à des membres de la garde nationale », une composante de l’armée, et ont « saccagé les maison de quatre gendarmes et emporté une arme. Il y a des blessés. La tension est toujours vive », a de son côté indiqué le maire d’une localité voisine.

500 morts civils en 2018, selon l’ONU

Dans son rapport, la Minusma « recommande » au gouvernement malien de déployer des forces de sécurité dans les localités « les plus affectées par des attaques ou susceptibles d’être l’objet d’attaques par les dozos et d’autres groupes armés ».

La mission de l’ONU réclame également que Bamako « rende public » les résultats de sa propre enquête sur le massacre de juin à Koumaga et que le gouvernement « mette urgemment en oeuvre les mesures de désarmement et de démantèlement des milices dozos » comme il s’y est engagé, sans résultat probant jusqu’à présent.

Depuis l’apparition il y a quatre ans dans le centre du Mali du groupe jihadiste du prédicateur peul Amadou Koufa –tué le mois dernier dans une opération militaire française soutenue par l’armée malienne, selon Paris et Bamako–, les violences se multiplient entre les Peuls, traditionnellement éleveurs, et les ethnies bambara et dogon, pratiquant majoritairement l’agriculture.

Ces violences intercommunautaires ont fait plus de 500 morts civils en 2018, selon l’ONU.

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