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Cet article est issu du dossier «CAN 2019 : le grand cafouillage»

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Football

Après le désistement du Maroc, qui de l’Égypte ou de l’Afrique du Sud organisera la CAN 2019 ?

Ahmad Ahmad, le patron malgache de la CAF, lors d'une visite à Marrakech, au Maroc, en mars 2017. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Désistement surprise du Maroc pour organiser la CAN 2019, saisine du Tribunal arbitral du sport par la Côte d'Ivoire, imbroglio sur la candidature guinéenne en 2023... Retour sur une folle semaine pour la CAF et son président, Ahmad Ahmad.

Après deux semaines très agitées, l’officialisation des pays candidats à l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019, vendredi 14 décembre à minuit, est venue apporter un peu de calme. L’Afrique du Sud et l’Égypte, qui ont déjà accueilli l’épreuve par le passé (1996 et 2013 pour la première ; 1959, 1974, 1986 et 2006 pour la seconde), sont finalement les deux seules à s’être manifestées. Elles feront l’objet d’un audit du cabinet parisien Roland Berger, avant que la Confédération africaine de football (CAF) annonce, le 9 janvier prochain à l’issue d’un comité exécutif extraordinaire à Dakar, le nom du pays chargé d’organiser la première CAN à 24 équipes.


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Quand le Maroc déjoue les pronostics

Si les pronostics – ou les intuitions – s’étaient vérifiés, ce qui n’est pas toujours le cas, le Maroc aurait dû figurer parmi les volontaires pour recevoir le gratin du football africain. Depuis des mois, bien avant le verdict de la CAF le 30 novembre dernier à Accra, le royaume était présenté comme le plan B le plus crédible en cas d’empêchement du Cameroun. À chaque conversation informelle avec des acteurs du football africain – dont certains marocains – , le discours ne variait jamais.

Vous verrez, le Maroc est prêt car il était candidat pour accueillir la Coupe du monde 2026. Il peut organiser la CAN demain

« Vous verrez, le Cameroun ne sera pas prêt à temps, et au final le Maroc sera choisi. Le pays est prêt, car il était candidat pour accueillir la Coupe du monde 2026. Il peut organiser la CAN demain », se persuadaient-ils. Mais les autorités locales, à qui on ne peut pas reprocher d’avoir entretenu le doute, ont annoncé, par la voix du ministre des Sports Rachid Talbi Alami, que le Maroc ne répondra pas à l’appel à candidatures lancé par la CAF. Jusqu’à l’heure butoir fixée par la CAF, les plus optimistes ont cru à un ultime rebondissement. Il ne s’est finalement jamais produit.

L’Afrique du Sud et l’Égypte « solides » candidates

Le ministre Talbi Alami a justifié la décision du Maroc en rappelant que le royaume est déjà tourné vers l’organisation des Jeux africains d’août 2019, mais aussi qu’une CAN réunissant 24 équipes exige un délai d’organisation plus important que les six mois qui séparent la date de l’annonce du nom du pays organisateur du coup d’envoi du tournoi, programmé du 15 juin au 13 juillet prochains. Une question que l’Afrique du Sud et l’Égypte n’ont pas voulu se poser au moment de se lancer dans la bataille. Le Ghana non plus, mais avec une nuance : le pays, qui a organisé la CAN 2008, vient d’accueillir la CAN féminine. Et s’il ne s’est pas déclaré officiellement candidat, il a fait comprendre à la CAF qu’il se dévouerait volontiers si l’instance devait repousser les deux candidatures déclarées.


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« Les dossiers égyptien et sud-africain doivent être solides. Difficile d’imaginer que la CAF les juge insuffisants, et qu’elle se rabatte sur l’hypothèse ghanéenne. Et puis au Ghana, je doute qu’il y ait toutes les infrastructures nécessaires pour une CAN à 24. S’il voulait être candidat, il n’avait qu’à postuler », explique le dirigeant d’une fédération africaine. Enfin, la vraie-fausse candidature du Congo-Brazzaville, après une lettre de la fédération à la CAF, a attisé surprise et incrédulité pendant quelques heures, avant que le ministre des Sports, Hugues Ngouédonguélé, ne démente officiellement.

