Politique

RDC – Olivier Kamitatu : « Nous demandons une enquête internationale » après l’incendie à la Ceni

Olivier Kamitatu, directeur de cabinet de Moïse Katumbi et directeur de la communication de la campagne de Martin Fayulu. © Vincent Fournier/JA

Violences contre des partisans de Martin Fayulu, incendie de l'entrepôt de la Commission électorale, machines à voter... À quelques jours de la présidentielle du 23 décembre, Olivier Kamitatu, directeur de la communication du candidat commun de l'opposition, réagit aux derniers événements qui ont marqué la campagne.

À neuf jours d’un scrutin historique, l’ambiance s’est plus que jamais tendue en RDC. Après les violences à Lubumbashi et l’incendie d’un entrepôt de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Olivier Kamitatu, le directeur de cabinet de Moïse Katumbi et directeur de la communication de la campagne de Martin Fayulu, candidat de la coalition Lamuka (Réveille toi, en lingala), revient pour Jeune Afrique sur l’actualité, très chargée, de ces derniers jours.

Jeune Afrique : Un entrepôt de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a brûlé dans la nuit du 12 au 13 décembre. Quelle est votre réaction ?

Olivier Kamitatu : C’est un montage du pouvoir. Cet entrepôt était situé sur une avenue très militarisée, l’avenue du haut commandement, face à l’état-major des forces terrestres et à l’inspection générale des Finances. J’ai été inspecteur des Finances, donc je connais très bien cet endroit : on ne peut pas s’y promener le soir avec une boîte d’allumettes pour créer un incendie.
Je pense que le pouvoir cherche à discréditer l’opposition et chercher des boucs émissaires parce qu’ils sont incapables d’organiser des élections correctes dans les délais prescrits. C’est une manœuvre qui vise à faire porter le chapeau à Martin Fayulu.

Vous pensez qu’on prépare l’opinion à un report ?

En tout cas des élections bâclées. Il y a de vraies questions sur lesquelles on a jamais eu de réponse : combien de machines à voter ont-elles été commandées et achetées ? Combien sont réellement déployées ? Quel est leur coût ? Pourquoi la Ceni n’a-t-elle pas suivi les recommandations de la Fondation Westminster en bloquant les ports USB des machines ? Le vote électronique est illégal. Or la Ceni a commandé plus de 20 000 cartes SIM et annonce urbi et orbi qu’elle donnera des résultats 48 heures après la clôture des bureaux de vote.


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La Ceni a tout de même donné des chiffres : elle dit avoir commandé 105 000 machines…

Mais personne n’a fait l’audit. L’accord politique de la Saint-Sylvestre, qui reste le fondement de ce processus électoral, prévoyait un audit qui n’a jamais été réalisé. On ne sait pas combien elle a réellement dépensé dans ce processus. Suite à cet incendie, on nous dit : des milliers d’isoloirs, d’urnes et de machines ont été brûlées. Où étaient-elles ? Quels sont les témoins ? Nous demandons une enquête internationale, nous en profiterons pour vérifier si la Ceni nous a raconté des boniments depuis pratiquement deux ans, sous l’emprise de [son président] Corneille Nangaa.

Nous avons été victimes d’agressions lors de cette campagne électorale […], Martin Fayulu va d’ailleurs saisir la justice

Votre coalition a-t-elle quelque chose à voir avec cet incendie ?

Absolument rien. Nous souhaitons des élections le 23 décembre. Et nous avons été victimes d’agressions lors de cette campagne électorale. Il y a au moins deux morts à Lubumbashi et sept à Kalemie parmi nos partisans. Ce sont des provocations. Martin Fayulu va d’ailleurs saisir la justice. On n’y croit pas mais il faut le faire.

Mais nous appelons les Congolaises et les Congolais à ne pas céder à la violence et la provocation. Nous voulons des élections apaisées car nous sommes convaincus que nous sommes dans le droit chemin de la victoire. Des centaines de milliers de Congolais se sont précipités pour accueillir Martin Fayulu. Ils veulent le changement et des élections. Ce n’est pas nous qui allons commencer à créer les conditions d’un report des échéances alors que nous allons gagner !


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Leila Zerrougui, la chef de la mission de l’ONU en RDC (Monusco), s’est dite préoccupée par les incidents. Cette réaction va-t-elle dans le bon sens selon vous ?

Nous demandons bien plus aujourd’hui. La Monusco doit s’impliquer activement dans la sécurisation des candidats qui battent campagne. Elle doit aussi vérifier les faits et établir les responsabilités. C’est son devoir. Si elle ne l’accomplit pas, elle aura détourné le regard et se sera rendue complice de cette tragédie congolaise.

Comment se passe la campagne de votre candidat plus globalement ?

Bien. On constate une intelligence de situation du peuple congolais qui a compris que Fayulu, l’homme qu’on n’attendait pas, incarne l’espoir d’un changement et d’un renouveau. Il est donc élu triomphalement dans toutes les villes. C’est un accueil spontané : Martin Fayulu ne dépense pas d’argent pour sa campagne. Le peuple exprime son rejet d’un pouvoir qui a abusé.


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Pouvez-vous clarifier votre position sur les machines à voter ? Qu’appelez-vous les électeurs à faire le 23 décembre ?

