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L’effet Kempinski

Dopé par l’ouverture d’un établissement de standing, le secteur de l’hôtellerie a le vent en poupe.

Le tourisme, un secteur d’avenir ? Dopée par l’ouverture en novembre 2006, pour le sommet du Comesa, le marché commun des pays d’Afrique de l’Est et australe, du Kempinski Palace, l’hôtellerie djiboutienne est en plein essor. Et les projets d’investissements se multiplient : construction d’une corniche et d’une marina à Djibouti ; édification, en partenariat avec des sociétés chinoises, d’un complexe touristique de luxe sur les îles de Moucha et Maskali, distantes d’une centaine de kilomètres de la capitale et réputées pour leurs extraordinaires fonds marins. D’autres projets de moindre envergure concernent des criques sauvages de la côte nord, allant de Tadjourah à Obock, les régions du pays Afar, pratiquement dépourvues de toute installation d’hébergement digne de ce nom. Même si tous ne se concrétiseront pas, c’est plus qu’un frémissement.
« Djibouti est une destination encore mal connue qui a tous les atouts pour devenir la riviera du Golfe et de la Corne de l’Afrique », s’enthousiasme Francesca Barba, ex-directrice des ventes et du marketing du Kempinski Palace. Le port de Doraleh, la zone franche industrielle et commerciale, et les raffineries vont drainer une importante clientèle d’affaires en provenance des pays du Golfe, et nombre de chefs d’entreprise auront envie, une fois sur place, de joindre l’agréable à l’utile.
Djibouti possède en effet tous les atouts pour séduire la clientèle la plus exigeante : plongée sous-marine, coraux, criques sauvages, paysages minéraux à couper le souffle, à l’instar de la dépression du lac Assal et sa grande banquise de sel, 155 mètres sous le niveau de la mer, du Goubet el-Kharrab, ou encore du lac Abbé et ses étonnantes cheminées calcaires ornées de fumerolles, où fut tournée la scène inaugurale du film mythique La Planète des singes, désert sillonné par les caravanes nomades Longtemps pourtant, la destination a souffert de son manque de visibilité internationale, de son sous-équipement hôtelier, et de sa mauvaise – et onéreuse – desserte aérienne. Trois freins structurels qui expliquent que le pays, malgré ses potentialités, n’ait accueilli qu’un peu moins de 40 000 visiteurs l’an dernier. Ces handicaps semblent toutefois en passe d’être surmontés. Doté de l’autonomie administrative et d’un budget propre, l’Office national du tourisme djiboutien, dirigé par Mohamed Abdillahi Wais, a multiplié les actions de communication ciblées, et compensé quelque peu le déficit de notoriété de la destination, qui figure aujourd’hui au catalogue des grands voyagistes européens. C’est le segment de la plongée qui a jusqu’à présent donné les meilleurs résultats. Le tsunami du 26 décembre 2004, qui a aussi dévasté les fonds marins indonésiens, thaïlandais et sri-lankais, et les attentats de Charm el-Cheikh, le 23 juillet 2005, ont poussé les tour-opérateurs spécialisés dans l’exploration des fonds marins à se tourner vers des destinations nouvelles comme Djibouti.

Un manque enfin comblé
Avec seulement 685 chambres et un seul établissement de grande taille et haut de gamme, le Sheraton (185 lits), la capitale djiboutienne a longtemps manqué d’infrastructures d’accueil. « Il suffisait qu’un bateau militaire occidental fasse escale pour que nous nous retrouvions complets pendant plusieurs jours », se souvient Idriss, réceptionniste dans une pension hôtelière du centre. L’ouverture du Kempinski a changé la donne. Ce palace de 177 chambres (dont la plupart avec vue sur mer), doté d’un restaurant polyvalent, et du plus important centre de conférences international de la Corne de l’Afrique, a coûté la bagatelle de 150 millions de dollars. Il a été réalisé en un temps record (neuf mois) par la société émiratie Nakheel, à l’origine de la construction des îles artificielles au large de Dubaï. Quelque 1 600 ouvriers venus essentiellement d’Asie du Sud-Est ont travaillé d’arrache-pied sur le chantier. Un casino et une boîte de nuit seront livrés courant novembre. Une deuxième tranche de travaux est d’ores et déjà programmée : l’hôtel doit s’agrandir de 200 chambres, d’une seconde piscine, et d’un centre de fitness. Autres aménagements prévus : une plage artificielle longue de 3,5 kilomètres, la marina, et une jetée polynésienne, pour les sports nautiques. Un positionnement très haut de gamme. Une connexion Internet haut débit en WiFi est proposée gracieusement aux clients. Le staff est composé d’environ 300 personnes, dont une cinquantaine d’expatriés.
« Nous nous donnons cinq ans pour faire de cet hôtel le plus beau resort du continent africain et de la mer Rouge, explique Francesca Barba. Nos concurrents ne sont pas à Djibouti, car nous sommes le seul établissement très haut de gamme. Mais il y en a d’autres à Addis-Abeba, du côté du Sheraton Luxury Collection, ou à Charm el-Cheikh. Toutefois, nous pensons parvenir à faire la différence avec nos prestations exclusives sur le segment leasure : plongée avec bouteille sur les récifs coraliens, pêche au gros, etc. Quoi qu’il en soit, nous sommes dans l’obligation de lancer de nouveaux concepts, et d’être encore plus créatifs que la concurrence, car notre destination est encore peu connue », poursuit Francesca Barba.
En attendant, et plus modestement, l’établissement, qui facture une nuitée de base à 60 000 FDJ (233 euros), affiche un taux d’occupation de 47 %, une performance jugée « satisfaisante » pour la basse saison, car proche du point d’équilibre (54 %). Les mois d’octobre à novembre (haute saison) s’annoncent excellents. L’essentiel de la clientèle corporate américaine, majoritaire, est drainée par la base militaire du camp Lemonnier, les ambassades et les organisations internationales telles que le FMI et la Banque mondiale. Les soldats français et leurs familles utilisent l’hôtel, mais pour le bar, le restaurant et la piscine ! Les coûts fixes sont importants : la facture énergétique mensuelle dépasse à elle seule les 200 000 dollars. L’hôtel possède ses propres générateurs.
L’ouverture du Kempinski va incontestablement donner un coup de fouet au tourisme. Même s’il n’est pas évident que tous les Djiboutiens en tirent des bénéfices palpables, car la clientèle fortunée vit en vase clos. Cependant, il y a un domaine au moins où les retombées concrètes seront visibles, c’est celui du transport aérien. Seules trois compagnies desservent actuellement l’Europe, le principal marché émetteur potentiel de touristes : Air France (une rotation hebdomadaire), Yemenia (deux, mais avec escales à Sanaa) et Daallo (deux vols directs). C’est peu. D’autant que la ponctualité n’est pas le fort des avions de Daallo. Mais des pourparlers ont été engagés avec Emirates et avec Lufthansa, et pourraient aboutir prochainement

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