La colère ivoirienne

Le 9 janvier, la CAF devrait donc avoir réglé le dossier de la CAN 2019. Mais elle devra probablement mener d’autres combats sur le terrain juridique. Si le Cameroun a accepté l’idée l’organiser l’édition 2021, la Côte d’Ivoire, supposée accueillir la compétition à cette date, refuse ce glissement de calendrier, imposée selon elle par la seule volonté d’Ahmad Ahmad.


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Contacté par Jeune Afrique, le ministre des Sports ivoirien, Claude Paulin Danho, a commenté la décision de la Fédération ivoirienne de football (FIF) de saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS). « C’est une démarche normale de la FIF, qui doit ouvrir la voie aux discussions et aux négociations à propos de ce changement d’agenda. Il ne faut pas y voir un acte conflictuel. Le président Ahmad doit venir en Côte d’Ivoire autour du 15 janvier. Le gouvernement continue de son côté à s’assurer que les travaux répondant au cahier des charges pour l’organisation d’une CAN continuent, et que tout sera prêt dans les délais. »

Ce sera difficile pour les Ivoiriens de tenir les délais, car il y a encore beaucoup, beaucoup de travail

Lors d’une interview accordée à Jeune Afrique le 5 décembre dernier, Ahmad Ahmad avait évoqué des retards déjà pris par la Côte d’Ivoire. Pour le Malgache, la perspective de revivre en 2020 un scénario identique à celui de cette année avec le Cameroun n’était tout simplement pas envisageable. Interrogé alors sur une éventuelle saisine du TAS par la fédération ivoirienne, le dirigeant avait répondu laconiquement : « les Ivoiriens font ce qu’ils veulent ».

Une source proche de la CAF tente d’apaiser : « Je pense que ce sera difficile pour les Ivoiriens de tenir les délais, car il y a encore beaucoup, beaucoup de travail. Je suis de ceux qui ont tendance à croire que cela n’est pas une si mauvaise chose pour la Côte d’Ivoire d’avoir plus de temps. Et il y a aussi des Ivoiriens qui sont de cet avis… »

La Guinée prête à saisir le TAS ?

Le cas de la Guinée, supposée organiser la CAN 2023, reste flou. Constant Omari, le vice-président de la CAF, a déclaré récemment que le dossier de candidature guinéen « n’existait pas dans les archives de l’instance ». Dans son entretien avec Jeune Afrique, Ahmad Ahmad n’avait pas voulu non plus s’étendre sur le sujet. « La Guinée, j’en parlerai plus tard », avait-il évacué.

La Guinée a bien son dossier dans les archives de la CAF. Quand j’entends dire que ce n’est pas le cas, c’est une honte

Omari a de nouveau abordé le sujet depuis, dans une sortie qui a fait bondir Sanoussi Bantama Sow, le ministre des Sports guinéen. « La Guinée a bien son dossier dans les archives de la CAF. Quand j’entends dire que ce n’est pas le cas, c’est une honte. » Pour l’instant, le pays d’Alpha Condé n’a pas engagé de procédure devant le TAS. La juridiction pourrait néanmoins également être saisie par les Comores, lesquelles réclament la disqualification sportive du Cameroun, à un peu plus de trois mois d’un match décisif entre les deux sélections à Yaoundé.

Dans les prochains mois, Ahmad Ahmad et son comité exécutif risquent d’avoir un agenda chargé. D’autant que la communication du Malgache, ouverte et (presque) sans filtre, tranche singulièrement avec celle d’Issa Hayatou, son prédécesseur. « La parole d’Hayatou était rare. Il gérait la CAF un peu à la papa. Ahmad est plus incisif. Il bouscule les habitudes, quitte à allumer des feux un peu partout. Il a été élu pour changer les choses. C’est ce qu’il fait, même si, parfois, il devrait faire preuve d’un peu plus de tact, car cela peut déranger ou même heurter », résume un observateur du football africain.

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