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Zone franc CFA : les banques sont-elles prêtes pour Bâle III ?

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Une nouvelle étude évalue à plus de 1 000 milliards de F CFA (1,52 milliard d’euros) l’impact des nouvelles règles prudentielles, décidées en dehors du continent, sur les banques de la zone CFA. Et questionne la pertinence des décisions des régulateurs.

L’Afrique va-t-elle (encore) payer le prix des turpitudes d’acteurs extérieurs au continent ? Telle est en substance la question que pose Mille milliards de F CFA ! Avis de tempête sur les banques de la Zone franc, le rapport que présente ce mardi 18 décembre Finactu, le cabinet marocain de conseil en finance que dirige Géraldine Mermoux, ancienne du capital-investisseur panafricain Emerging Capital Partners.

Décidées en 2010 par un comité de banquiers centraux ne comptant qu’un seul représentant africain (l’Afrique du Sud), les règles prudentielles de Bâle III ont été édictées en réponse à la crise financière américano-européenne de 2007-08. Elles impliquent un « durcissement des normes de solvabilité » (capitaux propres, ratios de liquidité à court et long terme…) du secteur bancaire.

Disparition ou concentration des acteurs

« Fruit de plus d’une année de modélisation et d’analyse », l’étude de Finactu tente d’évaluer les besoins en capitaux que ces nouvelles règles représentent pour les plus banques évoluant dans les 14 pays de la zone franc. « Au total, pour toute la Zone franc, les 179 banques doivent mobiliser, sur la période 2017–2022, un supplément de capital de plus 1 000 milliards de F CFA pour respecter Bâle III », écrivent les auteurs du rapport, selon qui il s’agit d’une estimation basse, en raison notamment de la transposition incomplète des règles de Bâle III dans la zone Cemac. L’étude estime à 400 milliards de F CFA le coût du relèvement du capital social minimum de 5 à 10 milliards de F CFA, décidé par la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest à la date butoir du 1er juillet 2017.

« La disparition ou la concentration des acteurs pourrait être la première conséquence directe des nouvelles réglementations en Zone franc », notent les analystes de Finactu, qui rappellent qu’un pareil resserrement des règles a entraîné la division par trois du nombre de banques au Nigeria, en 2005, de 89 à 25, « après des fusions pour 76 d’entre elles et 13 disparitions ».


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Une autre conséquence est le renchérissement des coûts du crédit pour les clients. « Pour la même somme empruntée, soit 100 F CFA, la banque devra mobiliser FCFA 2,875 de fonds propres en plus si elle octroie ce prêt à une grande entreprise plutôt qu’à un particulier, soit 33 % de plus.

Innovation forcée

Toutefois, l’étude relève quelques aspects « positifs » des nouvelles règles, qui vont contraindre les banques à innover en développant des activités « non consommatrices de fonds propres » : la vente de produits d’assurance (bancassurance), la gestion d’actifs et le mobile money. « À long terme, enfin, Bâle III va imposer une sophistication plus importante de l’activité bancaire obligeant ainsi les banques à redoubler d’efforts pour dégager de la rentabilité ».

La quantification et l’analyse détaillée des conséquences de Bâle III constitue une importante contribution au débat – plus large – sur l’adéquation des régulations appliquées sur le continent aux réalités des pays africains.


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Un coût à relativiser

Il faut cependant relativiser le coût de ces réformes pour les pays de la zone : la hausse du capital minimum requis pour les seules banques ghanéennes – qui a triplé à 400 millions de cedis (73 millions d’euros) – représente plus de 1,4 milliard de dollars de besoins en fonds propres. Cela représente environ 80 % des nouveaux besoins identifiés par Finactu pour l’ensemble des 14 pays de la Zone franc. Au Nigeria, la recapitalisation de Skye Bank, va coûter 786 milliards de nairas (1,87 milliard d’euros) au secteur public, soit plus de 120 % des besoins dans la zone CFA.

Par ailleurs, la consolidation du secteur qu’entraînera ce durcissement des règles pourrait être salutaire. Comme le notent d’ailleurs les auteurs du rapport : « On trouve moins de deux banques pour 1 million de personnes bancarisées au Brésil, on en trouve plus de 6 en zone Cemac et 5,4 dans l’UEMOA ».

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