Elections

[Tribune] Le patriotisme pour sauver Madagascar

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Ancien président de la Haute autorité de Transition (2009-2013) et candidat à l’élection présidentielle 2018 à Madagascar.

Le leader du Mapar, Andry Rajoelina, lors de l'annonce de sa candidature à la présidentielle de 2018. © Olivier Caslin pour JA

À la veille du second tour de la présidentielle à Madagascar, Andry Rajoelina, qui affrontera Marc Ravalomanana, se défend de tout populisme et assure que son « Initiative pour l’émergence de Madagascar » comporte des mesures à la fois ambitieuses et réalistes.

Depuis 60 ans, mon pays n’a fait que reculer malgré son extraordinaire potentiel. Certains, découragés, ont abandonné, d’autres y croient et s’engagent. Avec une vision, du travail et du patriotisme, il est possible de sauver Madagascar. J’en suis convaincu. Le 19 décembre prochain, les millions de Malgaches voteront pour élire leur prochain président. Ils sont face à un tournant de l’Histoire du pays.

La nécessité de l’engagement

Pour s’attaquer au chantier du redressement de Madagascar, il faut aimer passionnément son pays – son Histoire, ses valeurs, sa population – et avoir une exigence à toute épreuve. Sans classe politique patriote et exigeante, notre pays ne se développera pas. Il a trop souffert de la mauvaise gouvernance et d’un manque de courage politique. Il a besoin de serviteurs de l’État qui privilégieront l’intérêt de la nation à leurs intérêts personnels.


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Si les Malgaches m’élisent, je serai intraitable sur la corruption et rétablirai l’État de droit. Je garantirai l’indépendance des organes de contrôle de l’action publique. Notre justice ne protégera plus une caste de privilégiés car je la doterai de moyens indépendants lui permettant de faire respecter la loi.

L’amour de mon pays m’a toujours poussé à m’engager ; quand j’ai décidé de briguer la mairie d’Antananarivo car je ne pouvais plus supporter l’état de notre capitale, quand j’ai accepté de mener la « révolution orange » face aux dérives du pouvoir en place, quand j’ai présidé la Haute autorité de la transition, même si nous aurions dû faire plus, j’ai toujours œuvré par patriotisme, ou encore quand je ne me suis pas présenté en 2013, souhaitant préserver la paix civile.

Cette année, c’est encore ce patriotisme qui m’a poussé à me présenter et qui me donne la force de faire campagne partout, visiter 10 districts par jour, écouter la population, proposer des solutions. Le défi est immense et seul un patriote peut le relever et réussir.

Maîtriser nos richesses, défendre nos valeurs

Aimer son pays, c’est aussi respecter, et mieux gérer, ses richesses humaines, naturelles ou encore culturelles. Avec 70% de moins de 25 ans, notre jeunesse, victime d’un chômage massif, pourrait constituer une extraordinaire opportunité de développement et de dynamisme.

Nos ressources naturelles doivent être mieux maîtrisées. Elles doivent soutenir un développement inclusif et durable

Je me sens proche d’elle,  je veux lui donner les moyens de réussir tout en contribuant au développement de son pays. Le concours d’entrepreneuriat « Fiarinah » que j’ai lancé a permis de révéler les talents de nombreux entrepreneurs. À travers ce programme nous soutenons des dizaines de jeunes qui créeront des emplois et participeront à l’émergence de notre pays.

Nos ressources naturelles doivent être mieux maîtrisées. Elles doivent soutenir un développement inclusif et durable. Notre sous-sol, riche de minerais stratégiques, nos eaux où chaque année sont pêchés plusieurs milliers de tonnes de ressources halieutiques contribuant à hauteur de 7% du PIB, nos rizières qui faisaient de Madagascar le grenier rizicole de l’océan Indien dans les années 1970 et tous les sites et espèces protégés qui font la singularité, la beauté et la richesse de notre pays, doivent servir notre développement ! Il faut améliorer l’exploitation de ces richesses, transformer sur place, redistribuer les gains.

L’économie bleue, l’agrobusiness, les mines et le tourisme seront des secteurs stratégiques pour contribuer à la croissance économique et à l’industrialisation de notre pays. Pour cela, je veux faire du secteur privé un allié et un partenaire. Notre culture, riche et profonde, a été malmenée ces dernières années. C’est pourtant cela aussi qui fait la fierté des Malgaches.

Madagascar est un pays ouvert et le restera, mais pas au prix de la perte de son identité. Nous n’accepterons plus le pillage de nos ressources, nous n’accepterons plus la destruction de nos églises, ni la présence de prêcheurs extrémistes sur notre sol. La sécurité sera rétablie. Nous défendrons le fihavanana qui crée le lien social et unifie les Malgaches entre eux. Nous sommes un peuple uni qui ne doit pas être divisé.

Ambition et réalisme

Entouré d’experts malgaches et tirant le meilleur des expériences réussies au niveau international, l’« Initiative pour l’émergence de Madagascar » – la plateforme que j’ai fondée pour penser des solutions adaptées aux enjeux – propose de fédérer la population autour de 13 conventions prioritaires.

Certains me qualifient de rêveur ou de populiste ? Loin d’être de belles paroles, c’est un pacte que je propose à la population, fait d’actions concrètes, mesurables et quantifiables. Parmi elles, certaines seront prioritaires, telles que le fait d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, à travers un vaste programme d’exploitation de 100 000 hectares de terres arables avec un rendement de 5 tonnes à l’hectare et le soutien à l’entrepreneuriat agricole grâce au « titre vert » via lequel nous donnerons 10 hectares à des jeunes ayant suivi une formation agricole.

Pour désengorger notre capitale, je veux bâtir une nouvelle ville, à l’instar de Diamniadio à Dakar, découvert lors de ma visite au président Macky Sall en septembre dernier. Le projet de Tanarosange comprend des logements sociaux, un centre d’affaires, des établissements universitaires, des centres de santé et de nombreux espaces culturels et sportifs. Cette modernisation sera couplée avec un vaste plan d’urgence sociale qui permettra de répondre aux besoins des plus démunis.

Le développement de notre pays passe par un équilibre intelligent et des partenariats stratégiques entre investisseurs internationaux et opérateurs nationaux

La lutte contre la pauvreté passera notamment par un plan d’urgence social et la mise en place de « Tsena Mora », des centrales d’achats de produits alimentaires à bas prix. Notre ambitieux projet n’en reste pas moins réaliste. Nous le financerons à travers les recettes budgétaires qui augmenteront suite à la fin de la gabegie, de la mauvaise gestion et de la corruption, l’investissement privé, des partenariats public-privé pour les projets d’infrastructures, les bailleurs traditionnels, la banque d’investissement qui sera créée pour offrir des crédits d’équipement aux PME et financera notamment les projets immobiliers dans le cadre de la nouvelle ville.

Un patriotisme ouvert sur le monde

Mon projet pour Madagascar est patriote, car il défend le peuple malgache, mais nous souhaitons travailler main dans la main avec nos partenaires internationaux. Depuis 2013, j’ai beaucoup appris, notamment que le développement de notre pays passe par un équilibre intelligent et des partenariats stratégiques entre investisseurs internationaux et opérateurs nationaux. Sans jamais mettre en péril notre souveraineté, je suis convaincu que Madagascar redeviendra vite un pays attractif et que nous participerons tous ensemble à son renouveau.

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