Ils doivent aller voter. Nous voulons que toutes les voix comptent et se portent sur Fayulu. Mais nous ne voulons pas d’un vote électronique illégal. Nous voulons que la comptabilité des résultats s’appuie sur les bulletins papiers déposés dans l’urne. Qu’ils sortent de l’imprimante ou qu’ils soient pré-imprimés, peu importe. Mais il faut que la population reste jusqu’à la fin du dépouillement dans chacun des 90 000 bureaux de vote. Et nous voulons, ensuite, des électeurs dans chacun des centres de compilation. Nous refuseront toute comptabilité électronique.

Ne craignez-vous pas que les discours anti-machines à voter que votre coalition a tenu n’aboutissent à ce que vos partisans détruisent des machines le jour du vote ?

Nous ne voulons pas la destruction des machines. Si elles servent seulement d’imprimante, conservons-les. Elles peuvent encore servir pour d’autres processus, voire à l’avenir, des votes électroniques, si les Assemblées légalisent cette pratique. Simplement, il n’est pas question que 48 heures après l’élection, Nangaa nous sorte des résultats fabriqués et connus d’avance.

les résultats qui seront être annoncés 48 heures après le scrutin par la Ceni

Donc, les résultats qui doivent être annoncés 48 heures après le scrutin par la Ceni, vous ne les reconnaîtrez pas ?

Tout à fait.

Au vu de votre description du contexte électoral, êtes-vous confiant dans les chances de victoire de Fayulu ?

Tout à fait. Et c’est dans l’ordre des choses. Que voit-on dans cette campagne ? Normalement, le vote est très lié aux espaces linguistiques. Martin Fayulu est originaire de l’ex-province du Bandundu. Mais il a marqué le coup en allant battre campagne au Nord-Kivu, dans l’Ituri, le Haut-Katanga, ou encore le Tanganyika, au Haut-Uélé, au Bas-Uélé dans la Tshopo. Autant de provinces qui ne lui sont pas naturellement acquises. Avec le soutien de Moïse Katumbi et de Jean-Pierre Bemba, plus son berceau naturel, c’est un candidat qui a les meilleures chances de l’emporter.

Irez-vous sur le terrain pour le soutenir ?

J’aurais bien aimé, mais je n’irai pas avant le 23 décembre. Moïse Katumbi a été empêché de rentrer au pays, à la frontière de Kasumbalesa, de manière inqualifiable. Depuis, d’autres dossiers ont été brandis. Pas plus tard que le jeudi 13 décembre, on m’a dit que suite à un de mes tweets, une instruction était menée contre moi. J’avais dit que les Congolais n’accepteraient pas le vote électronique. Donc trop de menaces pèsent. Mais nous faisons campagne avec Martin Fayulu, y compris à l’extérieur.

Pourquoi est-ce que Bemba n’y va pas ?

Je ne peux pas parler à sa place. Mais peut-être les mêmes menaces pèsent-elles contre lui. Lors de son dernier voyage, il a été empêché d’habiter la résidence familiale. Il a dû dormir sur une chaise. Donc malheureusement, le climat n’est pas apaisé.

Même sans l’appui de Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ?

Il est regrettable qu’ils aient quitté l’accord de Genève, car le triomphe eut été encore plus grand. Mais ce sont toujours des voix qui n’iront pas au candidat de Joseph Kabila.

André-Claudel Lubaya et Delly Sesanga vous ont quitté pour Tshisekedi cette semaine. Ce dernier était secrétaire général de Ensemble, le parti de Moïse Katumbi. Comment l’expliquez-vous ?

Le vote sociologiquement est très lié aux espaces linguistiques. Ils appartiennent à un espace où Félix Tshisekedi est crédité d’avoir un soutien populaire extrêmement fort. Je pense qu’ils ont fait un calcul personnel au détriment de l’engagement collectif de Genève.


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Mais ce sont des professionnels de la politique. S’ils ont fait ce choix, cela signifie que la campagne de Fayulu a du mal à percer au moins dans le centre du pays…

Comme dans toute campagne électorale, nous avons des cibles. Nous savons où nous pouvons faire 100% et ou nous pouvons faire 90%. Mais nous ne renonçons pas à expliquer le projet de Fayulu aux populations du Kasaï, et je pense qu’il s’y rendra.

Aujourd’hui, M. Kabila semble souhaiter des dérapages, voire une guerre civile

Craignez-vous que l’annonce des résultats donne lieu à une crise politico-sécuritaire ?

Nous sommes déjà dans une crise. Quand on tue des citoyens congolais qui viennent sans arme accueillir un candidat, c’est une crise politique grave. Aujourd’hui, M. Kabila semble souhaiter des dérapages, voire une guerre civile. Nous souhaitons que l’Union africaine, les Nations unies et l’Union européenne (UE) puissent utiliser tous les moyens pour le ramener à la raison.

En cas de crise plus aiguë, avez-vous des assurances que la communauté internationale et en particulier les pays de la région interviendront plus rigoureusement ?

Cela fait partie des mandats des organismes régionaux. Mais il vaut mieux prévenir que guérir, nous les appelons à anticiper dès maintenant, et ne pas attendre qu’il y ait le feu à la case pour intervenir. Il faut mettre le pyromane hors d’état de nuire.

La Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) est accréditée pour observer ces élections. Avez-vous confiance dans sa capacité à dire la vérité quant à ce scrutin ?

Nous l’espérons, pour le bien de la SADC et du Congo. Mais nous aurions préféré que l’UE et les États-Unis soient là et qu’il y ait le plus grand nombre d’observateurs possible. Le fait qu’on les ait refusé est déjà le signal qu’on est dans une grosse opération de fraude.

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